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                                                                Episode 9

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Réunis au Crillon , dans l’ un des salons luxueux de l’hôtel , nous avons peine à nous quitter après cette équipée en terre sauvage . Rendez vous est pris dans un petit restaurant des halles , ou nous dégusterons un pot-au-feu au choux , accompagné d’un Château-Figeac 97 , St Emilion racé et d’une grande distinction. L’américain est déjà parti, renfrogné , réservant une franche accolade seulement à Vasy qu’il connaît de longue date. Il n’est pas concevable que Carla joue le rôle de la veuve esseulée . Son gyrophare est déjà en service, et il ne lui reste pas beaucoup de temps pour se débusquer un partenaire de choix . La voilà demandeuse au bar d’un whisky poivré , tout près d’un monsieur bien , fringué comme un prince ,entre deux âges, et de loin j’ai compris qu’elle ne restera pas seule ce soir. Lequel des deux va enfin avancer le premier pas, le mot charmeur, la phrase qui déride, qui permettra tout le reste . Au bout d’un court instant elle nous présente Emilio di Cocavero, petit Baron italien, bien de sa personne , bel homme , écrivain primé dans son pays , mais beau parleur en Français. Avec un accent qui n’appartient qu’à lui , il se perd en politesse et accepte d’ avance l’idée d’un dîner à la « Fortune du pot ».

Il est tard et nous sommes attablés dans une petite salle à l’étage , où les clients sont moins nombreux. Il est question d’une cuisine exotique et nous nous excusons auprès d’Emilio, car il est difficile de comparer ce pot-au-feu fumant à la tambouille de tanti Alicia. Voyant nos hésitations, il hasarde une pensée d’auteur.

    - Que ne dirais-je pour vous sortir d’ embarras ? Lorsqu’on parle d’ une région du monde, que l’on vient de quitter, on oublie peu à peu presque tout , sauf la bouffe et les amours.

    - Vasy , toi tu regrettes les plats d’ Alicia , ou les tendresses de Fatou ?

    - Tu me connais , moi je prends tout , sauf les salades , j’adore les viandes frites, les têtes de mouton à la sauce berrichonne, les pâtés de cancrelats farcis , même le schnaps de tata Alicia; Votre St Emilio, vieux vin très apprécié de ma grand mère qui était alcoolique sur ses vieux jours, est l’une de ses bibinnes piemontaises qui n’ont pas de punch mais font des bulles.

Vasy ne changera pas . On le soupçonne depuis le premier jour de dire n’importe quoi, pour choquer et dissimuler ses délicatesses , son extrême sensibilité, son trop débordant amour de la vie.

    - Mon plus beau souvenir c’est toi!

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Il s’adresse à Fatou qui pleure dans son assiette , comme une vache folle . Des fromages suivent, qu’il est de bon ton de déguster avec des figues confites et une eaux de vie forte à plus de cinquante degrés. Nous allons nous quitter, et c’est triste. Sur le trottoir , nos couples s’éloignent sans formalités, sans mots d’adieu, avec des sourires seulement , comme si nous allions nous revoir demain.

Le temps prend des tournants mais les chemins se croisent et peut être, qu’au carrefour du destin nous nous reverrons bientôt ou dans une autre vie. Une page est tournée .

Mes gentilles lectrices , ce n’est pas une raison pour ne plus tourner celles qui suivent. Vous savez très bien que pour un privé , l’aventure est au coin de la rue , omnifréquente , implacable , infernalement scadabreuse, pleine d’ aléas, de rendez-vous avec la peur, la mort, l’amour. Non, je n’exagère pas !

A mon retour au bureau , sans crier gare , je m’immobilise sur le seuil de la porte. Le local est vide! des papiers jonchent le sol , les meubles sont renversés , la cafetière ne glougloute plus, et soudain, serait-ce un fantôme , surgit chignon tressé en tête , derrière l’armoire classeur , ma Jaja adorée. Elle lâche son paquet et me saute au cou. Holà, quelle empoignade !C’est la première fois qu’elle pleure , dans mes bras que vous savez vigoureux. Dans un bafouillis confus , elle révolte sec contre moi, contre tout, contre le sort qui s’acharne depuis mon départ sur notre pauvre petit bureau minable , sur les tordus qui sont allés jusqu’à aplatir la machine à café. Et dans ce farfouillis de paperasses pêle-mêle, et de chaises renversées , une fois de plus nous célébrons à la renverse, cela s’entend , nos retrouvailles . Vous allez me dire mes louloutes, que je ne pense qu’à çà. C’est vrai que,bon! Tout à fait!Comme tout dans la vie s’apaise, le temps de faire le point nous gagne.

    - Explique-moi ce fouillis. Cet acharnement m’étonne. Oh ! les connards !

    - C’est la deuxième fois . Une à ton départ , une hier soir pour annoncer forcément ton retour. Mais qui peut savoir ? Quel enfant de pute peut nous en vouloir autant ? J’en ai parlé la dernière fois à Polo qui passe souvent pour me rassurer ou me dire que ta mission étant particulière il ne pouvait pas m’en dire plus.

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    - A ce propos je lui dois un long rapport . Comment va cet enfoiré ? Il t’ a encore fait la cour, le vilain matou, le gros con. Il me faudra lui secouer les puces s’il t’importune trop .

    - Tout doux , il ne me déplait pas ton copain .Lui au moins il est toujours là. Elle, c’est sur et dur, dit ce qu’elle pense. Il faut dire que du Polo émane un look flic un charme plouk si romantique que les nanas lui tombent dans les pattes sans crier gare , mais à coté de ses pompes . Il a même essuyé des avances appuyées de Von Machose, le couturier qu’il surveille de près depuis mon départ. Je l’avais oublié celui là.

    - Sais-tu pourquoi il insiste? Aurait-il enfin trouvé sa voie? Même dans la police il y en a autant que dans l’armée ou la haute couture. Alors!

    - Doumè, as-tu fini de persifler méchamment , surtout que je devine ton impatience à retrouver ton vieux copain.

C’est bien vrai . Mais quand on parle du fou , on aperçoit sa queue leu-leu. La porte s’entrouvre et Polo le magnifique apparaît, rubicond , rougeaud , le cou entortillé dans une écharpe de laine, toussotant ses poumons pourris à la cantonade. Une accolade, amicale prouve qu’il s’est emmerdé fort pendant mon absence et qu’il a une grippe qu’il entend propager au monde entier.

    - Raconte tes turpitudes , Roule ta bille, devant Jaja , grand cachottier. Tu hésites, tu feintes.

Pour semer la discorde dans les ménages , il n’ a pas son pareil . Il faut le comprendre, son aventure matrimoniale fut un Hiroshima , et la blessure demeure profonde. Sentencieux , il me réclame un rapport dans les plus brefs délais et nous plante là en prétendant que ce bureau est un vrai merdier indigne d’une officine bien tenue. En réalité il ne tient pas à en parler devant Jaja , secret défense oblige. Je joue l’offensé, le traite après son départ d’enfoiré , de policier femelle tout juste bon à se faire embichonner par les founettes de Von Machose.

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Polo n’a pas changé de quai, mais le ministre de l’intérieur , celui qui zozote dans ses discours, l’a chargé de créer le service secret de surveillance des sectes : le S.S.S.S, prononcez « le se se se se ». Nouvellement nommé, il pensait que les moyens promis seraient à la hauteur de son zèle congénital. Ben, non! Comme rien en France n’est chevènement impossible , il rame presque seul .Un adjoint seulement, pas de secrétaire, ni de percolateur, quelle misère ! Depuis cet affront , il épie les faits et gestes maniérés du célèbre couturier Von Mastricht, dit « Machose » dans l’intimité . Aurait-il détecté une vilaine magouille dans ce marécage? Quant je lui pose la question il me dit que ça fait partie de la routine . L’adjoint , parlons en , ne quitte pas le biberon et passe le plus clair de son temps, au bistrot du coin . Il n’est pas obligé de se déguiser en clochard pour assurer une planque, il a naturellement la dégaine, l’élégante silhouette du clodo intellectuel , pommé pour chagrin d’amour et culte de la dive bouteille. Néanmoins il assure son service ,entre deux lampées, et quoiqu’en pense son omnipotent commissaire , je vous parie qu’il a le don de double vue. Chez un policier ça compte pour deux. Cependant Polo m’étonne et son mutisme à l’excès m’attriste ,mais me force à penser qu’il a flairé une piste en or , et pour une fois qu’il a trouvé tout seul , il garde ça pour lui. Il joue donc à cache-cache avec son vieux copain . Quoique qu’il fasse , lui, ne saura jamais comment a disparu la guêpe piqueuse grignotée par les crocodiles de Vasi . Le père de la journaleuse assassinée chez Von Machose a porté plainte mais Polo a tout faux et escamote l’enquête . Alors que notre bureau a repris son vernis habituel, Boivereux débarque fustigeant la police parisienne , traitant monsieur Diani Polo de lombric cul terreux méritant le vermifuge, la gégène et la balayette merdeuse . Comment un citadin bien de sa personne peut-il dire de telles insanités avec tant de distinction? Je vous le demande! Engagez-vous, rengagez-vous, et me voilà de nouveau, chien nez à terre, dans les pas de Polo, reniflant dans sa foulée le mystère Von Machose. Ses fameuses collections qui endimanchent si coquettement les Drague-Queens attirent le tout Paris désœuvré dans le local Mont Parnasse de la secte du regretté Mélodius. Il n’est pas pensable qu’une foufounette maniérée comme Von Machieuse, soit devenue une sorte de gourou mystique, sataniquement inspiré, s’évertuant à recréer dans le même temple déserté, une nouvelle secte démoniaque. Et pourtant mon enquête, sur les brisées de mon ami Polo, me révèle cette triste vérité: l’hydre de Sienne a bourgeonné et une nouvelle direction, plus jeune, plus ambitieuse et sans scrupule a repris le fond de commerce de l’ancienne congrégation toscane . A la première occasion, j’en parlerai à Polo. Quitte à le mettre en colère je compte bien lui faire comprendre qu’il n’est plus seul sur ce coup là. De toute façon pour aller en Italie, il sera bien obligé de faire appel à mes talents . Dans mon jeu, un atout maître! Pour Von Magrosse, ne suis-je pas son valet de cœur, celui auquel il rêve de mâchouiller l’oreille en s’évanouissant. Va-t-il me proposer comme le fit Mélodius le service de sécurité de la secte? A la grande stupéfaction de Polo, me voilà introduit dans la bergerie.Je suis le loup garou dans le troupeau, car hier, Von Maclause m’a engagé et ne lésine pas sur les avances en euros et en tous genres . A moi donc d’esquiver ses minauderies enfantines, ses petits gestes affectueux sur les épaules ou sur les bras , ses sourires charmeurs, ses sautillements d’oiseau blessé, ses clins d’œil assassins qui me poursuivent en vain jour et nuit , pendant les messes, avant, pendant, après; un vrai calvaire, vous dis-je ! Rita, que je lui recommande comme responsable de la documentation, a donc repris le collier et a été recrutée avec l’approbation entière de la direction centralede Sienne.

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Peut être, ont-ils deviné que nous avions en quelque sorte fait le ménage, ce qui a permis leur promotion à la tête de l’organisation . En somme il ne nous reste plus qu’ à conseiller à Polo de se faire tout petit, de se faire oublier, pour ne pas gêner l’enquête. En quelque sorte je serai sa tête chercheuse, sa tête de pont, sa tête de con évidemment. Inutile de dire que cette fois, la haute couture sert de paravent à des activités en eaux troubles. J’ai l’impression qu’ avec ces gens là , je risque fort avant de rédiger mon testament, de partir dans une chape de plomb aux tréfonds des catacombes.

Une ancienne crypte inconnue et récemment réouverte, aussi vaste qu’un bunker nazi abrite des tables de sacrifice, des gibets à coulisses, des instruments de torture et les outils du tourmenteur épiscopal qui servirent encore jusqu’à l’édit de Nantes et même plus tard. La rouille a effacé le sang figé sur ces lames et ces mâchoires, le sang des pauvres gens , des protestants, des suppliciés, de ceux qui croyaient mais n’abjuraient jamais, car ils avaient choisi le ciel et l’au-delà pour atteindre leurs rêves. Ce décor intact, traité comme il se doit au xylophène et au triplox , fait de ce lieu maudit, le musée des horreurs passées engendrées par ces fous de dieu, juges cruels , intolérants, intégristes, sectaires, au service d’une papauté triomphante, avide d’or et de pouvoir, respectable mais rôtisseuse de gens naïfs et de sorcières. Ajoutons que le signe de croix a toujours lavé plus blanc que neige, toutes ses simagrées ou balivernes de curé. Et voilà qu’en l’an deux mille, renaissent un peu partout de part le monde des mouvances religieuses inquiétantes , semeuses de guerres, de misères et de mort. Cà y est, je me sens mieux, j’ai compissé mon urée philosophique, ma bile idéaliste, mes sueurs intellectuelles, et ma diarrhée verbale. Mille et une excuses! Sait-on jamais, avec ces enfileurs d’aiguilles , ce qui peut se passer dans un décor pareil ?Il me faudra beaucoup de vin , de poudre ou de jugeote pour accepter ce que je vais voir se faire devant mes yeux abasourdis. J’erre depuis quelques temps dans le sanctuaire plus lugubre qu’ une chapelle ardente, décorée de draps noirs, de cierges allumés , de catafalques, de déambulatoires fléchés passant devant des statues de suppliciés, des quasimodos pliés en deux et vous reluquant par en dessous avec leur yeux exorbités, injectés de sang. Dans ce décor de grand guignol, une immense peinture murale surréaliste évoque la mort ailée, porteuse de balances, de bilboquets, de leviers, de tenailles à crochets pour mieux extraire les âmes des damnés qui n’ont pas eu la grâce de croire et vivre selon Satan, ses pompes , ses œuvres et ses commandements. Les six règles mortelles, en lettres d’or , égrènent leurs exigences en plusieurs langues sur un grand panneau violet.

    - Homme , tu aimeras , ton sexe et ainsi ton prochain .

    - Femelle soumise , tu n’aimeras que celle qui te convient .

    - A Satan seul s’adressera ta prière du matin .

    - Pour la prière du soir , tu célèbreras le culte du malin .

    - Promis au sacrifice , et si tu y consens , tu seras immolé sur la table d’airain .

    - Tu feras don de tes richesse à Satan , à ses prêtres et ses saints .

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C’est alors que tu pourras dans l’au-delà, enfin libéré, ange exterminateur , au service du Diable, engendrer le malheur parmi le genre humain . A la fin des millénaires de siècles , l’homme redeviendra ainsi par toi, un animal sans âme, sans dieu, comme il le fut jadis aux temps de la genèse. Nous seuls, devenus anges des ténèbres, nous pourrons réjouir nos cœurs, et vivre , selon le Grand Malsain, dans l’ivresse de nos sens éblouis, le Nirvana suprême. Anacrasus ! Anacrama ! Anacratos ! ….

Ce matin, bien avant que le jour ne se lève , j’ai visité les appartements luxueux dissimulés au sous-sol, dans une partie bien aérée , mais sans fenêtres , espace clos , interdit par des sas et des portes blindées. Seulement , les fervents disciples célibataires , riches , homosexuels ,sans enfants, consentants et drogués y vivent en permanence pour gérer et animer le schlimplexe de Von Madrague, alias Mastricht, Machose, Machieuse ….Les illuminés de la joyeuse cohorte , tous gays lapins , gays branleurs , le nomment avec respect «Pater Von Stroem» et l’adorent , et le craignent , car lorsqu’il les hypnotise en coinçant son monocle sur l’œil gauche, il ressemble à un dragon dégénéré de fête chinoise . Il se déplace dans le vaste labyrinthe déguisé en samouraï auréolé. Pour impressionner son petit monde , lorsqu’ il se sent observé , il exécute la danse du sabre autour d’une vieille selle mongole en vociférant dans une langue onomatopéique , dont seul il détient la clé. Il est mûr pour l’asile, mais personne ici ne s’en doute car ils sont tous vrillés.

Le recrutement va bon train , et en deux mois à peine d’existence, la liste des adhérents s’allonge, et le libidino-lasure a refait surface . La maléfique poudre provient des provisions inestimables faites durant de longues années par les anciens kroumirs de Sienne qui avaient le sens de l’économie. Lorsque le siège central du sentier lumineux fut dévasté en Italie par Ronald l’américain, une importante provision de poudre brésilienne avait échappé au désastre.

Le professeur Ceccaldi , de Florence , recruté depuis par les jeunes dirigeants, a en échange d’un financement lourd de son laboratoire personnel , adhéré à cette organisation qui, lui a-t-on dit s’active dans l’action humanitaire. Un dosage subtil a été mis au point par ses soins, pour doper l’homo-sexus, et lui faire perdre tout souvenir de ce qui se passe dans cette antre du diable.

Cependant , en cachant tout le reste , l’atelier de couture s’est spécialisé dans le déguisement des drague-gouines et l’on assiste dans Paris à une forte demande de fringues portant la griffe P.V.Stroem . Des collections mirobolantes partent par Concorde pour le nouveau monde, accompagnées de mannequins grimés, de tutu-folles affriolantes, de précieuses ridicules, et pour mieux vendre , des ingénieurs en marketing froufroutant du popotin sans complexe . Autant vous dire tout de suite que les euros et les dollars pleuvent à verse dans les coffres scellés du Sentier Verdoyant. C’est après mûre réflexion , que la secte nouvelle fut ainsi nommée, pour rappeler à ses pénitents que l’enfer qui les attend est verdoyant , sans fumée, et sans alcool car l’ivresse y est forcément artificielle et permanente. Les affres de l’enfer sont réservés , aux mécréants , aux infidèles qui pactisent avec le Pape, les popes, les rabbins, les curés. Si grande est l’espérance pour certains, qu’ils croient dur comme ferraille, avoir droit, au crépuscule de leur chienne de vie, aux jardins suspendus de la Babylone infernale.

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Si jamais Polo apprend prématurément que les nouveaux inscrits sont souvent des jeunes filles africaines, sans papiers et clandestines chez nous , il risque de mal vivre une sévère constipation Chez lui,  le caca nerveux exacerbe une légère tendance à la déprime . Je lui révèlerai le fait , mais avec ménagement. Fraîchement enrôlées, elles disparaissent immédiatement dans les bas fonds de la pyramide, avec la promesse d’une carte de séjour et d’une embauche prochaine . J’exagère peut être ma mauvaise impression, mais je suis persuadé que quelque chose de moche se prépare. Mélodius était à sa façon , une fripouille sympathique, mais P.V.S lui m’inquiète sérieusement. J’espère fortement me tromper.

Jaja , Polo et moi nous nous efforçons de comprendre l’incompressible anxiété qui nous gagne.

    - Cette fois-ci , la folie s’en mêle . Les trois apôtres qui servent les messes noires de Von Stroem tiennent dans les couloirs des conciliabules murmurés , parlent à mots couverts de la fin du monde imminente, de suicides salutaires et collectifs de certains d’entre eux, de sacrifices expiatoires aux quatre coins du monde.

    - Tu sais , Doumè que je suis chargé de la surveillance des sectes , mais comment agir efficacement sans y introduire une taupe fouineuse.

    - Si je comprends bien , la taupe c’est moi . Je te remercie . Je me suis introduit tout seul, te ferais-je remarquer.

    - Ne te vexe pas . Une fois de plus tu es le pivot de mon enquête .

    - Eh , oui ! de notre enquête en quelque sorte .

    - Ne jouez pas sur les mots . Foi de Jacotte , le réel danger est pour Doumè ,la gloire pour toi Polo, mais la peur pisseuse de vous perdre est pour moi seule . Méfiez vous ! Ce sont des folles dangereuses, perverties, cyniques, sans frein. Ils sont capables de tout, ces schizopathes effrénés.

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Il ne s’agit pas de porte-flingues , de truandeaux traditionnels, ça on connaît. Mais cette fois-ci, c’est la surprise totale. Pour comprendre ces comportements , il faudrait relire une fois de trop, Freud, Lacan, Politzer, Caganoï et bien d’autres, ingurgiter sans frémir , une tonne d’études , d’essais divers touchant l’homosexualité, ou encore détendre les ressorts secrets de la perversité et de la catastrophrénie. Mince programme!

Je n’ai pas encore assisté à une messe noire de ces corbeaux de malheur, de ces suppôts du diable. Ce soir dans la nef des tortures moyenâgeuses, une cérémonie en grand apparat se prépare. Pour faire plus lugubre, ont été choisies deux couleurs, pour les costumes , le rouge comme symbole du sang , du crime , du feu infernal , de la colère satanique, le noir sinistre rappelant la mort et le néant promis à ceux qui renient le Prince des ténèbres  Le blanc est réservé au couple de pénitents qui s’offrira en spectacle sur l’autel sacré . Sous un catafalque gris et or, une estrade doit accueillir le Père Von Stroem prophète et ange mineur déchu , annonçant le règne de l’Eternel Malsain, imposé sur terre comme au ciel , selon la loi phallique et l’ancien testament des druides réfractaires. Nonobstant toute contrainte, les deux martyrs d’un soir , seront sacrifiés symboliquement au sabre , selon la volonté luciférienne . La nuit de la nouvelle lune de février a été choisie pour célébrer la grand’ messe du repentir. Chaque fidèle , doit y noircir un peu plus son âme en désarroi profond , en psalmodiant la prière satanique, en se prosternant trente et une fois devant l’effigie du Prince des bas fonds qui montre main tendue, le chemin caillouteux du bien mais le joyeux sentier du vice, la piste semée de fleurs de la débauche . P.V.Stroem , appuyé sur son sabre, transmet le dernier signe que tout le monde attendait . La procession funèbre s’ébranle lentement   progressant parmi les chaînes étrangleuses , les tourniquets brise-tibias , les arrache boyaux et les trépans vrilleurs. C’est alors que du trou noir d’une oubliette s’échappent des vrais cris de douleur , des lamentations sinistres, dans une cacophonie de percussions , de vociférations stridentes , de musiques cinglantes capables de réveiller une armée de trépassés. Bien avant la cérémonie une potion obligatoire a été offerte à chacun. Lorsqu’elle commence à faire son effet, tous les inspirés déboutonnent leur longue et pudique robe, qui s’ouvre en plusieurs bandelettes verticales révélant ainsi les corps nus. Aucun jury n’ a cette fois été chargé d’exclure la laideur et tous les estropiés du monde peuvent participer.

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Je ne vous décrirai pas l’orgie qui s’ annonce alors . C’est insensé , inouï . La bamboche collective des follichonnes et des gouinettes , n’a jamais été décrite en détail et il faudrait un talent pervers, pour raconter ou peindre l’évènement . Excusez ma dérobade , je laisse à votre imagination le soin d’entrevoir la scène. Je rends ma plume. Je la trempe même dans l’encre sympathique pour vous faire oublier l’horreur du moment, et pour camoufler sur ma page presque vierge l’excessif scandale . Tandis que sur l’autel , bravant les interdits, un adolescent musclé et une jeune noire impudique s’empapaoutent gaiement . Ils sont beaux tous les deux, peut être même un peu trop , et du parterre monte , tandis que l’orgie se prolonge , une murmurante rumeur désavouant le spectacle. Ces deux là , n’ ont pas respecté la règle et pour cela méritent la peine capitale, le sacrifice au sabre qui sera exécuté en fin de soirée , pendant la deuxième partie de l’office. Comme après toute manifestation collective intense , la déprime gagne chacun et il ne serait pas exclu d’ assister à quelques tentatives de suicide, si par précaution une nouvelle lampée d’un nectar stimulant n’avait été distribuée à temps. L’euphorie, en effluves douces, déride alors les visages de tous ces enfoirés qui se sont empressés de reboutonner leurs chiffons, mais qui manifestent encore un dégoût fâcheux pour les deux amoureux enlacés sur la table du châtiment.

Autour du Gourou , les six apôtres , dont l’un est japonais et connu d’ailleurs dans la mouvance des arts martiaux du Paris sportif, et même soupçonné d’ appartenir à une autre secte terroriste arabe, sont grimés pour faire peur et portent cornes en bataille sur leurs crânes casqués de cuir. Au tour du gourou de s’avancer sur la scène pour le sermon , pour commenter le message du Malin, le souffle de la bête immonde qui active dans les profondeurs du cosmos les fourneaux de l’enfer.

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    - Je suis un fils de Lucifer , un ancien évêque défroqué , qui a renié pour l’éternité , les saints dogmes de l’Eglise. J’ai quitté avec fracas le giron catholique , qui m’avilissait en prétendant que la sodomie est un péché. Je suis un fils du diable, qui vous montre la seule voie de la rédemption . Suivez donc les commandements inscrits en lettres d’or sur les murs de notre sanctuaire . Je suis aussi , et vous le savez bien , un génie de la haute couture. Mes créations révolutionneront la mode mondiale , et dans très peu de temps seront adoptées par toute la jeunesse des pays heureusement décadents . Dans ces pays bénis du diable en personne, où les corrompus, les voleurs, les terroristes, les sodomites sont légions, où la morale est une perversion, où le meurtre s’affiche, où la folie se montre , je peux vous affirmer qu’ils sont les fidèles favoris du Malsain. Le démon qui m’habite, qui règle mon karma , qui guide mes pensées , vous envoie dire par mon verbe inspiré, que le seul esprit cosmique qui ait un réel pouvoir est Lucifer , le puissant , l’immense être crédible, maître de nos pauvres destins.

Autant vous dire tout de suite que V.P.S semble encore plus doué que ma chère Rita qui assiste médusée, cachée dans la bibliothèque, à cette chaude flambée de sornettes surréalistes. Où vont-il chercher des idées pareilles  ces fous mystiques, ces dégénérés de la pensée , ces philosophes du désespoir. On en vient à penser que tous les engins de torture étalés sous nos yeux effarés , s’avéraient donc utiles en d’ autres temps lointains. Les diableries, les pensées démoniaques me font peur , les cimetières la nuit m’épouvantent, et souvent, comme un illustre Corse bien connu le faisait avant chaque bataille , j’esquisse sous mon gilet, un signe cabalistique caché, répété trois fois, et que je sais efficace quand je suis en danger.    

 

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