Episode 7
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Vasi , malgré tout , se sent coupable . On a laissé filer un cargaison importante darmes vers l Amérique . Il enrage , et a remballé Carla qui lui proposait une soirée à lhôtel du golf . Plus tard dans la soirée , cest Fatou qui a remis ça . Il est tout autre quil ne paraît lorsque il hésite . Au piano-bar de lhôtel , avachis dans des fauteuils qui attendent le client , nous sommes cinq âmes en peine , et le pianiste . Quelle idée , de sortir si tôt ! Seul l artiste joue et rit ; ses longs doigts courent et tapotent le clavier noir et blanc . Carla , appuyée sur le couvercle rabattu de l instrument boude car elle a compris que Fatou avait gagné . Et cest alors qu un grand , un longiligne gentleman , blond , aux yeux bleus gris dacier , charpenté comme une armoire normande , sencadre dans la porte . Carla reste interdite , oublie la musique les conventions , les bonnes manières et , subjuguée , clignote des lumignons vers cette apparition soudaine . Lui , impassible , mais vrai , déçu de rencontrer si peu de monde , on le devine va rebrousser chemin . Précipitation !
_Oh ! my friend , Vasi , mon ami , qui branles-tu en Afrique ?
L accolade est sincère , mais je sens bien quil y a entre eux un besoin de se mesurer , de jauger l autre plus quil ny paraît . Présentation ! il connaît Fatou . Il sincline pour Carla , lui baise la main , la retient un moment , et sans quelle sen aperçoive , laccompagne en plaisantant vers le piano . Tilt ! Carla dégringole une fois de plus ; on suppose tous que notre gentille comtesse va vivre au moins une intense histoire de fesse si ce nest une histoire d amour . Rita se réveille .
- Séduisant , le copain , mais je voudrais en savoir un peu plus long sur lui . Vasi accouche .
- Agent de la CIA , opérant en Afrique , attaché à lambassade des Etats Unis , en Côte dIvoire . Il se nomme Ronald Firestone , comme les pneus .
- Lui , au moins , arrive au bon moment , Un beau mec de ce acabit mérite une place dhonneur sans cotisation dans notre Cocody-secte-saloon .
- Moi je compte pour du beurre dans tout ça .
- Attention ! il naime pas les français . Toi tu auras du mal à exister pour lui .
- Dis lui que je suis corse ; ça peut changer quelque chose , tu crois .
- Oh , il le dit souvent , les corses , les siciliens , les maltais , cest du caca mou de vache tuberculeuse . On va avoir besoin de lui . Ne gâche rien pour une simple blessure d amour propre . Je plaiderai l amitié . Tu verras , cest un type immense , mais il perd les pédales devant une italienne , surtout si elle est comtesse , et surbichonante comme Carla .
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Laméricain s est confié à son ami; Vasi apprend ainsi quun ancien du KGB, qui fut pendant la guerre froide, un adversaire impitoyable, se pavane, accompagné dune dizaine de truands russes, sur un magnifique yacht, qui a fait escale , dans le port d Abidjan . Il a appareillé avant hier , et fait actuellement escale à Tanger. Un agent à Ankara , attend son retour , et devra enquêter pour connaître la provenance de ces armes nouvelles. Lambassade américaine a eu vent d un certain trafic , mais elle est loin de flairer notre rôle dans tout ce mic-mac.
Nous voilà donc , trois couples , parmi les bambocheurs d un soir , au piano bar du Golf. Les autres sont arrivés, après onze heures . Carla rayonne , et raconte à Ronald son enfance de petite fille pauvre, élevée dans les ruelles étroites et nauséabondes de Naples . Elle ne cache jamais ses origines modestes, mais se tait lorsquil lui faudrait raconter aussi la première partie de sa vie de femme. Par contre de son mariage et de sa vie mondaine sous les armoiries des Montefrolo, elle en fait un conte de fée et celui quelle nomme déjà Renaldo avec son accent coloré , mangerait en lécoutant, de la jujube en boite , signée Mac Donald , si elle exigeait cela de lui. Sans le vouloir vraiment, elle a parlé de nous tous , à son chéri du jour , et Renaldo a compris que pour elle, je comptais beaucoup et demeurais son meilleur ami . Depuis , à mon égard son comportement me paraît être plus chaleureux et amical malgré ma tare dêtre français . Cest toujours ça de gagné . Vers trois heures du mat , nous regagnons la Cocodysecte, ou une messe en mini-boubou sénégalais transparent a eu lieu et a duré un peu trop longtemps. Les participants déçus de labsence de leur déesse adorée, ont compensé en exagérant leurs performances sexuelles et sombré dans un sommeil profond.
- Je vois quoi ?
On lui explique un peu, pas trop, ce qui se passe ici. Il écoute dune oreille distraite, puis, ayant bu une coupe qui traînait sur un plateau , le voilà survolté, lubrique, agressif, dépenaillé, emportant dans ses bras vigoureux, une palpitante Carla, quil sacrifie sur lautel, sous lil bienveillant du Calao sacré. Quelle empoignade! Il nen revient pas, lui, le puritain, le gentleman, se découvre une âme de cromagnon mal dégrossi. Carla est aux anges; lamour bestial, elle adore.
Il serait temps d inviter nos super-gourous de Sienne pour une inspection de la Cocody-Rève. Trois bonzes décharnés , vieux comme du bois sec , fin prêts pour le grand saut , richissimes mais pas heureux, car ils sont en sursis , viendront prochainement occuper les cocodyloges luxueuses , et assisteront aux festivités africaines. Ils mouillaient leurs bavettes , tremblicotaient du genou , lorsque Carla de passage à Sienne leur proposa le voyage. Renaldo put ainsi en l accompagnant , connaître le bonheur dans la noble couche dun comte italien. Et lorsquelle habite un lit aussi somptueux, je ne vous dis pas! Avant leur départ, le sanctuaire de Sienne ferma ses portes, provisoirement en l absence du Signore Menefrego di Nembro.
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Le petit personnel a été congédié. Ronald resté dans la ville et muni du passe porte électronique, a pour mission de transformer la résidence en poubelle, de vider les coffres , de détruire les archives , de démonter la salle de transmission secrète de lorganisation. Quel massacre ! Avant leur condamnation à tort , car nous ne leur ferons pas de cadeau, ils assisteront à une dernière messe , mortuaire , celle-là , que Rita a mise en scène pour la circonstance. Ils vont ces trois mages de l apocalypse , assister à leur propres funérailles . Le grand soir sannonce. Les adeptes surdopés attendent le coup de clochette et louverture des tabernacles . Des habilleuses en tutu-string, parent, bichonnent les trois vieillards et les accompagnent dans leur cocodyloge individuelle . Il est exclu que la cérémonie débute sans la présence de la déesse Sassandra , grande prêtresse et matrone du sexe , versatilement inspirée par le grand Yomaha rutilant , peint en une icône pornodoxe , sur le ciel étoilé de la nef centrale. Tous, bouche bée et sexe en berne, attendent de leur patronne , la boisson qui leur rend chaque soir , la joie de vivre , de triquer, de trinquer, de traquer la bébête qui monte sur les ventres épanouis.
- Alléluia ! Par Sassandra , que le miracle s accomplisse pour nous pauvres branleurs! L uvre de chair, nous le tenons du ciel , par Yomaha , n est plus un péché ; donne nous notre plein quotidien, oh! déesse du soir, nymphe du crépuscule , âme vivante de la nuit.
Un grand prêtre enrubanné comme une momie orientale , a lancé sa prière ,qui reprise en écho par les égaliseurs sonophoniques , se répète , se répercute sur les lambris , les cuivres martelés , les calebasses tam-tam de Korogo, les clochettes , les sonnailles , les moulins chapelets ; tout vibre, sétale, sencliquette, dans un assourdissant mixage. Oh ! la !la ! croyez moi . Dans un soudain silence , une barque légère, fend la scène , et glisse vers lautel illuminé ; en poupe un candélabre mortuaire, torsadé, lugubre, darde huit cierges clignotants; En proue, comme sur les caravelles des conquistadors , notre délicieuse Sassandra, apparaît en couleur, bronzée par le soleil dAfrique, parée d une longue natte rousse et annonciatrice de révélations divines.
- Mes chers protégés , je vous aime ; je vous commande un instant de patience. Nous allons célébrer les obsèques symboliques de trois pêcheurs en eaux troubles que le grand âge a versé dans le repentir sincère. La première faute avouée est lamour de largent , au détriment de l amour . Le second péché mortel est d avoir forniqué durant leur existence , sans passion , sans folie, oublieux de la joie, escamoteurs de tendresse, tristounets de la quique, et réticent du gros frisson.
Alléluia ! Alléluia !
_Ces trois cercueils à mes pieds , recueilleront seulement leurs âmes damnées par Yomaha. Ils assisteront impuissants , langues tirées et regards concupiscents , à nos orgies braillardes, et nous leur entrouvrirons seulement un bref instant, lillusion du paradis terrestre.
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On rit très fort . Les trois repentis enchaînés , couverts de lambeaux en guise de linceuls, ahuris, hagards ne savent que penser . L officient en bandelettes , les invite à s allonger dans les caisses mortuaires. Les coupes, sur de grands plateaux débène , sont enfin servies ,aux invités , envoûtés , illico émoustillés, vagabondant soudain par deux , par trois , saccouplant , sabouchant sans vergogne. Sur lautel, enfouraillée par un Renaldo surdoué , monté comme un cheval mustang , sa compagne hennit de plaisir, sans se rendre compte, que ses gémissements ont subjugué lassistance . On rame , on besogne en silence, au rythme lancinant, des soupirs enchantés de Carla. Nous navons pas eu besoin, Rita et moi de la potion magique pour nous mettre à lunisson . La pudeur minterdit de vous parler de nos paresseuses caresses. Il nous faut garder tête froide pour accomplir notre mission expiatoire. Les ardeurs amoureuses, une heure plus tard samenuisent, se calment. Pour la scène suivante , selon un dosage très risqué , les convives ne se doutent pas quils viennent de boire la potion démoniaque , le ciboire de la honte , la coupe du repentir . Du fond de la crypte où on été conduits nos trois suppliciés , monte une plainte forte , grave , dégoulinante de tristesse . Sans le savoir vraiment, ils chantent un Té-deum en égyptien ou en latin déglise , et certains même , on ne sait comment , ont réinventé le chanté de lancien testament . Pour les trois pénitents , Rita , ma déesse à moi , a préparé un dosage savant qui va pour leur punition , les faire se vautrer désormais dans une folie douce et balbutiante, pour le restant de leurs jours. Auparavant ils ont eu un temps compté pour signer les chèques de transfert de tout leur avoir, sur un compte suisse. Mirobolante aubaine !Dans leur nouvel état de démence généreuse, ils ont signé dun commun accord, un don faramineux à toutes les associations africaines soccupant du sort des lépreux. Dorénavant, leur seul désir est de vivre parmi leurs protégés afin de les servir et de les soigner . Des vrais saints, je vous dis!
- Rita , ton mélange était génial . Comment as tu mis au point ce breuvage ?
- Cest très simple jai expérimenté sur la femelle chimpanzé ,de la cabane Bambou .
Elle m a arraché mon sac , comme dhabitude à la sortie du pont de liane , a bu le petit flacon et m a fait la plus horrible de ses grimaces .
- Et alors ?
- Et alors , elle a couru me rendre mon sac , ma offert trois mangues mûres , ma pris par la main pour aller redresser une tortue en difficulté, retournée sur le dos , et depuis paraît-il, elle court autour de la piscine, en distribuant des bananes et des cacahouètes à la clientèle .
_Tu vois , la femelle est chieuse. La femme descend du singe, tu piges .
_Et pour lhomme, tu ne sais pas ?
- Oh , je sais , mais à quoi bon en parler vraiment. Lhomme descend, cest sur et à force de dégringoler, il va finir kamikaze, et faire sétioler la planète.
- Tu es bien pessimiste . Pourtant ce matin , Ronald ma appris que les russes faisaient escale à Ajaccio . Une avarie de moteur ! Cest ton pays , non ! Tu devrais y faire un saut avec Ronald et Carla.
- Ma bonne Rita tu es géniale .
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Ce , « ma bonne Rita » sent la lassitude d amour . Se présente pour moi l occasion de payer des vacances en Corse à ma Jacotte oubliée . Rita nen saura rien , jespère . Trois jours plus tard , nous voilà attablés tous les quatre au Bar du Golfe sur le port d Ajaccio . Cest le mois daoût , le temps des embouteillages, de linvasion des barbares du grand nord qui commence pour nous à Marseille . Ils viennent visiter les contrées lointaines, exotiques , à portée de tirelire . Voulez-vous que je vous parle du touriste franco-parisien? Il compte ses petits sous, il sait tout , véhiculant la modernité aux quatre coins de la France et du monde, ancien civilisateur de colonies sauvages, il se rabat sur l outre-mer proche et visite la contrée mystérieuse des Korsi, naguère adorateurs de menhirs, puis pendant deux mille ans, chrétiens par habitude, actuellement besogneux par nécessité, mais aimant la vie, largent facile, les femmes, les moqueries, lamitié, la bagarre, la chasse au sanglier, et à certaines heures, le pastis. Me direz-vous! Une caricature, un raccourci ! Cest quand même ce que pensent, on ne sait pourquoi la plupart de nos visiteurs dété. Passons !
Pour bien reprendre ma Jacotte dans mes bras , le Casanova qui sommeille en moi, a choisi le plus beau décor de la côte ouest . Au lever du soleil , nous partons en zodiac , de Cargèse , via Scandola, la réserve marine du parc régional. Là , une légende raconte que le site serait luvre du diable , qui un soir de fête, se prenant pour un artiste, aurait tenté de recréer le monde pour faire la pige à Dieu. Il bâtit ainsi, ce que nous appelons le Palazzo, orné dorgues de rhyolite rougeâtre , ou verdoient des euphorbes arborescentes et des plantes odorantes de toutes sortes . Nous avons choisi pour toucher terre , la petite crique dElbo . Un paradis! Sable doré, personne , tapis dalgues sèches . Un sentier mène plus haut , à une tour génoise , perdue là , dans le maquis, ouverte aux quatre vents. Sur le chemin , Jacotte découvre un hameau en ruine , abandonné par les hommes, depuis fort longtemps . Sur de vieux amandiers envahis par les ronces et les ceps de vigne en fruit, Jaja a pu cueillir quelques grappes dun raisin très sucré . Son premier baiser de la matinée , dégouline du jus de la treille; vous imaginez la suite. Oui tout à fait ! Ce nest pas racontable , non , ninsistez pas. De retour au village de Piana , dans la baie dArone, René et Jean Baptiste nous accueillent à bras ouverts, dans leur restaurant Le Casabianca. Au menu un denti en croûte de sel, nous est servi, tout chaud fumant, à une heure avancée de cet après midi de rêve.
Finie, lamoureuse vadrouille ; nous devons le soir rejoindre nos compagnons à Ajaccio, dans ma maison, juchée sur les hauteurs de la ville. A lentrée, gravé sur un bloc de granite, on peut lire * Villa Aqualba *, le nom poétique dune propriété de famille . Une allée de palmiers des Canaries , mène à un perron, assez vaste pour servir de terrasse, ou servir le pastis.
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_Jacotte , perche toi sur le tabouret , et réfléchis un moment .
_Tu me prends pour un oiseau de lîle, ou un perroquet jacasseur. Oh ! grand couillon. Tous nous la regardons, inquiets. Elle va parler.
- Cest simple ! Dans cette ville , il ny a pas de réparateurs de bateaux qui ne soient occupés. En ce moment, cest la ruée du mois d août . Il faudrait savoir selon la marque du yacht , de quel moteur en panne il sagit. Le concessionnaire ne doit pas se cacher . A toi ,par tes amis corses , de faire retarder lenvoi des pièces à remplacer. De toute façon , à Ajaccio, quatre jours se transforment aisément en quatre semaines. A toi de jouer.
Je me pointe deux jours plus tard , chez Trisbolo , mon copain pied-noir; son garage pourrait servir de décor, pour un film dAli Baba et les quarante misères , sans aucune retouche. Il engueule ses deux mécaniciens, plongés dans un moteur grillé , dégoulinant dhuile noire et pesant une demi-tonne au moins.
- Cest quoi ça ?
- Des ruscoffs mal embouchés qui prennent ma clé à molette pour une baguette magique .
- Ca va durer combien , ton intervention chirurgicale ?
- Au mieux ,on peut espérer fin août , début septembre ou
- Arrête , ça me suffit , joue cependant les prolongations , on a un match en finale.
_Tu es toujours dans la poulagaille ? ..Eh ! je te parle .
- Sers-moi plutôt un pastis .
Il s aperçoit enfin que Jaja est là .
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- Tu ne mavais pas dit ça . Tu es marida ; tu lui as fait des enfants de pute, eh! grand couillon! Oh ! la cocotte, elle est belle comme une fleur de Fort de leau. Tu te rappelles?
- Jean François, parle moi d autre chose ou je vais pleurer.
Cest alors que Jaja sort de ses gonds .
- Monsieur Stribola, si Doumè me baise, cest seulement pour la frime. Il se prend comme vous tous, pour létalon du Belvédère, et en femelle soumise, je my prête, sans rechigner, parce que cest bon. Mais jespère que vous vous lavez les mains, avant de besogner bobonne.
Sans trop écouter cette méchante réplique, il me sert un pastis surtassé, puis un autre Je méclipse pour le laisser finir seul la bouteille entamée.
Patiemment , nous allons épier le bateau suspect , amarré à lamirauté , au flanc dun superbe cabin-cruiser appartenant à un ami . Sortir en mer est un plaisir , surveiller en catimini nos adversaires en est un autre. Jaja a remarqué, qu à onze heures du soir , léquipage au grand complet , se retrouvait en bamboche au Roi de Rome, boite connue et fréquentée par les anciens truands d une époque révolue. Les filles sont belles et discrètes, et même si elles ne chantent pas en russe , elles parlent bien avec leur cul.
Ronald , l homme d action , le poseur de bombes , le faiseur de fricassés, pourrait donner des cours particuliers, aux jeunes de la région qui ont soif d apprendre . . Il est superflu de vous dire quil préfère les finasseries qui éliminent lhomme sans le tuer vraiment . Pour cette fois-ci , cest simple, il pense déposer en leur absence, un kilo d héroïne pure dans une cachette oubliée du bateau. Nous supposons que la douane turque avertie à temps de leur arrivée , et très montée contre les trafiquants de drogue, les jettera sans ménagement dans des prisons sordides, quil ne vaut mieux pas fréquenter, et dont on ne ressort jamais vivant.
Il est temps de mettre fin à nos vacances ajacciennes. Paris pour Jacotte, Nice Abidjan pour nous. Afin de fignoler notre scénario, Ronald a prévenu son correspondant à Ankara, pour la mise en scène finale.
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Les villaberdiens ne perdent rien pour attendre . Ils auront leur dose d imprévu dans peu de temps. Je vais vous raconter la rocambolesque histoire , le sinistre récit , de notre aventure américaine. Ces pourvoyeurs de mort, nous allons les écorcher vifs , les crucifier sur des bambous acérés , en imitant les indiens les scalper au couteau de cuisine , comme les gus giblos réduire leurs têtes , les piétiner , les défigurer au vitriol ou les sodomiser à la banane plantin . Comme vous pouvez le constater , lhumanisme guide notre action. Le respect de lhomme reste la haute préoccupation du groupe . Je ne vous dis là que ce que nous voudrions faire, mais que nous ne ferons pas.Il faut tuer avec tact, immoler par le feu, avec des allumettes suédoises seulement, torturer avec bonne conscience et quand cela est possible, appeler le curé avant la mise à mort de la bête La torture depuis belle lurette fait partie des pratiques courantes dans les guéguerres coloniales, subversives et bien françaises. Pourquoi veulent-ils que je demande pardon pour les cruautés des autres? Je méaculpe seulement pour mes turpitudes , mon déplaisir à donner la mort avec la bénédiction de létat, et le coup de tampon du Garde des Sceaux. A propos de leur tampon, jen profite pour leur dire quils peuvent se le caler au cul.
Jai craché mon venin , ça va mieux !
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Trêve de plaisanterie ! Le long courrier pour Rio , nous avale au départ de Paris International. Trois couples de touristes équipés pour vont visiter le Brésil profond , se baigner dans les poto-potos à crocodiles, respirer les miasmes des marécages du Rio Branco , senfoncer dans la forêt amazonienne, arbalètes à gaz en bandoulière, et munis de fléchettes, au spasmo curare, celui qui tue forcément.
Fatou, originaire dune ancienne colonie portugaise , chante avec bonheur le fado, et baraguine dans la même langue . Je ne vous cacherais pas , mes jolies , que je suis né une guitare au bout des doigts dans une famille corse de musiciens traditionnels . Un atout maître pour approcher les villaberdiens, dont les chefs trafiquants, sont portugais et qui malgré leurs richesses, rêvent du retour au pays, fortune faite. Quel peuple étonnant! Durant des siècles, ils ont été à lorigine de tous les trafics possibles, la traite, lor, la flibuste, les épices, ça cest le passé; actuellement en France, ils se contentent dêtre de très habiles maçons, ou des femmes de ménage, mais noublient pas d envoyer leur progéniture à la fac. Ronald , lui détient un atout maître dans son jeu. Bien quayant un vrai brevet de pilote de ligne, il préfère laventure et les coucous foireux, qui se posent en catastrophe nimporte où dans une clairière ou une plantation abandonnée.
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Pourquoi vous décrire Rio ? Cest connu , archi médiatisé par un millier de reportages ou films renommés que notre télé nous sert et rediffuse à longueur de programmes et dannées . Cest rasoir de repasser toujours dans les mêmes paysages , les mêmes coins de rue , les favelas et les ordures , les gratte-ciel et les jets deau, même en couleur. Non ! A Rio , Ronald a négocié la location dun bimoteur , en tôle , datant de la grande dernière, qui fait plus de bruit en vibrant ses ferrailles quune fabrique ancienne de fil de fer barbelé. Il vole encore au super et il vaut mieux ne pas parler entre nous dune destination. Ronald est aux anges, à la commande de cette chose étrange qui parvient cahin-caha à sélever malgré sa lourde carcasse , dans lair limpide dun soir dété. Image poétique! Je ne vous décrirai pas un crépuscule américain , riche en couleurs et chargé de nuages tropicaux vu davion car jai la peur au ventre et mon envie de pisser attendra lescale. Y a pas de toilettes dans ce vilain coucou!
Nous volons cependant ! Quelques ratés en mécanique musicale nous résonnent dans les oreilles, et à chaque fois, nous évitons de regarder en bas.
La première escale se passe sans anicroche. Loiseau de fer se pose , délicatement non sans se plier un peu. Ronald serait un autre Clostermann mais nous ne le savions pas. Là haut nous souhaitions très fort quil réussisse la performance car à première vue , la piste datterrissage nous paraissait bien serrée, démesurément petite. Seul un drapeau effiloché , au bout dune perche de bambou archi-sèche , sert de tour de contrôle, de signe de malvenue et danémomètre . Bien que les planches de la baraque soient vermoulues, le tout reste debout à condition de ne pas claquer la porte . Nous y passerons la nuit . Ronald et Carla préfèrent lavion qui pointe son nez au repos. Ils dormiront donc sur plan incliné. Chacun sa pente, dans la vie, dans la nuit, savonnée ou non. Ils pourront faire lamour dans un espace vectoriel orienté , ça cest nouveau ! Tête bêche, tête en bas, tête à queue. De toute façon si quelque chose fait perdre la boule, linclinaison et la boussole, cest bien lamour.
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Le lendemain , recroquevillés , imbibés de rosée du matin qui embaume le fenouil écrasé, nous émergeons, cassés en deux , persuadés cest sûr , que le climat doit être malsain et quil vaut mieux reprendre le ciel. Laltitude ça vous remplit à la fois démerveillement , mais ça distille la peur du vide, dit-on incontrôlable. Cest pour cela quil faut pisser avant de partir ! De plus il fait froid dans ce tombeau volant malgré lui. Fatou en hôtesse dAir Afrique , nous distribue généreusement des sandwichs achetés dans un faubourg de Rio. Ils sont au piment vert , un emporte langue qui vous maintient la gueule ouverte pendant dix minutes à chaque bouchée. Nous grattons le piment, et il faudra se contenter du pain. Cest souvent comme ça dans la vie lorsquon rame. Vive laventure! nous navons pas besoin de ce piment là sur pain de misère. Notre équipée va tourner manège, bientôt.
Ronald nous invite à attacher nos harnais . Il ricane et crie « cramponnez , on chute ! ». Cest la descente en enfer. Le capot du moteur droit se détache et disparaît, quelques flammèches hésitent, puis séteignent. Enfin nous roulons sur la piste de latérite , et notre taxi sapaise , sarrêtant devant lautre, celui qui servit de cercueil au gentil frère de Vannia , la guêpe tueuse. Paix à son âme!
Avant de se poser , Ronald a repéré dans une grande hacienda, à lest de Villaberde, en pleine nature, deux hélicoptères ventrus , utilisés jadis au Viêt-Nam par les troupes américaines. Afin quil soit admis par tous les habitants du village que notre escale était inévitable et imprévue , nous incendions notre coucou rouillé. Du moment que tout a explosé au super, ils penseront quil ne nous reste rien de notre équipement de vacances. Vasi et moi nous avons tout planqué au préalable , à cent pas de là dans une souche creuse dun arbre du voyageur. Cest la consigne idéale. Tandis que nous regardons hébétés, pour la frime, notre air-bus en flammes, trois enfants dabord , quatre jeunes filles ensuite et quelques hommes enfin, se pointent nonchalamment vers nous, exprimant en chur leur compassion. Poignées de main, congratulations, invitation à comparaître et hospitalité bien latine effacent peu à peu la violence du spectacle.