Episode 9
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Réunis au Crillon , dans l un des salons luxueux de lhôtel , nous avons peine à nous quitter après cette équipée en terre sauvage . Rendez vous est pris dans un petit restaurant des halles , ou nous dégusterons un pot-au-feu au choux , accompagné dun Château-Figeac 97 , St Emilion racé et dune grande distinction. Laméricain est déjà parti, renfrogné , réservant une franche accolade seulement à Vasy quil connaît de longue date. Il nest pas concevable que Carla joue le rôle de la veuve esseulée . Son gyrophare est déjà en service, et il ne lui reste pas beaucoup de temps pour se débusquer un partenaire de choix . La voilà demandeuse au bar dun whisky poivré , tout près dun monsieur bien , fringué comme un prince ,entre deux âges, et de loin jai compris quelle ne restera pas seule ce soir. Lequel des deux va enfin avancer le premier pas, le mot charmeur, la phrase qui déride, qui permettra tout le reste . Au bout dun court instant elle nous présente Emilio di Cocavero, petit Baron italien, bien de sa personne , bel homme , écrivain primé dans son pays , mais beau parleur en Français. Avec un accent qui nappartient quà lui , il se perd en politesse et accepte d avance lidée dun dîner à la « Fortune du pot ».
Il est tard et nous sommes attablés dans une petite salle à létage , où les clients sont moins nombreux. Il est question dune cuisine exotique et nous nous excusons auprès dEmilio, car il est difficile de comparer ce pot-au-feu fumant à la tambouille de tanti Alicia. Voyant nos hésitations, il hasarde une pensée dauteur.
- Que ne dirais-je pour vous sortir d embarras ? Lorsquon parle d une région du monde, que lon vient de quitter, on oublie peu à peu presque tout , sauf la bouffe et les amours.
- Vasy , toi tu regrettes les plats d Alicia , ou les tendresses de Fatou ?
- Tu me connais , moi je prends tout , sauf les salades , jadore les viandes frites, les têtes de mouton à la sauce berrichonne, les pâtés de cancrelats farcis , même le schnaps de tata Alicia; Votre St Emilio, vieux vin très apprécié de ma grand mère qui était alcoolique sur ses vieux jours, est lune de ses bibinnes piemontaises qui nont pas de punch mais font des bulles.
Vasy ne changera pas . On le soupçonne depuis le premier jour de dire nimporte quoi, pour choquer et dissimuler ses délicatesses , son extrême sensibilité, son trop débordant amour de la vie.
- Mon plus beau souvenir cest toi!
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Il sadresse à Fatou qui pleure dans son assiette , comme une vache folle . Des fromages suivent, quil est de bon ton de déguster avec des figues confites et une eaux de vie forte à plus de cinquante degrés. Nous allons nous quitter, et cest triste. Sur le trottoir , nos couples séloignent sans formalités, sans mots dadieu, avec des sourires seulement , comme si nous allions nous revoir demain.
Le temps prend des tournants mais les chemins se croisent et peut être, quau carrefour du destin nous nous reverrons bientôt ou dans une autre vie. Une page est tournée .
Mes gentilles lectrices , ce nest pas une raison pour ne plus tourner celles qui suivent. Vous savez très bien que pour un privé , laventure est au coin de la rue , omnifréquente , implacable , infernalement scadabreuse, pleine d aléas, de rendez-vous avec la peur, la mort, lamour. Non, je nexagère pas !
A mon retour au bureau , sans crier gare , je mimmobilise sur le seuil de la porte. Le local est vide! des papiers jonchent le sol , les meubles sont renversés , la cafetière ne glougloute plus, et soudain, serait-ce un fantôme , surgit chignon tressé en tête , derrière larmoire classeur , ma Jaja adorée. Elle lâche son paquet et me saute au cou. Holà, quelle empoignade !Cest la première fois quelle pleure , dans mes bras que vous savez vigoureux. Dans un bafouillis confus , elle révolte sec contre moi, contre tout, contre le sort qui sacharne depuis mon départ sur notre pauvre petit bureau minable , sur les tordus qui sont allés jusquà aplatir la machine à café. Et dans ce farfouillis de paperasses pêle-mêle, et de chaises renversées , une fois de plus nous célébrons à la renverse, cela sentend , nos retrouvailles . Vous allez me dire mes louloutes, que je ne pense quà çà. Cest vrai que,bon! Tout à fait!Comme tout dans la vie sapaise, le temps de faire le point nous gagne.
- Explique-moi ce fouillis. Cet acharnement métonne. Oh ! les connards !
- Cest la deuxième fois . Une à ton départ , une hier soir pour annoncer forcément ton retour. Mais qui peut savoir ? Quel enfant de pute peut nous en vouloir autant ? Jen ai parlé la dernière fois à Polo qui passe souvent pour me rassurer ou me dire que ta mission étant particulière il ne pouvait pas men dire plus.
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- A ce propos je lui dois un long rapport . Comment va cet enfoiré ? Il t a encore fait la cour, le vilain matou, le gros con. Il me faudra lui secouer les puces sil timportune trop .
- Tout doux , il ne me déplait pas ton copain .Lui au moins il est toujours là. Elle, cest sur et dur, dit ce quelle pense. Il faut dire que du Polo émane un look flic un charme plouk si romantique que les nanas lui tombent dans les pattes sans crier gare , mais à coté de ses pompes . Il a même essuyé des avances appuyées de Von Machose, le couturier quil surveille de près depuis mon départ. Je lavais oublié celui là.
- Sais-tu pourquoi il insiste? Aurait-il enfin trouvé sa voie? Même dans la police il y en a autant que dans larmée ou la haute couture. Alors!
- Doumè, as-tu fini de persifler méchamment , surtout que je devine ton impatience à retrouver ton vieux copain.
Cest bien vrai . Mais quand on parle du fou , on aperçoit sa queue leu-leu. La porte sentrouvre et Polo le magnifique apparaît, rubicond , rougeaud , le cou entortillé dans une écharpe de laine, toussotant ses poumons pourris à la cantonade. Une accolade, amicale prouve quil sest emmerdé fort pendant mon absence et quil a une grippe quil entend propager au monde entier.
- Raconte tes turpitudes , Roule ta bille, devant Jaja , grand cachottier. Tu hésites, tu feintes.
Pour semer la discorde dans les ménages , il n a pas son pareil . Il faut le comprendre, son aventure matrimoniale fut un Hiroshima , et la blessure demeure profonde. Sentencieux , il me réclame un rapport dans les plus brefs délais et nous plante là en prétendant que ce bureau est un vrai merdier indigne dune officine bien tenue. En réalité il ne tient pas à en parler devant Jaja , secret défense oblige. Je joue loffensé, le traite après son départ denfoiré , de policier femelle tout juste bon à se faire embichonner par les founettes de Von Machose.
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Polo na pas changé de quai, mais le ministre de lintérieur , celui qui zozote dans ses discours, la chargé de créer le service secret de surveillance des sectes : le S.S.S.S, prononcez « le se se se se ». Nouvellement nommé, il pensait que les moyens promis seraient à la hauteur de son zèle congénital. Ben, non! Comme rien en France nest chevènement impossible , il rame presque seul .Un adjoint seulement, pas de secrétaire, ni de percolateur, quelle misère ! Depuis cet affront , il épie les faits et gestes maniérés du célèbre couturier Von Mastricht, dit « Machose » dans lintimité . Aurait-il détecté une vilaine magouille dans ce marécage? Quant je lui pose la question il me dit que ça fait partie de la routine . Ladjoint , parlons en , ne quitte pas le biberon et passe le plus clair de son temps, au bistrot du coin . Il nest pas obligé de se déguiser en clochard pour assurer une planque, il a naturellement la dégaine, lélégante silhouette du clodo intellectuel , pommé pour chagrin damour et culte de la dive bouteille. Néanmoins il assure son service ,entre deux lampées, et quoiquen pense son omnipotent commissaire , je vous parie quil a le don de double vue. Chez un policier ça compte pour deux. Cependant Polo métonne et son mutisme à lexcès mattriste ,mais me force à penser quil a flairé une piste en or , et pour une fois quil a trouvé tout seul , il garde ça pour lui. Il joue donc à cache-cache avec son vieux copain . Quoique quil fasse , lui, ne saura jamais comment a disparu la guêpe piqueuse grignotée par les crocodiles de Vasi . Le père de la journaleuse assassinée chez Von Machose a porté plainte mais Polo a tout faux et escamote lenquête . Alors que notre bureau a repris son vernis habituel, Boivereux débarque fustigeant la police parisienne , traitant monsieur Diani Polo de lombric cul terreux méritant le vermifuge, la gégène et la balayette merdeuse . Comment un citadin bien de sa personne peut-il dire de telles insanités avec tant de distinction? Je vous le demande! Engagez-vous, rengagez-vous, et me voilà de nouveau, chien nez à terre, dans les pas de Polo, reniflant dans sa foulée le mystère Von Machose. Ses fameuses collections qui endimanchent si coquettement les Drague-Queens attirent le tout Paris désuvré dans le local Mont Parnasse de la secte du regretté Mélodius. Il nest pas pensable quune foufounette maniérée comme Von Machieuse, soit devenue une sorte de gourou mystique, sataniquement inspiré, sévertuant à recréer dans le même temple déserté, une nouvelle secte démoniaque. Et pourtant mon enquête, sur les brisées de mon ami Polo, me révèle cette triste vérité: lhydre de Sienne a bourgeonné et une nouvelle direction, plus jeune, plus ambitieuse et sans scrupule a repris le fond de commerce de lancienne congrégation toscane . A la première occasion, jen parlerai à Polo. Quitte à le mettre en colère je compte bien lui faire comprendre quil nest plus seul sur ce coup là. De toute façon pour aller en Italie, il sera bien obligé de faire appel à mes talents . Dans mon jeu, un atout maître! Pour Von Magrosse, ne suis-je pas son valet de cur, celui auquel il rêve de mâchouiller loreille en sévanouissant. Va-t-il me proposer comme le fit Mélodius le service de sécurité de la secte? A la grande stupéfaction de Polo, me voilà introduit dans la bergerie.Je suis le loup garou dans le troupeau, car hier, Von Maclause ma engagé et ne lésine pas sur les avances en euros et en tous genres . A moi donc desquiver ses minauderies enfantines, ses petits gestes affectueux sur les épaules ou sur les bras , ses sourires charmeurs, ses sautillements doiseau blessé, ses clins dil assassins qui me poursuivent en vain jour et nuit , pendant les messes, avant, pendant, après; un vrai calvaire, vous dis-je ! Rita, que je lui recommande comme responsable de la documentation, a donc repris le collier et a été recrutée avec lapprobation entière de la direction centralede Sienne.
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Peut être, ont-ils deviné que nous avions en quelque sorte fait le ménage, ce qui a permis leur promotion à la tête de lorganisation . En somme il ne nous reste plus qu à conseiller à Polo de se faire tout petit, de se faire oublier, pour ne pas gêner lenquête. En quelque sorte je serai sa tête chercheuse, sa tête de pont, sa tête de con évidemment. Inutile de dire que cette fois, la haute couture sert de paravent à des activités en eaux troubles. Jai limpression qu avec ces gens là , je risque fort avant de rédiger mon testament, de partir dans une chape de plomb aux tréfonds des catacombes.
Une ancienne crypte inconnue et récemment réouverte, aussi vaste quun bunker nazi abrite des tables de sacrifice, des gibets à coulisses, des instruments de torture et les outils du tourmenteur épiscopal qui servirent encore jusquà lédit de Nantes et même plus tard. La rouille a effacé le sang figé sur ces lames et ces mâchoires, le sang des pauvres gens , des protestants, des suppliciés, de ceux qui croyaient mais nabjuraient jamais, car ils avaient choisi le ciel et lau-delà pour atteindre leurs rêves. Ce décor intact, traité comme il se doit au xylophène et au triplox , fait de ce lieu maudit, le musée des horreurs passées engendrées par ces fous de dieu, juges cruels , intolérants, intégristes, sectaires, au service dune papauté triomphante, avide dor et de pouvoir, respectable mais rôtisseuse de gens naïfs et de sorcières. Ajoutons que le signe de croix a toujours lavé plus blanc que neige, toutes ses simagrées ou balivernes de curé. Et voilà quen lan deux mille, renaissent un peu partout de part le monde des mouvances religieuses inquiétantes , semeuses de guerres, de misères et de mort. Cà y est, je me sens mieux, jai compissé mon urée philosophique, ma bile idéaliste, mes sueurs intellectuelles, et ma diarrhée verbale. Mille et une excuses! Sait-on jamais, avec ces enfileurs daiguilles , ce qui peut se passer dans un décor pareil ?Il me faudra beaucoup de vin , de poudre ou de jugeote pour accepter ce que je vais voir se faire devant mes yeux abasourdis. Jerre depuis quelques temps dans le sanctuaire plus lugubre qu une chapelle ardente, décorée de draps noirs, de cierges allumés , de catafalques, de déambulatoires fléchés passant devant des statues de suppliciés, des quasimodos pliés en deux et vous reluquant par en dessous avec leur yeux exorbités, injectés de sang. Dans ce décor de grand guignol, une immense peinture murale surréaliste évoque la mort ailée, porteuse de balances, de bilboquets, de leviers, de tenailles à crochets pour mieux extraire les âmes des damnés qui nont pas eu la grâce de croire et vivre selon Satan, ses pompes , ses uvres et ses commandements. Les six règles mortelles, en lettres dor , égrènent leurs exigences en plusieurs langues sur un grand panneau violet.
- Homme , tu aimeras , ton sexe et ainsi ton prochain .
- Femelle soumise , tu naimeras que celle qui te convient .
- A Satan seul sadressera ta prière du matin .
- Pour la prière du soir , tu célèbreras le culte du malin .
- Promis au sacrifice , et si tu y consens , tu seras immolé sur la table dairain .
- Tu feras don de tes richesse à Satan , à ses prêtres et ses saints .
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Cest alors que tu pourras dans lau-delà, enfin libéré, ange exterminateur , au service du Diable, engendrer le malheur parmi le genre humain . A la fin des millénaires de siècles , lhomme redeviendra ainsi par toi, un animal sans âme, sans dieu, comme il le fut jadis aux temps de la genèse. Nous seuls, devenus anges des ténèbres, nous pourrons réjouir nos curs, et vivre , selon le Grand Malsain, dans livresse de nos sens éblouis, le Nirvana suprême. Anacrasus ! Anacrama ! Anacratos ! .
Ce matin, bien avant que le jour ne se lève , jai visité les appartements luxueux dissimulés au sous-sol, dans une partie bien aérée , mais sans fenêtres , espace clos , interdit par des sas et des portes blindées. Seulement , les fervents disciples célibataires , riches , homosexuels ,sans enfants, consentants et drogués y vivent en permanence pour gérer et animer le schlimplexe de Von Madrague, alias Mastricht, Machose, Machieuse .Les illuminés de la joyeuse cohorte , tous gays lapins , gays branleurs , le nomment avec respect «Pater Von Stroem» et ladorent , et le craignent , car lorsquil les hypnotise en coinçant son monocle sur lil gauche, il ressemble à un dragon dégénéré de fête chinoise . Il se déplace dans le vaste labyrinthe déguisé en samouraï auréolé. Pour impressionner son petit monde , lorsqu il se sent observé , il exécute la danse du sabre autour dune vieille selle mongole en vociférant dans une langue onomatopéique , dont seul il détient la clé. Il est mûr pour lasile, mais personne ici ne sen doute car ils sont tous vrillés.
Le recrutement va bon train , et en deux mois à peine dexistence, la liste des adhérents sallonge, et le libidino-lasure a refait surface . La maléfique poudre provient des provisions inestimables faites durant de longues années par les anciens kroumirs de Sienne qui avaient le sens de léconomie. Lorsque le siège central du sentier lumineux fut dévasté en Italie par Ronald laméricain, une importante provision de poudre brésilienne avait échappé au désastre.
Le professeur Ceccaldi , de Florence , recruté depuis par les jeunes dirigeants, a en échange dun financement lourd de son laboratoire personnel , adhéré à cette organisation qui, lui a-t-on dit sactive dans laction humanitaire. Un dosage subtil a été mis au point par ses soins, pour doper lhomo-sexus, et lui faire perdre tout souvenir de ce qui se passe dans cette antre du diable.
Cependant , en cachant tout le reste , latelier de couture sest spécialisé dans le déguisement des drague-gouines et lon assiste dans Paris à une forte demande de fringues portant la griffe P.V.Stroem . Des collections mirobolantes partent par Concorde pour le nouveau monde, accompagnées de mannequins grimés, de tutu-folles affriolantes, de précieuses ridicules, et pour mieux vendre , des ingénieurs en marketing froufroutant du popotin sans complexe . Autant vous dire tout de suite que les euros et les dollars pleuvent à verse dans les coffres scellés du Sentier Verdoyant. Cest après mûre réflexion , que la secte nouvelle fut ainsi nommée, pour rappeler à ses pénitents que lenfer qui les attend est verdoyant , sans fumée, et sans alcool car livresse y est forcément artificielle et permanente. Les affres de lenfer sont réservés , aux mécréants , aux infidèles qui pactisent avec le Pape, les popes, les rabbins, les curés. Si grande est lespérance pour certains, quils croient dur comme ferraille, avoir droit, au crépuscule de leur chienne de vie, aux jardins suspendus de la Babylone infernale.
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Si jamais Polo apprend prématurément que les nouveaux inscrits sont souvent des jeunes filles africaines, sans papiers et clandestines chez nous , il risque de mal vivre une sévère constipation Chez lui, le caca nerveux exacerbe une légère tendance à la déprime . Je lui révèlerai le fait , mais avec ménagement. Fraîchement enrôlées, elles disparaissent immédiatement dans les bas fonds de la pyramide, avec la promesse dune carte de séjour et dune embauche prochaine . Jexagère peut être ma mauvaise impression, mais je suis persuadé que quelque chose de moche se prépare. Mélodius était à sa façon , une fripouille sympathique, mais P.V.S lui minquiète sérieusement. Jespère fortement me tromper.
Jaja , Polo et moi nous nous efforçons de comprendre lincompressible anxiété qui nous gagne.
- Cette fois-ci , la folie sen mêle . Les trois apôtres qui servent les messes noires de Von Stroem tiennent dans les couloirs des conciliabules murmurés , parlent à mots couverts de la fin du monde imminente, de suicides salutaires et collectifs de certains dentre eux, de sacrifices expiatoires aux quatre coins du monde.
- Tu sais , Doumè que je suis chargé de la surveillance des sectes , mais comment agir efficacement sans y introduire une taupe fouineuse.
- Si je comprends bien , la taupe cest moi . Je te remercie . Je me suis introduit tout seul, te ferais-je remarquer.
- Ne te vexe pas . Une fois de plus tu es le pivot de mon enquête .
- Eh , oui ! de notre enquête en quelque sorte .
- Ne jouez pas sur les mots . Foi de Jacotte , le réel danger est pour Doumè ,la gloire pour toi Polo, mais la peur pisseuse de vous perdre est pour moi seule . Méfiez vous ! Ce sont des folles dangereuses, perverties, cyniques, sans frein. Ils sont capables de tout, ces schizopathes effrénés.
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Il ne sagit pas de porte-flingues , de truandeaux traditionnels, ça on connaît. Mais cette fois-ci, cest la surprise totale. Pour comprendre ces comportements , il faudrait relire une fois de trop, Freud, Lacan, Politzer, Caganoï et bien dautres, ingurgiter sans frémir , une tonne détudes , dessais divers touchant lhomosexualité, ou encore détendre les ressorts secrets de la perversité et de la catastrophrénie. Mince programme!
Je nai pas encore assisté à une messe noire de ces corbeaux de malheur, de ces suppôts du diable. Ce soir dans la nef des tortures moyenâgeuses, une cérémonie en grand apparat se prépare. Pour faire plus lugubre, ont été choisies deux couleurs, pour les costumes , le rouge comme symbole du sang , du crime , du feu infernal , de la colère satanique, le noir sinistre rappelant la mort et le néant promis à ceux qui renient le Prince des ténèbres Le blanc est réservé au couple de pénitents qui soffrira en spectacle sur lautel sacré . Sous un catafalque gris et or, une estrade doit accueillir le Père Von Stroem prophète et ange mineur déchu , annonçant le règne de lEternel Malsain, imposé sur terre comme au ciel , selon la loi phallique et lancien testament des druides réfractaires. Nonobstant toute contrainte, les deux martyrs dun soir , seront sacrifiés symboliquement au sabre , selon la volonté luciférienne . La nuit de la nouvelle lune de février a été choisie pour célébrer la grand messe du repentir. Chaque fidèle , doit y noircir un peu plus son âme en désarroi profond , en psalmodiant la prière satanique, en se prosternant trente et une fois devant leffigie du Prince des bas fonds qui montre main tendue, le chemin caillouteux du bien mais le joyeux sentier du vice, la piste semée de fleurs de la débauche . P.V.Stroem , appuyé sur son sabre, transmet le dernier signe que tout le monde attendait . La procession funèbre sébranle lentement progressant parmi les chaînes étrangleuses , les tourniquets brise-tibias , les arrache boyaux et les trépans vrilleurs. Cest alors que du trou noir dune oubliette séchappent des vrais cris de douleur , des lamentations sinistres, dans une cacophonie de percussions , de vociférations stridentes , de musiques cinglantes capables de réveiller une armée de trépassés. Bien avant la cérémonie une potion obligatoire a été offerte à chacun. Lorsquelle commence à faire son effet, tous les inspirés déboutonnent leur longue et pudique robe, qui souvre en plusieurs bandelettes verticales révélant ainsi les corps nus. Aucun jury n a cette fois été chargé dexclure la laideur et tous les estropiés du monde peuvent participer.
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Je ne vous décrirai pas lorgie qui s annonce alors . Cest insensé , inouï . La bamboche collective des follichonnes et des gouinettes , na jamais été décrite en détail et il faudrait un talent pervers, pour raconter ou peindre lévènement . Excusez ma dérobade , je laisse à votre imagination le soin dentrevoir la scène. Je rends ma plume. Je la trempe même dans lencre sympathique pour vous faire oublier lhorreur du moment, et pour camoufler sur ma page presque vierge lexcessif scandale . Tandis que sur lautel , bravant les interdits, un adolescent musclé et une jeune noire impudique sempapaoutent gaiement . Ils sont beaux tous les deux, peut être même un peu trop , et du parterre monte , tandis que lorgie se prolonge , une murmurante rumeur désavouant le spectacle. Ces deux là , n ont pas respecté la règle et pour cela méritent la peine capitale, le sacrifice au sabre qui sera exécuté en fin de soirée , pendant la deuxième partie de loffice. Comme après toute manifestation collective intense , la déprime gagne chacun et il ne serait pas exclu d assister à quelques tentatives de suicide, si par précaution une nouvelle lampée dun nectar stimulant navait été distribuée à temps. Leuphorie, en effluves douces, déride alors les visages de tous ces enfoirés qui se sont empressés de reboutonner leurs chiffons, mais qui manifestent encore un dégoût fâcheux pour les deux amoureux enlacés sur la table du châtiment.
Autour du Gourou , les six apôtres , dont lun est japonais et connu dailleurs dans la mouvance des arts martiaux du Paris sportif, et même soupçonné d appartenir à une autre secte terroriste arabe, sont grimés pour faire peur et portent cornes en bataille sur leurs crânes casqués de cuir. Au tour du gourou de savancer sur la scène pour le sermon , pour commenter le message du Malin, le souffle de la bête immonde qui active dans les profondeurs du cosmos les fourneaux de lenfer.
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- Je suis un fils de Lucifer , un ancien évêque défroqué , qui a renié pour léternité , les saints dogmes de lEglise. Jai quitté avec fracas le giron catholique , qui mavilissait en prétendant que la sodomie est un péché. Je suis un fils du diable, qui vous montre la seule voie de la rédemption . Suivez donc les commandements inscrits en lettres dor sur les murs de notre sanctuaire . Je suis aussi , et vous le savez bien , un génie de la haute couture. Mes créations révolutionneront la mode mondiale , et dans très peu de temps seront adoptées par toute la jeunesse des pays heureusement décadents . Dans ces pays bénis du diable en personne, où les corrompus, les voleurs, les terroristes, les sodomites sont légions, où la morale est une perversion, où le meurtre saffiche, où la folie se montre , je peux vous affirmer quils sont les fidèles favoris du Malsain. Le démon qui mhabite, qui règle mon karma , qui guide mes pensées , vous envoie dire par mon verbe inspiré, que le seul esprit cosmique qui ait un réel pouvoir est Lucifer , le puissant , limmense être crédible, maître de nos pauvres destins.
Autant vous dire tout de suite que V.P.S semble encore plus doué que ma chère Rita qui assiste médusée, cachée dans la bibliothèque, à cette chaude flambée de sornettes surréalistes. Où vont-il chercher des idées pareilles ces fous mystiques, ces dégénérés de la pensée , ces philosophes du désespoir. On en vient à penser que tous les engins de torture étalés sous nos yeux effarés , savéraient donc utiles en d autres temps lointains. Les diableries, les pensées démoniaques me font peur , les cimetières la nuit mépouvantent, et souvent, comme un illustre Corse bien connu le faisait avant chaque bataille , jesquisse sous mon gilet, un signe cabalistique caché, répété trois fois, et que je sais efficace quand je suis en danger.