Retour  à  l'accueil....

 

                                                               Episode 5

41............

L’airbus d’Air Afrique , au bout de six heures pénibles , au moment où les passagers se massent les genoux rendus douloureux par l’immobilité , survole Bingerville et la banlieue d’Abidjan . Le commandant … et patati et patata … vous souhaite ….. température extérieure trente trois degrés ……hygrométrie quatre vingt dix pour cent … Bienvenue au Club Méditerranée d’Assini , bienvenue au pays de l’éléphant gris pachyderme et de la cabane bambou . Un chant joyeux d’Aicha Koné , à la voix chaude et tendre vous lave la fatigue du voyage, et vous invite à la vie africaine . Le monstre roule enfin sur la piste brûlante , la porte bascule et la passerelle vous tend les bras . Le nez dehors vous vous sentez enveloppé d’une bouffée chaude et humide , qui pénètre votre peau, imbibe tout votre corps , vous dilate l’âme et l’inconscient . Vous devenez en un éclair africain et pantin envoûté d’une contrée étrange , qui vous pousse à la sieste le jour et à vivre intensément la nuit .

Imaginez bande de mâles en peine , Rita marchant devant moi , balançant son baluchon , et son petit cul d’amour. La chaleur ambiante vous dilate le caleçon , mais là ce charmant mini spectacle amplifie la chose . J’ai mis, je crois le pieds , dans un pays bandant propice aux débordements amoureux , aux excès libidinesques, aux danses nuptiales lubriques et répétées . Les messes crépusculaires vont prendre allure d’ enfer , et la poudre de jouvence va révolutionner le Kama Soutra africain . C’est parti mon kiki !

    - Patrrron ! Hôtel Ivoire ? Hôtel du golf ? Tu parles , je roule pour toi , tu veux , je roule aussi , tu payes je roule encore plus vite .

    - Hôtel Ivoire , mon ami .

    - Je suis Mamadou , chauffeur gratuit de taxi payant . Voilà mon numéro portable . Si tu veux visiter, tu sonnes.

    - Merci Mamadou , roule .

    - Ton femme est belle comme un tournesol , avec couleur cheveux albinos et petit cul vivant , tu es chanceux comme le Calao qui vole .

Le taxi est climatisé . Rita refroidit à vue d’œil , je rétrécit dans l’intime , et un chat mistigri s’installe dans ma gorge . Je toussote comme un tubard en fin de galère . Mamadou coupe le froid , et ouvre les vitres de son iceberg à roulettes . Ouf ! Je commence à apprécier la chaleur étouffante . On s’y habitue assez vite.

    - Tu vois patrrron , j’ai fait installer la clim-taxi pour toubabou , homme blanchâtre , à sang froid comme caïman .

Le taxi vert bouteille s’ immobilise à l’entrée coté parking , du somptueux Hôtel Ivoire , vitrine touristique du pays des éléphants paisibles . A ce propos, Mamadou m’a expliqué pendant le trajet , que ces bestioles débonnaires et noctambules traversaient les routes en ignorant majestueusement les taxis . Ils ont alors droit à tous les noms d’ oiseaux et de serpents , sortis du lexique coloré de mon nouvel ami . Je paye et Rita agrémente ses remerciements , d’un pourboire princier .

42.........

    - Merci , patrrron . Ton femme là , c’est du gateau de miel , du vin sucré , de l’ananas confit , de la banane foutou fondante . Ciao ! Patrrron .

Formalités à la réception . Prise en charge , ascenseur , onzième étage , chambre spacieuse , vue balcon, lits à quatre places , bidet auto gicleur , baignoire à gargouillis tournants , et remous jakousi . Enfin le top ! le dernier cri d’y a trente ans pour l’émerveillement rétrospectif du touriste toubabou . Nous voilà en Abidjan, ville débordante , active , peuplée jusqu’ à l’indigestion sociale , riche en son cœur , pauvre à pleurer dans sa banlieue , grouillante d’africains , de libanais et de gaulois abrutis par la chaleur et l’alcool, ville ouverte au monde , à l’argent sale , aux aventuriers de tout bord et aux gourous de tout poil.

Nous voilà seuls , dans une colonie perdue par la France , qui aurait , paraît-il apporté quelques bribes de civilisation , avec notre langue , des percepteurs , des gendarmes et des curés . Mais ici , les croyances poussent comme l’herbe folle , les religions font bon ménage et se consomment à la sauce animiste pimentée. Chaque village a ses rites , sa légende , ses génies bien ou malfaisants , ses morts dans des champs de fèves réservés, avec do not disturb à l’entrée car ils sont susceptibles .

Polo à Paris a bien travaillé . Il a obtenu une palabre éclair avec le ministre de l’intérieur , qui lui a donné le feu vert . La D.G.S.E. est dans le coup et a décidé l’élimination discrète de l’équipe de Sienne . Je suis le chef d’orchestre de l’opération , et me voilà agent secret , titulaire recruté sous serment avec rang de commandant, attaché d’ambassade , et détaché de tout scrupule , agissant sans état d’âme au service de la France éternelle. La fibre patriotique , petit à petit a renforcé ma musculature déjà avantageuse , admirée de tous et à toute heure par Rita . Voilà que je bande désormais pour Marianne en chantant la Marseillaise . Me voici donc prêt à défendre les vraies valeurs de la république une et indivisible . Avanti !

Je dois vous dire que j’appréhende . Pour me remettre du voyage , et oublier mes tracas , nous descendons dans le vaste hall-salon , restaurants , boutiques , cinémas de l’hôtel .J’offre à ma copine un magnifique oursin des sables en or baoulé massif . Je ne vous dis pas ! J’ai eu droit au baiser le plus long de ma carrière . Une élégante déesse noire en pagne multicolore , près de nous n’a pu s’empêcher d’applaudire en criant yaou ! Elle s’appelle Fatoumata Magdo , elle est sombre et belle comme l’ébène et l’Afrique . Nous l’invitons à boire un coup, au salon accueil . L’orchestre joue la samba des secousses . Puis un chanteur de black-jazz enchaîne , en imitant Iglésias , avec accent , air et paroles , qu’il adresse ostensiblement à Fatou et Rita , qui ne se privent pas de rire haut et fort , telles des pintades en chaleur . Je viens de repérer près de la librairie , dans la galerie marchande, le colonel Vasistas , officier français d’ origine polonaise , qui jette un œil dans le Corriere della Sera. Une petite annonce doit nous renseigner régulièrement sur les agissements de la secte de Sienne.

43.........

C’est aussi notre signe de reconnaissance . Homme blond à moustaches , avec journal italien sous le bras , et chemise fantaisie à fines rayures jaunes . Par le plus grand des aléas il vient s’asseoir près de nous . Je l’invite à notre table en lui donnant le mot de passe ; Je dois lui dire : « l’Afrique ne fait pas le bonheur » . Il me répond: « j’en suis personnellement persuadé » . Le voilà qui louche vers Fatoumata , qui lui envoie un clin d’œil agrippeur dont elle a le secret . Un sourire dents blanches , étincelant et des yeux de biche amoureuse, lui donnent le coup de grâce . Il se présente : Lionnel Vasistas , négocient import-export ,Vasi pour les amis. Fatou subjuguée, vasouille et lui demande si Johnny Halliday est son frère jumeau . Vasi vasouille aussi et ne sait quoi répondre. Nous grimpons tous les quatre sur les toits , au restaurant Le four d’argent . Inutile de vous dire que notre entrée dans la salle ne passe pas inaperçue . Dans ce pays de rêve on ne regarde pas l’homme ou la femme seule. On s’extasie sur les couples , les assortiments à deux  à trois , à quatre . Alors les yeux des autres deviennent brillants , les bouches restent ouvertes , les cartes de menus glissent des mains , on repose les verres, on n’applaudit pas mais en se retenant . Vasi est aux petits soins pour Fatou qui minaude , ça promet! Je ne saurais vous donner le détail du menu oublié , envolé , mais les rires de Rita et Fatou ont pimenté le repas . Retour au cinoche , pour le dernier film en vogue arrivé de Paris , Le sentier solitaire , romantique à pleurer , arditique , anconinesque jusqu’à l’écoeurement . Nous quittons la salle , après le triste dénouement. Fatou pleurniche , et Vasi en profite pour la consoler C’est parti mon zizi ! Sans l’avoir vraiment voulu nous nous retrouvons les quatre dans la chambre au grand lit , buvant une vodka millésimée , dans laquelle Rita a versé un soupçon de poudre brésilienne . Oh ! la, la !Quelle passion , Vasi se déchaîne . Il provoque chez sa compagne une tornade subtropicale endiablée , avec écartements , croupe offerte , miches gonflettes , verrouillages intimes, éclaboussements répétés , rires étouffés , bitounes dressées comme triques de CRS , bouche à bouche trou, étreintes bestiales , et sonorisation syncopée . Enfin suivent les soupirs d’ apaisement , pour mieux reprendre son souffle . Moi je pratique l’amour délicat , le baiser spasmodique , le titillement virtuose , les délices orientaux. Rita adore les poses lascives , les caresses du dimanche , presque l’amour bourgeois , mais alors elle frémit, s’abandonne , se fait des chairs de poule électriques , s’inonde dans le sentimental , parle avec les anges, et chante la complainte des suppliciés à l’éblouissement final , le tout entremêlé de rires , de reprises fulgurantes et passionnées . A ce petit jeu , je fonds comme chocolat au soleil . Dans quel état serai-je au petit matin? Vasi s’est éclipsé pendant la nuit . Je me retrouve au petit déjeuner , assis dans ce grand lit , flanqué d’une blanche rousse , et d’une noire d’ébène . Je suis sans conteste le visage pale du récit , dévitaminé , atteint d’anémie pernicieuse , baillant sur canapé , en proie au doute ritaphysique . En clair je déprime . Il va falloir doper le cheval fatigué .

44..........

    - Dites , mes petites chéries , vous aimez faire ça souvent à perdre halène avec des étalons super .

    - Ca y est , tu te prends encore pour Casanova .

    - Vous n’avez jamais goûté l’amour volcan , à l’africaine ? Je peux vous initier . _ Eh ! doucement Fatou, tu empiètes .

    - Excuse moi , je n’ai rien dit .

Elles s’embrassent et éclatent de rire . Le rire en Afrique remplace les longues phrases , les finasseries de chez nous , pour ne rien dire.  Il fuse comme l’eau de source , clair , pur , joyeux , et transpirant la joie de vivre,   malgré la pauvreté de la vie sous les tropiques . Non seulement ce pays m’a séduit , mais encore , mais aussi, mais surtout je m’y sens comme si j’y étais né .

L’après midi nous réserve un lot de surprises . Nous avons rendez vous à l’ambassade de France avec un chef, celui d’ un cabinet sans doute . Il fait de grands gestes , en parlant comme si son porte plume , était une balayette. C’est le genre de mec , qui , rentré chez lui , doit tricoter la layette à bébé et se faire violer par une bobonne insatisfaite , qui en outre lui fait les plus jolies cornes du zoo toubabou . Il pense ce monsieur important, qu’il serait indispensable d’ agir avec beaucoup de circonspection , de doigté , de magnanime mansuétude et ouvre son parapluie malgré la saison sèche , ignore tout de notre mission , mais palabre brillamment sur le rôle moralisateur de la présence française en Afrique .Nous le quittons subjugués. L’après midi s’achève enfin au ministère du commerce extérieur , à la direction des douanes ivoiriennes , qui a des problèmes avec les trafics d’armes, de drogue, et manque d’hommes expérimentés ou de moyens . Nous leur promettons une aide efficace. Surprise! Au détour d’ un couloir , Fatou , habillée en parisienne , nous cueille au passage et nous pousse dans un bureau somptueux , habité par un chétif fonctionnaire bossu , tricocéphale et crépu , à l’aspect sombre, vous pensez bien ,mais si sombre qu’on le confondrait sans peine avec le trou du cul d’un zèbre . Chargé des affaires générales , il est le personnage mystère du gouvernement . Il contrôle tout , conseiller occulte du président, il tient les cordons des caisses noires , intrigue, assure les liaisons dangereuses , vérifie les faits et gestes de chacun . Dans les bureaux , dans les couloirs , il est l’oreille attentive , l’œil perspicace, le cadenas des conversations secrètes.

Présentations faites , il nous souhaite bonne chasse et pour rester en contact , nous confie Fatou qui doit lui faire un rapport journalier , de nos folles équipées . Il met en outre à notre disposition , un ancien parking souterrain désaffecté , fermé depuis belle lurette et situé en plein centre d’ Abidjan . C’est le lieu idéal, la trappe qui avalera l’un après l’autre les grands maîtres du Sentier Crépusculaire et leur comparses trafiquants .

45.........

Ce matin nous reprenons contact avec Vasi ; Il doit nous attendre à la terrasse du Calao , au quartier du Plateau. Sur la place , une foule grouillante de touristes , circule parmi les étalages . Les petits vendeurs, vous proposent, des masques africains , sculptés dans du fromager , des amulettes , des grigris porte bonheur , des tissages de Korogo , des colliers de perles , et toutes sortes de contrefaçons , Cartier , Dior , Hermès , des cassettes pirates et j’en passe . Ridicule si tu ne marchandes pas , tu dois te plier à la coutume , qui veut que le prix d’ un objet soit à la mesure de la considération que l’on te porte . L’enchère monte si tu parles une autre langue que le français , elle culmine si tu as l’accent américain . Le jeu consiste à faire baisser le prix annoncé, par longues palabres , hésitations , faux départs , réévaluations successives , pour enfin partir avec un objet sans valeur que tu ne manqueras pas d’oublier sur le siège de ton taxi .

    - En pleine forme , Vasi ? Si tu veux visiter notre sous-sol , c’est tout près d’ ici.

    - Ca c’est ton rayon . Tu m’appelles pour les coups de mains , les exécutions , les explosifs , le repas des crocodiles et les transmissions codées à Paris .

    - Les crocodiles ? Schcoun adda , Vasistas ?

    - Tu verras ça plus tard au QG.

    - Mélodia , va donc reprendre du service . Il va falloir recruter dans la folle société abidjanaise .

_Cet après-midi , je vous emmène au Club du Soleil au bord de la lagune à Bassam .

Vers deux heures , sous un soleil de plomb , ou à l’ombre des paillotes , nous débarquons au fameux club , où un tas de tapés du string et de la mini-culotte ficelle , se pavanent tout nu , fanas de la bronzette intime , amateurs probables d’expériences extra-conjugales ou homo-sexuelles , culs au vent , foufounettes en deuil , et saucissons flétris . L’acte au club est strictement interdit , et toute infraction si minime soit-elle , mérite l’exclusion . Tous les quatre nous passons aux vestiaires , puis au secrétariat , pour les inscriptions et les cotisations . Une note est attribuée , par un jury voyeur . Ne peuvent être admis que les beaux mecs et les filles canons . Dix huit sur vingt pour notre groupe à l’unanimité . Nous nous infiltrons dans les conversations , avec la ferme intention, d’annoncer la création prochaine , d’une boite de nuit nouvelle , un peu mystérieuse , en plein centre de la capitale. Le renseignement court vite , avec la promesse d’inviter le club entier à l’inauguration du Sentier Lagunaire.

46.........

Nous n’avons qu’à suivre Vasi , qui a mis un quatre roues motrices Freelander à notre disposition. C’est un véhicule bidon , de pédé , qui a la prétention de passer partout et qui se plante trop facilement dans le sable ou dans la boue . Arrivés à destination , une porte automatique blindée s’ouvre devant nos véhicules et se referme silencieusement . Une énorme villa coloniale , occupe le centre d’un parc limité par une haute enceinte bétonnée et par la lagune au sud . Au ponton , deux embarcations ultra-rapides , un peu cachées par un magnifique flamboyant en fleur , restent prêtes à démarrer pour les interventions improvisées . Je ne crois pas qu’il faille se réjouir de l’absence d’un jardinier . Les ibiscus , les orgueuils de Chine , les queues de rat, les joncs de Malaisie, les haies de roucouliers font triste mine et les mangues trop mures s’écrasent sur le sol et pourrissent au soleil. Ne vous avisez pas de poser votre cul dans les herbes folles. Toutes sortes d’ insectes, vous cafarderont la vie. Charmante campagne où l’homme fatigué ne peut que rester debout.

Dans les sous-sols, un centre de transmission ultra perfectionné , digne de la CIA reste à l’écoute permanente, habité par deux lieutenants en costume cravate , casqués comme des cosmonautes d’opérette, sélecteurs de canaux satellites , tourneboulant des boutons gradués , et grands manipulateurs de claviers, de souris et d’écrans . Se présentent alors Henri Ette et Jean Seniste . Les deux pédalent au service de la patrie reconnaissante. Ils sont pacsés depuis le vote de la loi socialiste , et s’entendent comme larrons en foire. Leur union ferait désordre dans une caserne de soldats militaires , et l’état major les a détachés aux transmissions secrètes de la DGSE. Attention pas de méprise ! Ils sont très performants , n’en doutez pas . De plein pied , un immense salon, avec bar, recoins fauteuils et banquettes cocons , offre une vue sur la lagune , miroir solaire parsemé de nénuphars géants à la dérive et sillonné par quelques pirogues à moteur . A l’étage des chambre d’amour pour pacs et union libres, abriteront à l’occasion nos siestes et nos nuits agitées . Rita et Fatou s’extasient car si Vasi a négligé le jardin, il n’a pas lésiné sur le décor nuptial. Ah ! sacré polonais .

Dans le parking , bien que les travaux , aient été confiés à une entreprise sérieuse , les choses traînent en longueur .Les jours passent en visites touristiques , en trempettes piscine à l’hôtel du Golf, en repas au buffet à gogo , ou en nuits dansantes à la cabane bambou dans la petite localité d’Aboisso. Pour y accéder un pont de lianes enjambe la rivière de la Bia .Il faut être sourd pour ne pas apprécier , l’enchantement de l’orchestre local capable de faire danser , avec grâce , des rhumatisants ou des uni gambes à béquilles. Tous les piliers de cet appatame géant furent sculptés façon totem , par des artistes sénégalais . Le tout recouvert d’un immense chapeau de paille, mérite une franc coup de casquette.

47.........

     - Ah ! les africains , vous êtes de fameux artistes .

    - Le véritable art , c’est l’amour . Maintenant tu sais Vasi , que la femme africaine mérite toutes les caresses du monde .

    - Je n’ai pourtant pas remarqué un empressement exagéré de la part de vos machos . Ils disent souvent que vous abusez de vos charmes pour leur soutirer le peu d’argent gagné à la sueur du soleil ivoirien .

    - Mauvaise habitude ! Peu doués pour les ébats amoureux , par paresse , ils compensent en faisant des petits cadeaux minables , ce qui est une forme de mépris de la femme : je paye , donc j’y ai droit et tu te tais connasse .

    - Eh bien ! quelle mentalité ! Il va falloir imaginer des messes initiatiques érotico-lagunaires dans le nouveau sanctuaire , pour chambouler ces comportements grossièrement campagnards .

    - Mes petites cocottes , heureusement que nous sommes là pour vous dorloter .

Bien qu’oubliant Paris et sa vie trépidante , je pense de temps en temps à ma Jacotte lointaine qui doit se manger le foie , en jalousant toutes les nanas qui jouent à saute-mouton avec moi . Peut être malheureuse ou simplement recasée , elle a travaillé dans le bon sens . En faisant le gué à la porte , de ses vieux , elle a repéré Vannia, revenue chez elle , camouflée en bonniche , travaillant de huit heures à midi , chez les deux ancêtres Pini, ses parents . Un carton anonyme dans sa boite à plis , lui suggère Abidjan , comme lieu de pèlerinage. Signé: un ancien adepte du Sentier , qui vous indique le chemin de votre vengeance . Un télégramme de Jaja nous donne l’heure , la date et le numéro de vol , de la guêpe buteuse qui est tombée dans le piège. Elle en veut toujours aux mexicains et n’a pas renoncé , à son implacable vendetta . Quoique apaisée en apparence, Rita sort ses griffes dès qu’on parle de cette folle . Elle non plus n’a pas oublié . A l’aéroport , pourvu qu’on puisse la repérer. Pour peu qu’elle débarque incognito nous risquons une attaque par surprise plus tard . Les douaniers dans la connivence , feront tout pour la retarder suffisamment et lui proposeront enfin le taxi de Mamadou pour rejoindre la ville .La souricière en place sans qu’elle s’en aperçoive , devrait fonctionner . En outre Jaja nous a envoyé la photo de Vannia . Le DC10 d’Air Afrique approche et s’ immobilise enfin . Il nous faut redoubler de vigilance. Une heure plus tard , la voilà dans le taxi de Mamadou après avoir poireauté dans les bureaux de la douane pour rien.

48.........

    - Hôtel Ivoire , c’est comme le paradis , le chameau boit , le lion mange , le singe dort ! Patrrone tu vas trouver ici, toubabou amoureux , ou peut être juif libanais , africain très riche . Tu choisis .

    - Roulez Mamadou, et regardez la route .

    - Aimerais-tu longer la lagune, passer par Bassam, banlieue coloniale, pour acheter le grigri de bienvenue qui donne mille chances. Je t’emmène , s’il vous plait ?

    - Soit ! de la chance, je vais en avoir besoin.

Mamadou sûr d’avoir embourbé sa cliente dans un flot de balivernes , ininterrompu , se présente soudain à la porte blindée du QG qui s’ouvre immédiatement et se referme sans bruit , derrière son taxi . La mission se termine donc à l'entenne de la DGSE dirigée en Côte d'Ivoire par le colonel Vasistas.

Vasi prêt à tout , sans explication enferme Vania la folle , dans une chambre au sous sol , verrouillée par une barre de fer à cadenas électronique . Dans son bagage , une fiole contient le poison mortifère , celui qui a déjà tué , maintes fois . Le levier qui sert à tirer la valise à roulettes est en fait une sarbacane de Bornéo, ultra perfectionnée , en acier inox , avec un mini réservoir de CO2 , capable d’atteindre sa cible à cinquante mètres.

En fin de soirée , alors qu’un  soleil  rond et cuisant   s’enfonce  doucement  dans les  eaux dormantes à l’horizon,Vasi nous propose la visite du château aux crocodiles. A deux cents mètres de la villa , une haute enceinte enferme dans sa muraille bétonnée un morceau de lagune , habitée par trois crocodiles affamés qui patrouillent lentement le nez en l’air , guettant leur repas quotidien , agneau ou chèvre , tombant en fin de journée du chemin de ronde. Personne ne connaît cet endroit secret . Ces gentilles bestioles font le ménage à leur façon.  Tout individu indésirable dans le pays peut remplacer avantageusement la chèvre ou le mouton du soir. La raison d’état suffit à justifier le trop injuste destin , l’indigeste festin.

49.......

    - Je ne sais pas ce que tu veux faire de cette fille , Doumé ?

    - Je l’écarte de nos projets , car elle était capable de tout faire foirer en s’ attaquant une fois de plus aux Grands Maîtres de Sienne .

    - Elle mérite quand même la tôle .

    - Nous l’arrêterons officiellement plus tard , quand se terminera notre mission .

    - Bien , demain ne comptez pas sur moi , je m’absenterai jusqu’à la nuit. Je vous confie la baraque. Fatou ne doit rien savoir de ce qui se passe ici. Bouche cousue! Ciao!

Après une journée entière où j’ai laissé Rita seule au QG , je la retrouve complètement déboussolée, recroquevillée dans un coin sombre du salon . Elle a pissé sur la moquette et pleure des niagaras de larmes. Je me précipite pour la consoler , mais elle sent le pipi de vieux , et je ne sais par quel bout la prendre.

50.........

    - J’ai tué , Vania , la cracheuse de venin . Lulu est vengé ! C’est affreux , je suis maudite. Je l’ai poussée vivante dans l’enfer. Les crocodiles l’ont mangée sans pain. Elle a fait plouf dans les eaux gluantes et ses cris me déchirent encore les tympans .

    - Ma petite chatte , arrête de divaguer. Tu as encore abusé de cette drogue de misère et chaque fois tu changes les doses.

    - Non Doumé, les crocos effrayés par ses gémissements, ont hésité un instant. Bien avant leur repas, Vania a pigé le pourquoi de sa mort. Je lui ai tout dit . Lulu peut dormir en paix . Je suis fatiguée, mais fatiguée!

Ce jour là je l’avais transportée dans la salle de bain d’abord , puis dans son lit . Ma pauvre Rita était dans un état lamentable, semi comateux . Huit jours après elle se battait encore contre des crocodiles fantômes, qui rôdaillaient autour de son lit , en fumant d’énormes cigares , dressés sur leur queue écailleuse et vociférant des complaintes africaines . Elle ne parlait que pendant ses étranges visions , et je pus ainsi recueillir quelques bribes de ses affreux délires . Deux mois ont passé , et nous récupérons petit à petit une Rita désorientée, moins gaie qu’autrefois, un peu coincée coté culotte , et souvent absente de nos conversations.

 

                                                           Suivant