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                                                              Episode 6

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La disco-boite nocturne , sanctuaire du plaisir partagé et des joies terrestres , ouvrira ses portes pour l’inauguration , le vendredi 13 à minuit sonné . Pour son baptême nous avons choisi l’enseigne Cocodyscothèque. Ca va chauffer dur , fumer , boire et bisouiller très fort dès le premier soir. Le club du soleil au grand complet doit participer au lancement  de notre bateau ivre .

Minuit approche . Nous sommes le 13 du mois . Tant de couples , se pressent devant la porte du paradis, ornée comme à Florence de dix panneaux carrés , retraçant la genèse de l’univers , la création par le sempiternel Yomaha , du monde africain , habité par une Eve noire resplendissante de beauté , accompagnée d’un Adam olympique tout en muscles , toisonné et nu , tel un satire de forêt hantée . La dernière scène représente la déchéance de l’homme et de la femme serpent , contraints de quitter le paradis promis , mais confisqué à jamais. Reste aux terriens la recherche de l’éden perdu . Nous sommes là pour les aider . Et la déesse Sassandra, recréera l’ambiance primitive des jardins oubliés .

Minuit , la porte mystérieuse s’ouvre enfin et dévoile un long couloir , sombre , profond , plongeant, silencieux, étroit boyau menant peut être en enfer. Les invités hésitent . C’est alors qu’une voix mélodieuse, dominant un chœur de vierges folles , enfle , s’étale , vibriphone enfin , envoûtante , et invitant soudain tous les visiteurs d’un soir à pénétrer dans le sanctuaire illuminé . Décor des mille et une nuits ! Féerie africaine ! D’un Calao géant sculpté dans un tronc d’arbre s’érige un sexe démesuré , confondu par le haut avec son bec. Le pesant volatile, ici symbole de fécondité domine une dalle de marbre vert , supportée par quatre éléphants blancs. Pour le moment personne ne pense qu’il s’agisse d’un lieu de culte , d’un autel ou d’une table de sacrifice. A la rigueur ce pourrait être la somptueuse console d’un buffet à gogo gargantuesque . En effet , des lolitas à peine nubiles surgissent des cuisines , porteuses de grands plateaux garnis de mille boissons , offertes dans des coupes profondes en cristal de Palerme . Ma belle Rita , un peu dérangée du citron , a du préparer un mélange de poudre fornicatoire , à forte valeur ajoutée , capable d’endiabler toute l’assistance . Elle sera déguisée en déesse Sassandra et apparaîtra opportunément pour guider tout ce beau monde vers les vestiaires attenants. L’autel lui servira de tribune et de garde fou , car depuis sa dépression je redoute sa rechute dans l’incompréhensible.La sangria coule à flot ; le spectacle commence . Notre déesse se montre enfin , dénudée, sa chevelure rousse lui chatouillant les fesses.

    - Que chacun à sa guise montre ses appendices , la couleur de sa peau , et nudifie son corps, les vestiaires vous attendent . Revenez vous asseoir , parmi nous , alanguis , amoureux , nus sans honte , prêt à porter sur l’autre un regard passionné et gourmand . Que l’orgie chasse qui mal y pense !

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Au bon moment choisi , elle redescend de son perchoir ; Les projecteurs l’imbibent d’une clarté céleste, elle s’avance majestueuse , éthérée , aérienne et vient se coller contre le sexe monumental du Calao sacré. Elle s’y frotte . Son petit cul galbé , s’agite doucement . J’arrive à temps pour éviter qu’un dégourdi profite d’un peu trop près de la gâterie offerte . Je l’embroche sans tarder et à partir de cet instant , c’est gagné ! L’orgie se perd rapidement dans l’excès , la démesure , le foutricotage métissé . Les couples dominos se forment et se défont. On rampe , on pratique ouvertement le collé-debout , le tête à queue , les écartes à jouer , la balancelle à ressort, la foutriquette à barbiche . Enfin tout quoi ! Dans un coin plus sombre , un nonagénaire méticuleux se tripote le zizouniec, et se le trempe dans une coupe de sangria dopée . L’effet étonne l’assistance car le vieux crabe exhibe un génital de compétition qu’il a enfin l’audace de présenter à tous. On applaudit l’exploit. Plus loin les échappés de le cage aux folles , à quatre pattes s’encastrent les uns aux autres pour former le cercle parfait, réminiscence du folklore grec . Bien qu’un harmonieux halètement s’amplifie , jaillisse, s’éteigne, reparte comme le chant des cigales en été , un lancinant rythme techno s’élève périodiquement pour couvrir les cris orgasmiques des femelles en rut . Wagner à coté , c’est de la musiquette à trois sous. De cette nuit, de ce loft story impromptu , de cette messe noctambulaire , il en restera un souvenir confus . Après un temps d’apaisement une distribution de strings marque la fin de la zezetterie collective. Alors un spectacle s’ annonce.

Une boisson onirique nous est offerte par notre déesse Sassandra . Sans qu’aucun signe ne soit donné, le breuvage distribué et bu provoque l’hilarité générale , déclenche une imparable cascade de rires tonitruants. Je suis le seul au regard triste et pendant un court instant , je fais l’objet d’une moquerie dégoûtante où tous les noms d’oiseaux grotesques me sont jetés à la figure . J’implore ma déesse adorée, figée debout dans une grande coquille St Jacques , qui rappelle la naissance de Vénus , œuvre célèbre que vous connaissez bien. Et sans même faire attention à ma prière , elle se lance dans une parabole sans fin . Les sonos vibrent à l’unisson!

    - Je suis votre déesse Sassandra , descendue un jour de deuil sur la terre en déluge . J’ai connu Noé ivre comme son arche . Abraham puis Jésus furent mes compagnons de route . Mahomet le conquérant m’offrit un vendredi soir , à l’heure de la prière un Coran tout neuf , qui brûla plus tard dans la bibliothèque d’ Amirouchie. Je ne saurais vous dire d’où je viens , où je vais puisque l’éternité m’accompagne. Oh ! Adorateurs de la divinité lagunaire , inclinez vous devant moi , votre maîtresse pure de pensée mais débordante d’ amour . Je vous invite pendant cette semaine sainte à venir vous inscrire , comme adeptes du Temple crépusculaire . Mes promesses de félicité vous remettront dans le droit chemin de la joie, le sentier du bonheur , la grande randonnée érotique . . Oh ! Compagnons de la secte , nous recréerons ensemble une Afrique nouvelle , un immense champ de manioc , symbole de prospérité . Le serpent minute, le fulgurant mambas noir que vous redoutez tant , sera écrasé sous le large pied de l’éléphant noctambule. Les génies malfaisants quitteront vos village et , dans le champ des morts , vos ancêtres apaisés prendront le frais, le soir  vautrés sur les pierres de leurs tombes sacrées».

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Silence ! Clochettes ! Alélouia ! Alélouia!

    - N’êtes-vous point , au club du soleil les fervents adorateurs de Rà , dieu égyptien , cousin par alliance du divin Yomaha . Dans notre confrérie dont je suis la patronne et qui déploie ses ailes sur le reste du monde , personne ici ne pense qu’on puisse renoncer à la poursuite du bonheur partagé . Je vous ai invités , je vous ai envoûtés , car tous je vous aime . Oui je vous aime ».

Au bout d’une bonne heure d’un discours insensé , les invités après avoir bu une dernière rasade de sangria dopée, s’endorment , enlacés , sur des nattes molles. Ils se réveilleront au petit matin, ensorcelés, heureux et avides de revivre en groupe la messe séléno-lagunaire célébrée par leur déesse adorée.

Quant à Rita , la voilà exorcisée , débarrassée de ses démons . Je la retrouve requinquée, demandeuse de bisous , joyeuse comme elle le fut auparavant après notre rencontre parisienne. Aurait-elle enfin oublié ses crocodiles persécuteurs?

Cette semaine passée , la bibliothèque liturgique a rempli ses rayons . Les coffres forts débordent. A nous les cotisations faramineuses que chacun paye sans l’ombre d’un remord . Parmi nos adeptes, les mousso plus nombreuses que prévu , cachent le diable sous leurs boubous , et les nanas toubabous rêvent d’étreintes spectaculaires avec d’athlétiques africains . Ces libidinesques fantasmes valent de l’or en barres. Les CFA vont faire craquer la chaussette . Les libanais eux payent en dollars , en sortant des liasses épaisses des poches de leur falzar . Ils ont les pantalons pleins d’argent , mais ont du mal à se faire accepter , car la commission jury ne peut recruter pour les messes initiatiques que des beaux mecs comme nous . Ceux d’entre eux qui sont trop en rondeur , ne peuvent participer mais ont droit à des strapontins voyeurs situés dans les hauteurs, dans des niches discrètes . Mais alors c’est plus cher ! Et puis , ils sont les seuls à laisser leurs mousmés à la maison ; On ne pardonne pas ça. Inadmissible , anachronique ! Chacun ses us et costumes , mais il ne faut pas tomber dans les tristesses de la vie.

Enfin , présentement la boite engrange du blé nouveau, tout frais, tout beau, qui s’empile dans les coffres en inox de la Cocodysecte.

Ceci dit, il ne saurait être question d’oublier le but de notre mission. Un émissaire trilingue sportif, sur dopé, comme un coureur cycliste, a quitté Sienne accompagné de la sémillante comtesse Carla enrôlée dans la secte depuis la mort de son illustre époux. Le Carnaval de Rio bât son plein et, noblesse oblige, elle y prendra son pied , tandis que son compagnon rencontrera dans une sordide taverne , les pontes du Cartel de Villaberde. Palabre décisive mais dangereuse car il s’agit de réorganiser, les échanges et de relancer le trafic des armes et du bitumo-lasure, à partir de la Cocoysecte

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Dès le premier soir , nous avions repéré dans les loges voyeuses , un gros poussah branleur , libanais sémite, les yeux injectés de rouille , le teint jaune pisseux , agité pendant la messe rituelle au temps fort de l’élévation, de soubresauts suspects , de grognements cromagnesques agrémentés de grimaces batraciennes, annonciatrices d’ éjaculations sèches et médiocres . Sans doute , un habitué de la branlette désespérée. Ce matin il a sollicité une entrevue avec un haut dignitaire de la confrérie et a obtenu une rencontre secrète avec la déesse du temple et ma pomme . Nommé pour la circonstance , grand ordonnateur des âmes , je peux à ce titre assister à la conférence.

Imaginez , devant la belle , la bête vautrée , l’œil humide concupiscemment exorbité, louchant sur les rondeurs dénudées de ma Rita goguenarde , légèrement méprisante devant ce tas de chose écroulé dans un fauteuil Louis Philippe . Merghazi de nom , prénommé Momo , il laisse alors entendre que les affaires sont les affaires, que tout l’import-export , ici se fait sous son contrôle et que le directeur des douanes ivoiriennes demeure le plus fidèle de ses amis . A notre grand étonnement , le voila , le retour du roi mage ! Ou, est-ce plutôt la venue du providentiel promoteur , accoucheur de trafics sordides , échangeur d’argent sale, d’armes à feu et à sang, fournisseur de drogues et de prostituées ? Rita enfin tend sa main qu’ une lippe baveuse baise sans retenue. Je raccompagne l’ours , lui promets à partir de samedi prochain une loge voyeuse plus confortable et habitée par trois petites négresses en boutons , qui lui feront des frissons d’ amour pendant la messe. Mais c’est plus cher! Tout est en place! C’est parti, mon Ghazi !

Rita suppute , calcule , et recompte. Vasi n’a jamais vu autant de fric accumulé dans un coffre. Moi je … encore moi ! En réel je méprise l’argent, l’obole et la pépite.

Pour mézigue les seules valeurs qui tiennent sont la morale , la justice , la foi, le sens laïc, la simagrée culturelle. J’adore la musique , la mienne et celle des autres , le cinoche , et le coloriage impressionniste, les picasseries en tout genre et surtout , surtout les spectacles . Pour le théâtre , je vendrais mon âme bénie par Yamaha au premier diablotin cornu , pourvu qu’il me permette d’imaginer des décors  des envolées lyriques, des tragicoteries cornéliennes et pourquoi pas un Cid rénové en mieux , pourfendeur de bons Diègues et de forts sarrasins . … Allez ! la diarrhée verbale me reprend et me fera perdre mes plus fidèles lectrices. Pardon ! pardon ! Belles dames  juteuses nanas , chérissimes liseuses de mes œuvres impies . Je méaculpe sincèrement. Tout ça pour vous dire que présentement je prépare une transaction qui sera un chef d’œuvre théâtral digne du grand Chabrol.

L’arme demandée par le cartel s’ achète à Istanbul , dans le quartier du Bazar , au sud de la Corne d’or. Carla toujours accompagnée de son mignon porteur de sansonnette va donc survoler d’un avion à l’autre, Rio, Rome et Ankara. Pourquoi lui recommander la prudence ? Elle n’écoute personne , et si par mégarde elle tombe sur un attaturc moustachu , on risque la lune de miel . De toute façon , notre Carla se montre plus performante en affaires lorsqu’elle est bien baisée .

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Nous l’attendons en Abidjan . Elle nous revient avec un plan de livraison génial , une description de l’arme nouvelle , mais n’est pas sûre de la nationalité des vendeurs. Russes probablement .

Parlons en de cette arme miracle . Une vraie faucheuse de vie, à retardement, diabolique, explosive, repasseuse de cadavres , conçue par un ancien savant fou qui a du perdre ses appendices précieux dans l'explosion de son laboratoire. Imagine un long tube à ailettes refroidissantes , branché sur une soute à munitions, vulgaire tuyau cracheur de cinquante volatiles , touchant terre par le haut , freinés aux dernières secondes de leur trajectoire par une moulinette à air comprimé , sifflante en infra-sons. La surprise reste totale, semant la panique et, la fuite en désordre des combattants s’achève dans une cacophonie d’ explosions à retardement qui n’épargnent personne car chaque grenaille minuscule porte en elle un poison foudroyant . Son rayon d’action très large assure le succès fatal et l’arme encore inconnue va faire saigner le mercenaire capitaliste . Ce sera une première. Me direz vous, certains pays avancent plus vite dans l’expérimentation meurtrière . Notre siècle restera dans l’histoire de l’humanité , le plus mortifère de tous . Des folies hitlériennes aux goulags communistes, la liste trop longue des brûlures de l’histoire compte en apocalypse quelques bombinettes sur le Japon . Ne parlons pas de Mao, de Pol Pot , et de tous les minables petits tyrans africains ou d’ Europe . La France éternelle avec d’autres aurait gagné, dit-elle deux guerres mondiales , mais a perdu son âme en décolonisant . Les barbares du tiers monde piétinent trop nombreux à nos frontières , et tirent la langue en humant nos richesses . Des affrontements de toute sorte se préparent . Advienne , que sera !

Serait-ce une plaisanterie ? L’échange se fera en mer , dans le golfe de Guinée , à bord d’un vieux rafiot rouillé, remis en service dans la mer noire , sous pavillon russe , piloté par un capitaine au long cou et barbu façon rabbin de Tel-Aviv . Ne parlons guère trop de l’équipage ; Hommes de paille et de couteaux, tatoués, à balafres, tous , maigres ou trapus sont , croyez le , pointeurs de regards sinueux , assassins sur ordre ou par pure fantaisie. Dans quel guêpier allons nous user nos savates ? Le rendez-vous dont la date n’est pas encore précisée, nous laisse un temps de réflexion . Coté Villaberde , l’envoyé spécial du cartel nous a rencardé sur les derniers détails de la rencontre . Ces messieurs occuperont une plate-forme pétrolière désactivée depuis belle lurette et rouillée comme il se doit après dix ans d’ abandon . A nous d’assurer la navette à bord d’un chalutier libanais pour régler le ballet diplomatique entre la Russie maffieuse et l’Amazonie révolutionnaire .

Vous pensez peut être mes gentils lecteurs , qu’une fois de plus je me suis fourvoyé dans une histoire de fous. Eh, bien ! Tout à fait ! A propos on ne doit plus dire oui , ça c’est du vieux français ; Maintenant en relevant le petit doigt on dit tout à fait et pour bien articuler la phrase , on la parsème de en fait et de c’est vrai que bon. Même nos valeureux ministres à la télé usent abondamment de ces savoureuses locutions ? Bon ! Assez de blablas inutiles .

Sur les quais du port turc , dans un décor de conteneurs entreposés , Carla avait usé de ces charmes pour séduire l’officier galonné et barbu , homme du monde et capitaine du vaisseau amarré . Elle lui promit alors une nuitée d’amour mais voulut sur le champ visiter le bateau . Nous devons à Carla , la description détaillée du cargo et de son équipage .

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Moyennant une énorme commission en dollars , notre Ghazi , devait organiser un ballet nautique , dans les eaux ivoiriennes , nous garantissant la bénédiction des douanes et la collaboration bienveillante du capitaine, qui on l’apprit plus tard , était son cousin . Celui-ci parlait russe et avait enduré un séjour de plusieurs années dans un goulag sibérien . Enfin libéré , ne sachant où traîner sa vie , il avait refait surface et retrouvé dans son dossier récupéré au KGB , son diplôme de capitaine au long cours . Nommé Tahar Ghazi , alias Taharzief Ghazinov, il reprit son diplôme et son nom et contacta son cousin d’ Abidjan . Vous devinez la suite . Vous imaginez, je pense, la soif de vengeance qui anime actuellement les deux comparses . La Russie et sa truandaille vont en prendre plein les gencives . Que les gros puissent agir en finesse n’était pas une évidence pour moi. En me tutoyant Momo me bredouilla un soir :

    - J’ai bien l’intention de te laisser organiser tout ce mic-mac .

J’ai compris mais trop tard qu’il mentait sans vergogne et, sur le moment je ne pensais pas qu’il fut plein de malice .

    - Tu peux compter sur Vasi et moi . Pour la livraison on s’ occupera de tout . Tu peux t’amuser avec tes trois drôlesses dans ta cocodyloge .

    - C’est entendu ainsi . Bonne chance !

Le cartel de Villaberde n’a pas encore donné le feu vert et nous sommes prêts en attente . Des jours se sont écoulés sans histoire . Vasi tourne manège car il n’a pas encore choisi entre Carla et Fatou et se croit obligé de satisfaire les deux candidates .  Il sait pourtant que les  femmes  africaines   sont exclusives et capables d’empoisonner un amant récalcitrant mais trompeur.

    - Vasi , tu joues avec le feu . Fatou ne te pardonnera pas , si par hasard elle découvrait ton double visage.

    - J’ai échappé à plus d’un traquenard amoureux . Mais tu sais qu’ici le seul danger que l’on connaisse reste le sida . Les sorciers peuvent raccrocher leurs amulettes ou chantonner leurs incantations . Foi de Vasi, je crois que je préfère cette diablesse de Fatou. Elle baise comme une panthère. Carla , elle , s’impose et je n’aime pas ça. Elle prend du vieux.

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Mais pendant ce temps là , Momo avait bien mené sa barque. De mèche avec son cousin , il venait de confisquer la cargaison d’ armes , à la barbe de tous . Lui seul savait par Tahar la date d’arrivée du cargo . Un soir au crépuscule , le bateau rouillé avait approché la barge pétrolière. Momo et une dizaine de complices armés jusqu’au ventre , attendaient sagement le contact. Le chalutier avait avalé en une heure le contenu des caisses et embarqué le capitaine Tahar pris soit disant en otage. La transaction devait se régler sur la plate-forme.L’équipage rassemblé dans la salle de briefing, pour mieux suivre en liaison radio le déroulement de l’action , était prêt à intervenir en cas de besoin . . Le second resté sur le navire devait éloigner celui-ci à un mille juste au dessus d’une fosse océanique de grande profondeur , dont il ignorait l’existence. Au plus gras de la nuit noire , une série d’explosions télé-commandées par le capitaine Momo, brisa menu le cargo et ses troupes . L’épave en une minute gomma sa ligne de flottaison et disparut dans les eaux glauques du golfe. Là , nous ignorions encore la perfidie de Momo , la vengeance de Tahar , l’escamotage de la cargaison et les transactions du libanais pour la refiler aux génocideurs d’Afrique.

    - Dis moi, Vasi il serait temps de passer à l’action .

    - Tu as peut être remarqué , mais Momo a des regards en dessous , frôle les murs et au dire des trois petites folasses , il ne parvient plus à bander droit .

    - En effet , il ressemble à Ponce Pilate après son baiser à Jésus .

    - On devrait le secouer un peu pour apprendre ce qui cloche .

    - Le cartel n’a pas donné signe de vie ; Ce n’est pas normal .

Rien n’est plus sciant , qu’une attente prolongée . Vasi bout , moi je grille cigares sur cigarettes et Fatou n’a rien à rapporter à son patron bossu . C’est ainsi qu’un soir , au moment ou Momo demande la sortie nous le récupérons .

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Fatigué mais euphorique car le disco-lasure dosé par Rita a fait chanter la messe à l’assistance survoltée, il vocalise d’une voix grave. Il roucoule en blablastrophe l’Ave Maria de Gounod . Fait remarquable, il a oublié son pantalon dans sa loge et il n’est pas exclu qu’il nous fasse dans cet état des confidences détaillées. Nous le traînons au bureau ; Il s’écroule dans le sofa ottoman et en chanson commence à dégoiser. Dans quelques heures seulement il n’aura plus aucun souvenir de cette confession nocturne . Conduit aux caves, il est indispensable qu’il finisse sa nuit à l’abri des indiscrétions . Demain il fera jour, nous aviserons .

Aujourd’hui nous commençons à turlupiner le moral de nos ennemis . Momo conduit en secret au QG, ficelé, hissé en rappel sur le chemin de ronde de la fosse au crocodiles , implore Allah et son prophète avant le grand plongeon sans élastique . Les crocos lèvent le nez et reniflent en gourmets le plat du jour. Vasi les a nommés Verpaille, Verdeau et Verveine pour la femelle. Les deux mâles délaissent leur compagne et se disputent déjà le menu du festin . Aux premiers râles succède un cri sinistre qui éclate , se prolonge , ricoche sur les eaux calmes de la lagune proche.

    - Canaille ! Que Yamaha notre protecteur t’envoie en l’enfer des réprouvés.

Auparavant , Fatou en dehors du secret , avait reçu de son chef biscornu, le feu vert pour l’exécution. Son patron nous transmit donc par elle une autorisation codée : le canard doit plonger. La famille Ghazi, et Tahar le confirme , accuse la maffia russe d’avoir kidnappé le valeureux Momo . Nous sommes donc hors du coup. Il nous reste à récupérer le stock d’armes confisqué , car avant de nous quitter pour l’au-delà notre condamné à mort a craché le morceau et révélé la cachette . Devinez , bandes de nases .

Mettez donc votre imagination en prise directe . Tout à fait , c’est vrai que,bon !… les caisses de jouets se trouvent à bord du chalutier ancré au plus près du chenal , à la sortie du port D’Abidjan .

Je respire enfin . Je craignais depuis peu que les pratiques illégales ne deviennent pour moi qu’une méchante habitude. Enfin une action positive ! Un trafiquant éliminé , une montagne d’ armes anéantie.

C’est pendant les nuits de nouvelle lune que les esprits destructeurs se manifestent dans les drames africains. Il fait noir . Le chenal nous paraît bien étroit . Je pilote au pif le chalutier fantôme . Heureusement que Vasi à bord de son chris-craft m’ouvre la route vers le large . Plus loin nous invitons le chalutier à sombrer vite dit, vite fait , près du cargo de Tahar . Retour au port . Nous finirons notre soirée à la cocodysecte . Pour ne pas éveiller les soupçons , un autre négociant juif celui là , aussi replet que notre regretté Ghazi a pris place dans sa cocodyloge et a payé le supplément pour garder les trois minettes colorées .

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Rita a découvert à l’usage que la laso-mixture inhibait les épanchements amoureux lorsque ses effets s’estompent. Tous nos adeptes mâles ont la muselière au caleçon, et les femmes la censure de chasteté, en dehors des messes rituelles . La fête nocturne terminée , ils dorment , ne se souviennent alors de rien et reviennent au plus vite réclamer leur potion magique . On ne pourra pas continuer comme cela longtemps. Il va falloir agir. La disparition du chalutier hante les nuits blanches de Tahar . Il vit la peur au ventre, se cache et se croit la prochaine victime des russo-brésiliens. Enfin un émissaire du cartel surgit dans la vie de Tahar qui semble avoir été choisi par les cousins pour remplacer Momo à la tête des affaires familiales. Il contacte ensuite notre équipe. Carla toujours olé-olé, perverse , enjôleuse emberlificote le macho qui finit par perdre tous ses moyens. Cette fois l’échange aura lieu dans l’ouest du pays , à Sassandra , où un warf en bois pourri, datant de l’époque coloniale , permettait le chargement des grumes d’ acajou . Tahar , lui , encagaille facilement son pantalon, tant sa peur est grande . Comme dit la femme du sous-préfet que nous fréquentons «  près de lui, ça sent le chier ».

Il nous a contacté pour nous demander une planque , sachant bien que son cousin fréquentait notre bastring-house-night. Nous l’embauchons , après lui avoir chamboulé le visage , pour le rendre méconnaissable. Il est follement laid ainsi , mais il nous servira d’ interprète. On lui laisse entendre que l’on peut reprendre l’opération à notre compte ; il est franchement ravi , se sent protégé, et marche à fond avec nous.

Les caisses débarquées au warf seront ensuite entreposées par les ruscofs dans le village de Poliniega au bord de la mer, dissimulé dans les cocotiers et dirigé par un vieux grigou de chef, qui accepte pour une prime de deux cents bouteilles de rhum de cacher les armes dans le sanctuaire du génie bienfaisant de la communauté villageoise. Il s’appelle Monsieur Ouardou .

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    - Tu vois , aux temps anciens , bien avant l’ arrivée des blancs , notre calebasse grande comme un bateau en bois, pleine de noix de coco, est venue se casser en trois morceaux sur le rocher que tu vois sur la plage.

    - Je suppose que le père de ton père de ton….était déjà le chef et a débarqué tout son monde ici.

    - Qui t’a dit ça ?

    - On raconte beaucoup de choses dans les livres sur la fabrication des mondes .

    - Et bien , moi sans tes livres , je te dis ce qui est vraiment vrai . Nos ancêtres n’étaient pas gaulois puisqu’ils parlaient le portugais . Je suis allé à l’école des français , jusqu’au certificat d’étude. Toutes les noix de coco sorties de la calebasse ont germé sur la plage et nous avons bâti la paillote en briques pour notre génie. Lui n’a pas voulu s’accrocher à une croix , avec des clous , comme votre Jésus . Il préfère la sieste, sur un vieux lit pliant de scout . Le soir je lui porte son repas, déposé sur le seuil . Souvent il le partage la nuit avec un pauvre ou un chien sauvage.

Cette fois ci , nous avons décidé de ne pas intervenir pendant la livraison . Nous sommes invisibles et suivons le bon déroulement de l’échange , d’assez loin . Les dollars ont été confiés à Monsieur Ouardou qui a engrangé, ses deux cent bouteilles de rhum destinées aux festivités du village . Avec ça , il peut voir venir. Les dollars seront remis aux turco-russes , qui doivent déposer les armes . Les brésiliens eux , doivent, toujours en notre absence, et après le départ des russes , déposer la valise pleine de poudre dont nous cèderons une pincée au vieux chef, pour son usage personnel . A son âge d’ailleurs , sous son apatam royal , construit en bambou chinois sur la plage même , il fait souvent la sieste avec une ribambelle de négrillons , endormis près de lui, qu’il a obtenus de ses nombreuses femmes jeunes et fécondes à souhait . Depuis quelques temps , elles se plaignaient toutes du manque d’ assiduité de leur vieux mari . Enfin les Ché guévaristes récupèreront les armes, sans avoir rencontré personne pour les embarquer au warf le jour suivant.

Et chacun regagne son port d’ attache , comblé. Il s’agissait pour nous de créer un climat de confiance, qui nous permettra à la prochaine livraison , de procéder à un nettoyage intégral , ou d’intervenir par la suite, directement à leurs escales en Turquie ou à Villaberde . Tous les participants ont été photographiés à leur insu, pendant la distribution des prix . Et plus tard , là ou ils vivent les agents du DGSE et de la CIA les refroidiront sur place. Le Moyen Orient est bien la plaque girouette de tous les trafics dans le monde.   

 

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