Episode 8
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On nous pousse dans une chemin caillouteux , bordé de ronces , et de champs de maïs . Destination incertaine! Et puis enfin nous y voilà . Létablissement ouvre son unique porte , qui encadre une mamma grassouillette, le cheveux roussi à lhuile de palme, la face mongole rougeâtre , le sourcil au charbon, et une bedonnante ceinture pendouillant jusquau genou . Fatou qui connaît les bonnes manières se précipite pour la bise de bienvenue. La vieille , je crois , apprécie le geste affectueux et bien africain de notre précieuse Fatou qui lui dégoise sans façon une émouvante et longue phrase en portugais , qui va droit au cur de notre hôtesse. Suivent évidemment la bise un peu compassée de Carla qui noublie jamais son titre de noblesse, et celle plus nature de Rita. La mamma, lui caresse les cheveux , et lui dit tout simplement que le roux est la couleur du soleil, au Rio Branco. Voilà les présentations bien engagées. Cependant , elle ignore majestueusement les saluts marmonnés des hommes. Je reste la main tendue dans le vide . La signora Albanès nous invite à entrer dans son cafouche villageois, un peu sombre mais propre à première vue , dans lequel nous saluons avec empressement les quelques hommes attablés, joueurs de cartes et probablement de colts et de couteaux . Pour changer un peu le style des présentations les mains se tendent, et quelques moqueries séchangent sur le dos évidemment des étrangers de passage, inattendus que nous sommes . On va avoir droit au verre de bienvenue . Sur six chaises bancales , nous posons enfin nos fesses serrées malgré tout. Il va falloir avaler le breuvage , que la mamma va verser généreusement. Les verres levés, à la santé des villageois , qui remercient en vidant le leur , contient une eaux de vie , qui tue les microbes les plus virulents , lorsquelle ne tue pas l homme . Nos trois bibiches , ont fièrement avalé la mixture brûlante. Ce que nous navions pas soupçonné , cest quelle a été légèrement dopée au bitumo-lasure hilarant. Oh! je ne vous dirai pas la suite sans appréhension . Un fou rire général explose dans la salle basse, sous le regard amusé de la vieillasse . Au mur pend une série de guitares , de toutes formes et la plus ventrue a été façonnée dans une carapace de tortue géante . Croyez moi , si vous ne croyez pas en dieu , cette guitare a un pouvoir mélodique ou se mêlent le murmure des vagues et la caresse du vent de mer . Je décroche linstrument avec de réelles précautions , et assis sur un tabouret , je leur assaisonne le plus beau morceau de mon répertoire: La Danse triste dEnrico Granados . Lenchantement paraît immédiat car tout rire cesse et les joueurs se retournent pour écouter. La mixture offerte tout à lheure a exalté mon inégalable talent et mes doigts courent sur le manche, attirant les regards fascinés des buveurs . Pour ses contrées lointaines on croit , dur comme pépite, que les gens y sont mal dégrossis , incultes , en un mot sauvages , parce que dans leur ruelle un Macdonald na pas encore offert ses services et ses plats vitaminés . Celui qui penche sa tête pour mieux entendre une musique reste pour moi lhomme le plus civilisé . La dernière note , les laisse figés dans leur émerveillement, et je comprends alors quil leur en faut encore .
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Linstrument a repris sa place sur le mur ; je baille bruyamment pour bien faire comprendre à lassistance, encore sous le charme , que le sommeil me tire les paupières vers le bas et quil faudra vite me montrer le chemin dun lit douillet . Fatou a déjà demandé trois chambres , et la réponse nous intrigue car le guitare-bar qui nous abrite na pas détage . Cest oui sans aucun doute . Mamita , fièrement agite une clé démesurée, qui me paraît tout à coup le passe partout du paradis . De lautre coté de la grand rue , un bâtiment neuf prend des allures de Negresco miniature , et je sens que je vais roupiller plié en deux , ignorant la délicate présence de ma Rita chérie , qui en veut toujours malgré les fatigues du voyage . Si vous n avez pas connu le vrai repos du guerrier aguerri , du héros fatigué ,vous mourrez idiot , sans savoir quun bon somme efface les noirceurs de la vie. Sans savoir non plus , que le rêve nest quune supercherie , une pâle flammèche de la réalité, une escorniflade du malin , un emberlificotement du palpable , une sibylline perversion de la pensée. Ciao, je dors. Mille excuses mes louloutes !
Se sentir réveiller par qui on aime , ça aussi ça transpire le bonheur . Les lendemains qui chantent, nexistent pas qu à lest . Ma coucounette me couvre de baisers brûlants , appuyés gloutons , minonde de frissons, de mille frottis- frottons et je sens que la bebête qui monte va encore faire des siennes . Là je pose la plume! Je naime pas raconter lintime . Mais vous le savez peut être jai un faible plutôt pour la cavalcade et les farandoles orgiaques .
En bas dans lantre de la mamouche , une bouillie fumante de semoule nous est servie dans un bol de grand calibre, accompagné dun pignon de maïs rôti au feu de bois vert . De quoi faire gonfler pendant trois jours pleins, la panse avantageuse dun allemand baffreur. Ronald, plutôt habitué le matin à avaler un brique-fast, a je crois découvert le petit déjeuné de ses rêves. Il en redemande , et la mamma ne se sentant plus de joie, va lui chercher un fromage.
Noublions pas que Vasi est dorigine polonaise. Bien que marqué au fer bleu blanc rouge, par la culture gallo romaine , lhomme de lest quil est un peu resté , a commencé cette belle journée par un bon verre de cette eau de vie incendiaire que la Sénora Alicia sest empressé de lui verser . Il mange comme il fait lamour, en cavalier mongol , ceci pour vous dire quil vient de se farcir en quelques coups de dent les grains mais aussi le bois tendre du trognon de maïs. Fatou nen revient pas et na pas fini de sétonner.
Mamita, depuis hier soir , charmée par mes grattouillis musicaux , me dorlote un peu et jugeant mon maigre appétit pour le maïs , mapporte un impressionnant bol de lait chaud. Comment remercier une si touchante attention ? Elle regarde le mur . Jai compris ! Je décroche linstrument et je lui sers tout chaud, Granada dIsaac Albéniz. Dans la salle exigu mais vide , ce morceau que vous connaissez bien libère les âmes en peine, résonne sous la voûte et chaque fois que je le joue pour les amis , jy rajoute un chouïa de passion. Bref si ça continue ainsi je vais finir par me croire en vacances.
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Ronald , n a pas perdu le nord . La musique latino ne le branche pas et il donne toujours limpression dêtre ailleurs même lorsque tout le monde autour de lui séclate . Dans sa caboche américaine, fonctionne en silence une boussole perfectionnée qui , si je ne me trompe , a déjà repéré quelque chose dimportant dans les environs immédiats.
Il médite , affalé dans une chaise longue bancale , les deux mains derrière la nuque. Que peut-il bien échafauder , ce grand agent , tellement secret quil reste une véritable énigme pour nous tous, au bout de quelques semaines de vie commune?
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- Ne te repose pas trop fort , cest fatigant !
Ce yankee de mes deux , napprécie nullement mon humour de sudiste . Jétais loin de penser quil cracherait son chewing-gum , en signe de mépris . Vous me direz peut être quil existe de multiples formes de ruses chez les Sioux , de la moquerie chez les napolitains, de la tchatche ironique chez les pieds noirs, de lhumour noir en Afrique et pour conclure celui des anglais , qui vous fait rire pâle quelques minutes après. De tous les américains que jai côtoyés , il restera le plus merdique , le plus tordu des irlandais d outre océan. Il sadresse enfin à son collègue Vasi, pour lui dire quun petit barrage hydroélectrique situé juste au dessus de la grande hacienda repérée en vol , pourrait nous servir en attendant de piscine. En sadressant à la Senora Alicia Fatou lui demande si la baignade y est permise .
- Mes amis , allez donc vous tremper; Ici leau est trop froide pour les crocodiles et les enfants du village lorsquils ne sont pas à lécole, sy baignent constamment .
De peur de lui voir avaler sa boule de gomme, je ne lui adresse plus la parole pendant quatre jours; il aura ainsi tout le loisir de réfléchir , dobserver la grosse maison de nos ennemis probables, déchafauder des plans dattaque , pendant que nous batifolons dans les eaux argileuses du barrage. Malgré leau froide, Fatou plutôt habituée aux baignades en lagune, se rapproche des petits diables sortis de lécole qui plongent tout nu en criant dans des tourbillons déclaboussures. Peut être que les souvenirs de son enfance dans le petit village africain de ses grands parents , resurgissent et lattirent vers ses enfants turbulents mais si sympathiques. Ils lont tout de suite intégrée dans leurs jeux , et je crois quelle est en train de les apprivoiser en portugais. Tandis que son Vasi, lobserve , intrigué mais admiratif , car elle semble encore plus belle et gracieuse, jouant parmi ses joyeux gamins. Tout se calme de ce coté , et étendus sur le gazon frais de la berge, ils entament une longue conversation entrecoupée de rires fous , de gestes insensés , de grimaces simiesques, et de bisous affectueux.
Tandis que notre sympathique dame Alicia , se décarcasse pour nous confectionner un repas typique, fortement pimenté , et arrosé dun vin de palme , qui fermente en bulles dans des carafes de grès noir, Fatou nous apprend , un sourire fin au coin des lèvres , que les petits ont parlé sans y avoir été incités, de lhacienda voisine et de ses occupants . Ils manifestent une grande admiration pour leurs bienfaiteurs.
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- Tu es sûre de ne pas avoir réveillé leur méfiance?
- Non , jen suis certaine . En réalité , ils sont surtout très intrigués par le fait quun de ses messieurs soit aussi noiraud que ma pomme . Il mont quand même appris que des réunions importantes se tenaient assez fréquemment en ces lieux , et tout ce qui les intéresse , ce sont les rutilantes voitures qui passent alors au village, et stationnent devant le caboulot dAlicia .
Nous sommes , vraiment contents des talents de Fatou , et de notre journée. Nous savons maintenant que nos voisins sont bourrés de fric et quils font partie dun groupe actif et organisé.
Chez Alicia , ce soir cest la fête . De peur que je ne puisse jouer pour ses invités, elle me verse un peu moins à boire, a bien pimenté mon assiette afin de colorer ma voix de montagnard enroué, et me sert à table comme elle servirait son mari . Parmi sa clientèle , cinq robustes gaillards accompagnés de leurs putes métisses, dégustent une faramineuse paella garnie décrevisses , de fesses de singe en charpies, dun méli-mélo de crabes deau douce et de saucisses au sang de porc sauvage . Leur appétit fait peur, et le vin croupi de dame Alicia, semble à première vue les rendre heureux .
Moi, je panique franchement , car ils ont oublié de se présenter , ou de nous adresser un petit signe de politesse. Cependant , Fatou a récolté quelques regards sournois , mais admiratifs. Afin de ne pas éveiller les soupçons, nous jouons au mieux les rescapés en vacance , et nous parlons entre nous de notre départ prochain en espérant que lun dentre eux comprenne quelques mots de français.
Mais tout à coup , Fatou interpellée par notre hôtesse , lui répond si gentiment en portugais, que nos cinq voisins intrigués , mais ravis nous saluent , poliment , et lèvent leurs verres en même temps que nous. La glace est rompue. Craignez vous quils ne se tiennent comme des gentlemen . Ces gens là en surprise, sont des aventuriers raffinés, porteurs de calibres inoffensifs , de vrais humanistes de la gâchette , des pourvoyeurs de paradis artificiels , des magiciens qui font cuire dans leurs marmites le fameux bitumo-lasure, ce délicieux élixir qui fit bander si fort les adeptes de la Cocodysecte , de la rue Coustou et du studio Montparnasse, mais qui tue à loccasion. Nous avons préféré un plat de gros beignets dégoulinant dhuile rouge , servis avec des cervelles de moutons , cuites dans des coupelles de fer martelé, et bourrées de poivrons dEspelette. Cest si bon que nous avons demande à notre hôtesse un deuxième service. Vasi, mange, dévore, bave de plaisir, et boit comme un polonais quil est resté, ce vin dégoûtant que nous buvons aussi, pour ne pas vexer. Les félicitations ont touché notre hôtesse qui minaude et nous promet un dessert original, qui est tout simplement une salade de fruits, mais là je suis incapable de vous dire leurs noms . Cueillis dans la nature, le matin même ,certains ressemblent à larbouse , ou au corossol , dautres ont la peau des mangues et un goût de poire cuite, les plus curieux ressemblent à des cucurbites de nos jardins . Qui , parmi vous oserait parier que ces fruits sont vendus à la Samaritaine ?
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Pendant que les filles dégustent , Alicia ny tenant plus, commence à loucher sur les guitares pendues au mur de la taverne . Jai enregistré le message , et je ne me fais nullement prier lorsquil sagit de musique ou de danse . A létonnement de tous Fatou demande à Alicia la permission de changer de robe, dans la cuisine derrière les fourneaux . La demande est singulière et les convives de la table voisine ont posé en attendant leur cuiller . Que va til se passer ? Notre artiste , ressort des coulisses, endimanchée dans une robe castillane , rouge et noire , dentelée de blanc , lui cachant les chevilles , et laissant juste voir ses petits pieds de danseuse , dans des souliers à talon haut . La guitare mensorcelle chaque fois les mains, et mes doigts sans que jy sois pour quelque chose , sautillent , tripotent , pincent et gratouillent gaiement les cordes de linstrument. Le flamenco , ça peut réveiller un espagnol moribond; lun dentre eux qui est né à Séville,se lève, tend le jarret, et accompagne Fatou . Tous deux , ils nous font un numéro de volte face hispano-mauresque, digne de lAlhambra, et ça nen finit plus , et ça dure encore jusqu'à lépuisement . Dans la salle basse voûtée, il commence à faire chaud et les cigares que fument ces messieurs ne sont pas des fusettes. Si je changeais de registre!Dona Alicia , pleure à chaudes larmes . Je devine que Fatou va la consoler car elle a sans le savoir fait resurgir les souvenirs de jeunesse de notre trop sensible hôtesse . La robe prêtée est celle de sa fille qui a quitté le village depuis si longtemps et na plus donné signe de vie . En attendant que le chant remplace la danse, je joue la sérénade du pendu , façon Alirio Diaz , avec des grognements de gorge , des grattages endiablés de corde, et en finale la mimique du trépassé . Les putasses de ses messieurs rient comme des pintades et en fin de lenvoi, jai droit a une ovation générale et même au sourire d Alicia qui a oublié sa peine. Et pendant ce temps là , Fatou a pu changer de look et nous revient en sandales de vacance . Lorsque nos deux regards se croisent, point nest besoin dannoncer le titre de la chanson , car je l ai surprise un jour en train de la fredonner. Pendant deux heures pleines , Fatou , de sa voix chaude et envoûtante va nous servir sans une seule fausse note le répertoire complet dAmalia Rodriguez . Le Fado portugais , ce chant nostalgique , qui évoque la vie, la mort, lespoir et lamour, va nous faire oublier ce que nous sommes vraiment , va arrêter la marche du temps. Puis, comme si la musique était le langage universel , nous voici invités à la table des cinq conquistadors, qui se révèlent de vrais copains de cabaret , de charmants compagnons bavards dont lun baraguine un peu de français.
Tard dans la nuit , alors que nous nous quittons tous un peu éméchés , le plus rieur des cinq, celui qui parle français , comme sa cousine espagnole , nous invite à lhacienda , vendredi soir avec guitares et falbalas . On ne pouvait mieux espérer . Laméricain qui n a pas apprécié du tout notre musique plutôt latino et qui a lair de semmerder seul dans son coin , délaisse même la pauvre Carla qui commence à loucher vers le plus sexy des machos. Elle cataleptise plein pot, lorsquun mec tatoué se pointe dans son rétroviseur . Depuis la perte irréparable de son noble mari elle séclate lintime avec le premier venu , pourvu quil la baise en la faisant rire. Il faut dire que Ronald nest pas un marrant et je sens que leur idylle touche à sa fin . Il ne faudrait quand même pas que tout foire à cause de sa tronche d anglo-saxon. Y a des gars de son style qui éveillent de suite les soupçons, car son air conquérant, sa dégaine de redresseur de tort, sa suffisance tranquille , et sa mastication permanente révèlent sans bavure son appartenance au nord. Carla serait bien inspirée , entre deux soupirs , de faire savoir quil nest que notre pilote, et que nous le traînons comme un boulet. Inutile de vous dire quelle a fait quelques pas avec le tatoué , hier soir, à la sortie du spectacle, et Rita se triture le cabochon pour comprendre le comportement de notre comtesse. A vendredi!
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- Vasistas , que penses-tu de tout cela.
Il nest pas de ceux qui sangoissent trois jours à lavance .
- Nous improviserons vendredi ; Pour le moment je suis en vacance ; il y avait bien longtemps que la chose ne métait pas arrivée .
Avec Fatou , ils forment un couple sympa , joyeux , attentionné, et insouciant. Je crois aussi quavec ma Rita ça carbure au miel .
Il suffit maintenant de patienter jusquà vendredi soir . Ronald à échafaudé une attaque surprise, à larrivée, un truc pas possible , un massacre de commando à larme blanche , parce qu il veut en découdre avec le tatoué qui tourne autour de Carla . Il nen est pas question .Veto ! Laméricain commence à me chauffer les fouilles. Ces puritains de merde , ne savent pas grand chose sur les femmes et ils seront toujours à coté de leur pompes lorsquil sagit de les garder , ou de sen défaire . En attendant Carla soupire.
Le jour fixé , sur le chemin de lhacienda illuminée , Rita , Carla , Fatou marchent devant nous. Apprécions le spectacle , car les cailloux aidant, trois petits culs avancent, balancent et puis sen vont ! Seul derrière, Ronald le texan , fait la tronche car nous navons pas accepté son plan daction héroïque, et les filles préfèrent prolonger les vacances . Et puis Carla a son hidalgo en tête et elle ne lâchera pas le morceau, même sil doit mourir entre ses bras . Oh ! la garce ! Comment faire , la question se pose , pour éliminer ces chacals, sans toucher un seul cheveu des cinq pétasses qui les accompagnent . Invoquons le tout puissant Yomaha! Pas de réponse, vous pensez bien. Le soir tombe, la nuit sétoile , lorsque le portail souvre devant nous. Pas de fouille, pas de caméra, mais nous ne disons rien qui puisse nous trahir , parce que des micros sur le parcours ont du être installés à notre intention . Par contre pour donner le change, Carla affirme haut et fort quelle préfère retarder notre départ , et lenvisage seulement pour la fin du mois . Elle se plait tellement à Villaberde. Enfin, sous un immense pacanier couvert de chatons , nos hôtes souriants et quelque peu décontractés, nous accueillent. Surprenant! Tout le monde sembrasse, comme si nous étions des amis denfance .
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Au bord de la piscine , sont offertes sur une table , des fleurs , des boissons de toute sorte et dans ce décor, les puputes de ses messieurs , saffairent en strings, les fesses constellées de petites gouttes brillantes, les cheveux filasses , car elles viennent de faire trempette . Nos cocotes nont pas de maillot. Nous avons perdu nos fringues pendant notre atterrissage forcé . Carla , la première sans y être invitée, suivie bientôt par toutes les autres, jette sur les relax son petit linge , et plonge nue . Un petit cri , car leau est froide ! Tony le tatoué, a sauté lui aussi. Il se rapproche de Carla , qui ne dit pas non . Elle se laisse embrasser. Laméricain sest éloigné et louche vers les hélicoptères , en attente sur une aire de gazon anglais . Oh , lenfoiré! sa malsaine curiosité risque tout bonnement déveiller les soupçons. Incapable dêtre jaloux , mais vexé , il allonge une tronche pas passible, et fait la gueule triste au milieu d un tourbillon de rires et déclaboussures . Il faut voir comment Fatou a charmé son auditoire, l autre soir . Ils sempressent autour d elle et la conversation en portugais évidemment, se poursuit jusquà lheure du repas. Tony et Carla se sont éloignés et ont disparu soudain derrière les héllicos ventrus. Rita et moi, simplement les pieds effleurant leau , nous discutaillons assis au bord de la piscine. Bien que la nuit tombe vite au pied de ces montagnes , on peut encore distinguer le petit village et lhôtel tous feux éteints. Quand ils reçoivent des comparses ou comme ce soir des étrangers, nos hôtes font appel aux talents culinaires dAlicia, qui chantonne en nous portant les plats . Ce qui métonne le plus , et quoiquen pense laméricain, ses savoureuses ratatouilles légèrement pimentées, garnies de viandes interdites dans les fast-food désinfectés des villes du nord, sont dignes du Grand Vefour. Lorsquon lui demande les secrets de ses recettes, et surtout de dire quel animal en a fait les frais , elle se ferme comme une huître , et navouerait pas , même sous la torture. La limace pygmée, le filet mignon du ahua , peut être aussi la langue d agouti confite ou la crête du faisan des marais entrent mystérieusement dans ses casseroles , approvisionnées par le taré du village, ivrogne, cueilleur chasseur traditionnel , et dont le savoir faire remonte au néolithique . Il y a autre chose à dire, et cest inattendu, les vins viennent d Espagne et le champagne est frais . A la cuisine , quelques pincées de musco-lasure en mini-doses, administrées par des mains expertes , réchauffent latmosphère de fête
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Sur le chemin du retour , Carla déplore que le tatoué lui ait fait lamour comme un criquet malade. Versera-t-elle une larme lorsquelle apprendra comment nous comptons nous débarrasser de ces cinq malfaisants malfrats? Ceci dit , elle nous décrit en détail le tableau de bord de lhélicoptère et bien quelle ny connaisse rien, ses remarques intéressent au plus haut point Vasistas qui lui , a fait voler ces engins, au dessus de la brousse bosniaque .
- Pendant que ce grand maladroit me baisait en négatif , jai pu lorgner en toute impunité les jauges dhuile et de carburant .
- Précise moi la position des aiguilles .
- Mon cher Vasi , Tony était bien calé contre mes fesses , les aiguilles pointaient à droite et moi jétais pliée en deux, le nez sur les cadrans . Voilà le topo. Voudrais-tu dautres détails ?
Fatou elle aussi est pliée en deux, prise dun fou rire , elle nen finit plus de se secouer les miches, quelle a généreuses.
Trêve de plaisanteries , nous tenons là le moyen de passer à laction. Sans que personne ne nous repère, nous attendrons la nuit noire de la nouvelle lune , pour placer des charges explosives télécommandées. Lhélico quils empruntent dhabitude est le plus ventru des deux . Ils partent tous ensemble chargés de petits sacs conditionnés pour leur largage programmé dans trois villages , voisins dune route à grande circulation. Voilà comment pulvériser ces vaillants canailloux . Un grand boum dans le ciel , loin de Villaberde, au dessus dune brousse épaisse, éparpillera tout ce beau monde aux quatre vents.
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Des jours paisibles sétirent en grasses matinées , suivies de baignades et de siestes agitées . Pour ne pas décevoir Alicia qui nous aime bien , nous finissons nos soirées , dans son caffouche villageois , souvent visité par le tatoué qui en pince sec pour Carla. On ne peut pas dire que ce soit la grande passion pour ces deux là , mais je suis ravi de voir laméricain mastiquer furieusement son caoutchouc sucré . je redoute quil fasse foirer notre mission , tant il carbure au fulminate. Je lai même entendu parler tout seul , jurer , et cracher avec mépris lorsque Tony arrive à lauberge. Ce nest pas le moment de flancher et de tout gâcher pour une banale histoire de fesses. Pour montrer hypocritement que nous le tenons en haute estime , cest lui qui sera chargé de placer les explosifs . De toute façon si, par hasard, il se laisse repérer par les latinos , il est bien capable de les poinçonner lun après lautre, en commençant d abord par son rival Tony. Aurait-il du sang indien dans les veines ?
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Le jour de lexécution , juchés sur la colline nous pouvons voir très loin séloigner le cercueil volant. Dans la plaine , à laffût , Vasi est chargé de démarrer le second engin , et de nous prendre au passage, non sans avoir confisqué une bonne provision de musco-lasure dans la remise du grand jardin . Ronald n y pouvant résister a jugé opportun dappuyer sur le bouton. Un déluge de feu , suivi dun éparpillement de ferrailles, vient dilluminer lhorizon, au dessus dun gouffre profond et touffu. Personne ne pourra raconter cette fin tragique, à part votre auteur préféré , avec son talent habituel . Carla , épouvantée par le calme anglo-saxon de son ex, le regarde, avec mépris, se demandant comment elle a pu se faire trousser par ce grand énergumène, cruel, insensible, dégoûtant, cet animal à sang froid , capable de tuer avec un rictus aux lèvres . Quittons pour ailleurs ce trou perdu, avec quand même le souvenir dune charmante maman Alicia, qui va peut être pester parce que nous ne lui avons pas fait un adieu convenable