Episode 5
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Lairbus dAir Afrique , au bout de six heures pénibles , au moment où les passagers se massent les genoux rendus douloureux par limmobilité , survole Bingerville et la banlieue dAbidjan . Le commandant et patati et patata vous souhaite .. température extérieure trente trois degrés hygrométrie quatre vingt dix pour cent Bienvenue au Club Méditerranée dAssini , bienvenue au pays de léléphant gris pachyderme et de la cabane bambou . Un chant joyeux dAicha Koné , à la voix chaude et tendre vous lave la fatigue du voyage, et vous invite à la vie africaine . Le monstre roule enfin sur la piste brûlante , la porte bascule et la passerelle vous tend les bras . Le nez dehors vous vous sentez enveloppé dune bouffée chaude et humide , qui pénètre votre peau, imbibe tout votre corps , vous dilate lâme et linconscient . Vous devenez en un éclair africain et pantin envoûté dune contrée étrange , qui vous pousse à la sieste le jour et à vivre intensément la nuit .
Imaginez bande de mâles en peine , Rita marchant devant moi , balançant son baluchon , et son petit cul damour. La chaleur ambiante vous dilate le caleçon , mais là ce charmant mini spectacle amplifie la chose . Jai mis, je crois le pieds , dans un pays bandant propice aux débordements amoureux , aux excès libidinesques, aux danses nuptiales lubriques et répétées . Les messes crépusculaires vont prendre allure d enfer , et la poudre de jouvence va révolutionner le Kama Soutra africain . Cest parti mon kiki !
- Patrrron ! Hôtel Ivoire ? Hôtel du golf ? Tu parles , je roule pour toi , tu veux , je roule aussi , tu payes je roule encore plus vite .
- Hôtel Ivoire , mon ami .
- Je suis Mamadou , chauffeur gratuit de taxi payant . Voilà mon numéro portable . Si tu veux visiter, tu sonnes.
- Merci Mamadou , roule .
- Ton femme est belle comme un tournesol , avec couleur cheveux albinos et petit cul vivant , tu es chanceux comme le Calao qui vole .
Le taxi est climatisé . Rita refroidit à vue dil , je rétrécit dans lintime , et un chat mistigri sinstalle dans ma gorge . Je toussote comme un tubard en fin de galère . Mamadou coupe le froid , et ouvre les vitres de son iceberg à roulettes . Ouf ! Je commence à apprécier la chaleur étouffante . On sy habitue assez vite.
- Tu vois patrrron , jai fait installer la clim-taxi pour toubabou , homme blanchâtre , à sang froid comme caïman .
Le taxi vert bouteille s immobilise à lentrée coté parking , du somptueux Hôtel Ivoire , vitrine touristique du pays des éléphants paisibles . A ce propos, Mamadou ma expliqué pendant le trajet , que ces bestioles débonnaires et noctambules traversaient les routes en ignorant majestueusement les taxis . Ils ont alors droit à tous les noms d oiseaux et de serpents , sortis du lexique coloré de mon nouvel ami . Je paye et Rita agrémente ses remerciements , dun pourboire princier .
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- Merci , patrrron . Ton femme là , cest du gateau de miel , du vin sucré , de lananas confit , de la banane foutou fondante . Ciao ! Patrrron .
Formalités à la réception . Prise en charge , ascenseur , onzième étage , chambre spacieuse , vue balcon, lits à quatre places , bidet auto gicleur , baignoire à gargouillis tournants , et remous jakousi . Enfin le top ! le dernier cri dy a trente ans pour lémerveillement rétrospectif du touriste toubabou . Nous voilà en Abidjan, ville débordante , active , peuplée jusqu à lindigestion sociale , riche en son cur , pauvre à pleurer dans sa banlieue , grouillante dafricains , de libanais et de gaulois abrutis par la chaleur et lalcool, ville ouverte au monde , à largent sale , aux aventuriers de tout bord et aux gourous de tout poil.
Nous voilà seuls , dans une colonie perdue par la France , qui aurait , paraît-il apporté quelques bribes de civilisation , avec notre langue , des percepteurs , des gendarmes et des curés . Mais ici , les croyances poussent comme lherbe folle , les religions font bon ménage et se consomment à la sauce animiste pimentée. Chaque village a ses rites , sa légende , ses génies bien ou malfaisants , ses morts dans des champs de fèves réservés, avec do not disturb à lentrée car ils sont susceptibles .
Polo à Paris a bien travaillé . Il a obtenu une palabre éclair avec le ministre de lintérieur , qui lui a donné le feu vert . La D.G.S.E. est dans le coup et a décidé lélimination discrète de léquipe de Sienne . Je suis le chef dorchestre de lopération , et me voilà agent secret , titulaire recruté sous serment avec rang de commandant, attaché dambassade , et détaché de tout scrupule , agissant sans état dâme au service de la France éternelle. La fibre patriotique , petit à petit a renforcé ma musculature déjà avantageuse , admirée de tous et à toute heure par Rita . Voilà que je bande désormais pour Marianne en chantant la Marseillaise . Me voici donc prêt à défendre les vraies valeurs de la république une et indivisible . Avanti !
Je dois vous dire que jappréhende . Pour me remettre du voyage , et oublier mes tracas , nous descendons dans le vaste hall-salon , restaurants , boutiques , cinémas de lhôtel .Joffre à ma copine un magnifique oursin des sables en or baoulé massif . Je ne vous dis pas ! Jai eu droit au baiser le plus long de ma carrière . Une élégante déesse noire en pagne multicolore , près de nous na pu sempêcher dapplaudire en criant yaou ! Elle sappelle Fatoumata Magdo , elle est sombre et belle comme lébène et lAfrique . Nous linvitons à boire un coup, au salon accueil . Lorchestre joue la samba des secousses . Puis un chanteur de black-jazz enchaîne , en imitant Iglésias , avec accent , air et paroles , quil adresse ostensiblement à Fatou et Rita , qui ne se privent pas de rire haut et fort , telles des pintades en chaleur . Je viens de repérer près de la librairie , dans la galerie marchande, le colonel Vasistas , officier français d origine polonaise , qui jette un il dans le Corriere della Sera. Une petite annonce doit nous renseigner régulièrement sur les agissements de la secte de Sienne.
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Cest aussi notre signe de reconnaissance . Homme blond à moustaches , avec journal italien sous le bras , et chemise fantaisie à fines rayures jaunes . Par le plus grand des aléas il vient sasseoir près de nous . Je linvite à notre table en lui donnant le mot de passe ; Je dois lui dire : « lAfrique ne fait pas le bonheur » . Il me répond: « jen suis personnellement persuadé » . Le voilà qui louche vers Fatoumata , qui lui envoie un clin dil agrippeur dont elle a le secret . Un sourire dents blanches , étincelant et des yeux de biche amoureuse, lui donnent le coup de grâce . Il se présente : Lionnel Vasistas , négocient import-export ,Vasi pour les amis. Fatou subjuguée, vasouille et lui demande si Johnny Halliday est son frère jumeau . Vasi vasouille aussi et ne sait quoi répondre. Nous grimpons tous les quatre sur les toits , au restaurant Le four dargent . Inutile de vous dire que notre entrée dans la salle ne passe pas inaperçue . Dans ce pays de rêve on ne regarde pas lhomme ou la femme seule. On sextasie sur les couples , les assortiments à deux à trois , à quatre . Alors les yeux des autres deviennent brillants , les bouches restent ouvertes , les cartes de menus glissent des mains , on repose les verres, on napplaudit pas mais en se retenant . Vasi est aux petits soins pour Fatou qui minaude , ça promet! Je ne saurais vous donner le détail du menu oublié , envolé , mais les rires de Rita et Fatou ont pimenté le repas . Retour au cinoche , pour le dernier film en vogue arrivé de Paris , Le sentier solitaire , romantique à pleurer , arditique , anconinesque jusquà lécoeurement . Nous quittons la salle , après le triste dénouement. Fatou pleurniche , et Vasi en profite pour la consoler Cest parti mon zizi ! Sans lavoir vraiment voulu nous nous retrouvons les quatre dans la chambre au grand lit , buvant une vodka millésimée , dans laquelle Rita a versé un soupçon de poudre brésilienne . Oh ! la, la !Quelle passion , Vasi se déchaîne . Il provoque chez sa compagne une tornade subtropicale endiablée , avec écartements , croupe offerte , miches gonflettes , verrouillages intimes, éclaboussements répétés , rires étouffés , bitounes dressées comme triques de CRS , bouche à bouche trou, étreintes bestiales , et sonorisation syncopée . Enfin suivent les soupirs d apaisement , pour mieux reprendre son souffle . Moi je pratique lamour délicat , le baiser spasmodique , le titillement virtuose , les délices orientaux. Rita adore les poses lascives , les caresses du dimanche , presque lamour bourgeois , mais alors elle frémit, sabandonne , se fait des chairs de poule électriques , sinonde dans le sentimental , parle avec les anges, et chante la complainte des suppliciés à léblouissement final , le tout entremêlé de rires , de reprises fulgurantes et passionnées . A ce petit jeu , je fonds comme chocolat au soleil . Dans quel état serai-je au petit matin? Vasi sest éclipsé pendant la nuit . Je me retrouve au petit déjeuner , assis dans ce grand lit , flanqué dune blanche rousse , et dune noire débène . Je suis sans conteste le visage pale du récit , dévitaminé , atteint danémie pernicieuse , baillant sur canapé , en proie au doute ritaphysique . En clair je déprime . Il va falloir doper le cheval fatigué .
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- Dites , mes petites chéries , vous aimez faire ça souvent à perdre halène avec des étalons super .
- Ca y est , tu te prends encore pour Casanova .
- Vous navez jamais goûté lamour volcan , à lafricaine ? Je peux vous initier . _ Eh ! doucement Fatou, tu empiètes .
- Excuse moi , je nai rien dit .
Elles sembrassent et éclatent de rire . Le rire en Afrique remplace les longues phrases , les finasseries de chez nous , pour ne rien dire. Il fuse comme leau de source , clair , pur , joyeux , et transpirant la joie de vivre, malgré la pauvreté de la vie sous les tropiques . Non seulement ce pays ma séduit , mais encore , mais aussi, mais surtout je my sens comme si jy étais né .
Laprès midi nous réserve un lot de surprises . Nous avons rendez vous à lambassade de France avec un chef, celui d un cabinet sans doute . Il fait de grands gestes , en parlant comme si son porte plume , était une balayette. Cest le genre de mec , qui , rentré chez lui , doit tricoter la layette à bébé et se faire violer par une bobonne insatisfaite , qui en outre lui fait les plus jolies cornes du zoo toubabou . Il pense ce monsieur important, quil serait indispensable d agir avec beaucoup de circonspection , de doigté , de magnanime mansuétude et ouvre son parapluie malgré la saison sèche , ignore tout de notre mission , mais palabre brillamment sur le rôle moralisateur de la présence française en Afrique .Nous le quittons subjugués. Laprès midi sachève enfin au ministère du commerce extérieur , à la direction des douanes ivoiriennes , qui a des problèmes avec les trafics darmes, de drogue, et manque dhommes expérimentés ou de moyens . Nous leur promettons une aide efficace. Surprise! Au détour d un couloir , Fatou , habillée en parisienne , nous cueille au passage et nous pousse dans un bureau somptueux , habité par un chétif fonctionnaire bossu , tricocéphale et crépu , à laspect sombre, vous pensez bien ,mais si sombre quon le confondrait sans peine avec le trou du cul dun zèbre . Chargé des affaires générales , il est le personnage mystère du gouvernement . Il contrôle tout , conseiller occulte du président, il tient les cordons des caisses noires , intrigue, assure les liaisons dangereuses , vérifie les faits et gestes de chacun . Dans les bureaux , dans les couloirs , il est loreille attentive , lil perspicace, le cadenas des conversations secrètes.
Présentations faites , il nous souhaite bonne chasse et pour rester en contact , nous confie Fatou qui doit lui faire un rapport journalier , de nos folles équipées . Il met en outre à notre disposition , un ancien parking souterrain désaffecté , fermé depuis belle lurette et situé en plein centre d Abidjan . Cest le lieu idéal, la trappe qui avalera lun après lautre les grands maîtres du Sentier Crépusculaire et leur comparses trafiquants .
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Ce matin nous reprenons contact avec Vasi ; Il doit nous attendre à la terrasse du Calao , au quartier du Plateau. Sur la place , une foule grouillante de touristes , circule parmi les étalages . Les petits vendeurs, vous proposent, des masques africains , sculptés dans du fromager , des amulettes , des grigris porte bonheur , des tissages de Korogo , des colliers de perles , et toutes sortes de contrefaçons , Cartier , Dior , Hermès , des cassettes pirates et jen passe . Ridicule si tu ne marchandes pas , tu dois te plier à la coutume , qui veut que le prix d un objet soit à la mesure de la considération que lon te porte . Lenchère monte si tu parles une autre langue que le français , elle culmine si tu as laccent américain . Le jeu consiste à faire baisser le prix annoncé, par longues palabres , hésitations , faux départs , réévaluations successives , pour enfin partir avec un objet sans valeur que tu ne manqueras pas doublier sur le siège de ton taxi .
- En pleine forme , Vasi ? Si tu veux visiter notre sous-sol , cest tout près d ici.
- Ca cest ton rayon . Tu mappelles pour les coups de mains , les exécutions , les explosifs , le repas des crocodiles et les transmissions codées à Paris .
- Les crocodiles ? Schcoun adda , Vasistas ?
- Tu verras ça plus tard au QG.
- Mélodia , va donc reprendre du service . Il va falloir recruter dans la folle société abidjanaise .
_Cet après-midi , je vous emmène au Club du Soleil au bord de la lagune à Bassam .
Vers deux heures , sous un soleil de plomb , ou à lombre des paillotes , nous débarquons au fameux club , où un tas de tapés du string et de la mini-culotte ficelle , se pavanent tout nu , fanas de la bronzette intime , amateurs probables dexpériences extra-conjugales ou homo-sexuelles , culs au vent , foufounettes en deuil , et saucissons flétris . Lacte au club est strictement interdit , et toute infraction si minime soit-elle , mérite lexclusion . Tous les quatre nous passons aux vestiaires , puis au secrétariat , pour les inscriptions et les cotisations . Une note est attribuée , par un jury voyeur . Ne peuvent être admis que les beaux mecs et les filles canons . Dix huit sur vingt pour notre groupe à lunanimité . Nous nous infiltrons dans les conversations , avec la ferme intention, dannoncer la création prochaine , dune boite de nuit nouvelle , un peu mystérieuse , en plein centre de la capitale. Le renseignement court vite , avec la promesse dinviter le club entier à linauguration du Sentier Lagunaire.
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Nous navons quà suivre Vasi , qui a mis un quatre roues motrices Freelander à notre disposition. Cest un véhicule bidon , de pédé , qui a la prétention de passer partout et qui se plante trop facilement dans le sable ou dans la boue . Arrivés à destination , une porte automatique blindée souvre devant nos véhicules et se referme silencieusement . Une énorme villa coloniale , occupe le centre dun parc limité par une haute enceinte bétonnée et par la lagune au sud . Au ponton , deux embarcations ultra-rapides , un peu cachées par un magnifique flamboyant en fleur , restent prêtes à démarrer pour les interventions improvisées . Je ne crois pas quil faille se réjouir de labsence dun jardinier . Les ibiscus , les orgueuils de Chine , les queues de rat, les joncs de Malaisie, les haies de roucouliers font triste mine et les mangues trop mures sécrasent sur le sol et pourrissent au soleil. Ne vous avisez pas de poser votre cul dans les herbes folles. Toutes sortes d insectes, vous cafarderont la vie. Charmante campagne où lhomme fatigué ne peut que rester debout.
Dans les sous-sols, un centre de transmission ultra perfectionné , digne de la CIA reste à lécoute permanente, habité par deux lieutenants en costume cravate , casqués comme des cosmonautes dopérette, sélecteurs de canaux satellites , tourneboulant des boutons gradués , et grands manipulateurs de claviers, de souris et décrans . Se présentent alors Henri Ette et Jean Seniste . Les deux pédalent au service de la patrie reconnaissante. Ils sont pacsés depuis le vote de la loi socialiste , et sentendent comme larrons en foire. Leur union ferait désordre dans une caserne de soldats militaires , et létat major les a détachés aux transmissions secrètes de la DGSE. Attention pas de méprise ! Ils sont très performants , nen doutez pas . De plein pied , un immense salon, avec bar, recoins fauteuils et banquettes cocons , offre une vue sur la lagune , miroir solaire parsemé de nénuphars géants à la dérive et sillonné par quelques pirogues à moteur . A létage des chambre damour pour pacs et union libres, abriteront à loccasion nos siestes et nos nuits agitées . Rita et Fatou sextasient car si Vasi a négligé le jardin, il na pas lésiné sur le décor nuptial. Ah ! sacré polonais .
Dans le parking , bien que les travaux , aient été confiés à une entreprise sérieuse , les choses traînent en longueur .Les jours passent en visites touristiques , en trempettes piscine à lhôtel du Golf, en repas au buffet à gogo , ou en nuits dansantes à la cabane bambou dans la petite localité dAboisso. Pour y accéder un pont de lianes enjambe la rivière de la Bia .Il faut être sourd pour ne pas apprécier , lenchantement de lorchestre local capable de faire danser , avec grâce , des rhumatisants ou des uni gambes à béquilles. Tous les piliers de cet appatame géant furent sculptés façon totem , par des artistes sénégalais . Le tout recouvert dun immense chapeau de paille, mérite une franc coup de casquette.
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- Ah ! les africains , vous êtes de fameux artistes .
- Le véritable art , cest lamour . Maintenant tu sais Vasi , que la femme africaine mérite toutes les caresses du monde .
- Je nai pourtant pas remarqué un empressement exagéré de la part de vos machos . Ils disent souvent que vous abusez de vos charmes pour leur soutirer le peu dargent gagné à la sueur du soleil ivoirien .
- Mauvaise habitude ! Peu doués pour les ébats amoureux , par paresse , ils compensent en faisant des petits cadeaux minables , ce qui est une forme de mépris de la femme : je paye , donc jy ai droit et tu te tais connasse .
- Eh bien ! quelle mentalité ! Il va falloir imaginer des messes initiatiques érotico-lagunaires dans le nouveau sanctuaire , pour chambouler ces comportements grossièrement campagnards .
- Mes petites cocottes , heureusement que nous sommes là pour vous dorloter .
Bien quoubliant Paris et sa vie trépidante , je pense de temps en temps à ma Jacotte lointaine qui doit se manger le foie , en jalousant toutes les nanas qui jouent à saute-mouton avec moi . Peut être malheureuse ou simplement recasée , elle a travaillé dans le bon sens . En faisant le gué à la porte , de ses vieux , elle a repéré Vannia, revenue chez elle , camouflée en bonniche , travaillant de huit heures à midi , chez les deux ancêtres Pini, ses parents . Un carton anonyme dans sa boite à plis , lui suggère Abidjan , comme lieu de pèlerinage. Signé: un ancien adepte du Sentier , qui vous indique le chemin de votre vengeance . Un télégramme de Jaja nous donne lheure , la date et le numéro de vol , de la guêpe buteuse qui est tombée dans le piège. Elle en veut toujours aux mexicains et na pas renoncé , à son implacable vendetta . Quoique apaisée en apparence, Rita sort ses griffes dès quon parle de cette folle . Elle non plus na pas oublié . A laéroport , pourvu quon puisse la repérer. Pour peu quelle débarque incognito nous risquons une attaque par surprise plus tard . Les douaniers dans la connivence , feront tout pour la retarder suffisamment et lui proposeront enfin le taxi de Mamadou pour rejoindre la ville .La souricière en place sans quelle sen aperçoive , devrait fonctionner . En outre Jaja nous a envoyé la photo de Vannia . Le DC10 dAir Afrique approche et s immobilise enfin . Il nous faut redoubler de vigilance. Une heure plus tard , la voilà dans le taxi de Mamadou après avoir poireauté dans les bureaux de la douane pour rien.
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- Hôtel Ivoire , cest comme le paradis , le chameau boit , le lion mange , le singe dort ! Patrrone tu vas trouver ici, toubabou amoureux , ou peut être juif libanais , africain très riche . Tu choisis .
- Roulez Mamadou, et regardez la route .
- Aimerais-tu longer la lagune, passer par Bassam, banlieue coloniale, pour acheter le grigri de bienvenue qui donne mille chances. Je temmène , sil vous plait ?
- Soit ! de la chance, je vais en avoir besoin.
Mamadou sûr davoir embourbé sa cliente dans un flot de balivernes , ininterrompu , se présente soudain à la porte blindée du QG qui souvre immédiatement et se referme sans bruit , derrière son taxi . La mission se termine donc à l'entenne de la DGSE dirigée en Côte d'Ivoire par le colonel Vasistas.
Vasi prêt à tout , sans explication enferme Vania la folle , dans une chambre au sous sol , verrouillée par une barre de fer à cadenas électronique . Dans son bagage , une fiole contient le poison mortifère , celui qui a déjà tué , maintes fois . Le levier qui sert à tirer la valise à roulettes est en fait une sarbacane de Bornéo, ultra perfectionnée , en acier inox , avec un mini réservoir de CO2 , capable datteindre sa cible à cinquante mètres.
En fin de soirée , alors quun soleil rond et cuisant senfonce doucement dans les eaux dormantes à lhorizon,Vasi nous propose la visite du château aux crocodiles. A deux cents mètres de la villa , une haute enceinte enferme dans sa muraille bétonnée un morceau de lagune , habitée par trois crocodiles affamés qui patrouillent lentement le nez en lair , guettant leur repas quotidien , agneau ou chèvre , tombant en fin de journée du chemin de ronde. Personne ne connaît cet endroit secret . Ces gentilles bestioles font le ménage à leur façon. Tout individu indésirable dans le pays peut remplacer avantageusement la chèvre ou le mouton du soir. La raison détat suffit à justifier le trop injuste destin , lindigeste festin.
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- Je ne sais pas ce que tu veux faire de cette fille , Doumé ?
- Je lécarte de nos projets , car elle était capable de tout faire foirer en s attaquant une fois de plus aux Grands Maîtres de Sienne .
- Elle mérite quand même la tôle .
- Nous larrêterons officiellement plus tard , quand se terminera notre mission .
- Bien , demain ne comptez pas sur moi , je mabsenterai jusquà la nuit. Je vous confie la baraque. Fatou ne doit rien savoir de ce qui se passe ici. Bouche cousue! Ciao!
Après une journée entière où jai laissé Rita seule au QG , je la retrouve complètement déboussolée, recroquevillée dans un coin sombre du salon . Elle a pissé sur la moquette et pleure des niagaras de larmes. Je me précipite pour la consoler , mais elle sent le pipi de vieux , et je ne sais par quel bout la prendre.
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- Jai tué , Vania , la cracheuse de venin . Lulu est vengé ! Cest affreux , je suis maudite. Je lai poussée vivante dans lenfer. Les crocodiles lont mangée sans pain. Elle a fait plouf dans les eaux gluantes et ses cris me déchirent encore les tympans .
- Ma petite chatte , arrête de divaguer. Tu as encore abusé de cette drogue de misère et chaque fois tu changes les doses.
- Non Doumé, les crocos effrayés par ses gémissements, ont hésité un instant. Bien avant leur repas, Vania a pigé le pourquoi de sa mort. Je lui ai tout dit . Lulu peut dormir en paix . Je suis fatiguée, mais fatiguée!
Ce jour là je lavais transportée dans la salle de bain dabord , puis dans son lit . Ma pauvre Rita était dans un état lamentable, semi comateux . Huit jours après elle se battait encore contre des crocodiles fantômes, qui rôdaillaient autour de son lit , en fumant dénormes cigares , dressés sur leur queue écailleuse et vociférant des complaintes africaines . Elle ne parlait que pendant ses étranges visions , et je pus ainsi recueillir quelques bribes de ses affreux délires . Deux mois ont passé , et nous récupérons petit à petit une Rita désorientée, moins gaie quautrefois, un peu coincée coté culotte , et souvent absente de nos conversations.