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                                                                   Episode 3

21.........

Nous imaginons avec ma Jaja futée ,une audacieuse théorie . Ce pauvre Giorgio croyant découvrir la plante rare , sujet de sa thèse , s’intéressa de trop près à cette curieuse curarofolia . Toléré au début , puis sommé de déguerpir , il ignora , comme font tous les parisiens débarquant chez les sauvages , les us et costumes du pays . Le matin de son départ , traînant dans sa serviette beaucoup trop de secrets , il fut rattrapé de justesse , et vous connaissez la suite . Enfin je vide en partie mon sac à malices et Polo cueille , comme à l’accoutumée , quelques fruits de mes investigations . Je le mets donc dans la confidence et il apprend un peu de vrai , le pour , le contre et le pourquoi de ce film à épisodes . Je lui cache néanmoins , ma fuite nocturne en camion fantôme .

    - Giorgio avait une sœur, portée disparue depuis la mort atroce de son frangin . Depuis trois mois , Vannia Pini n’ a plus donné signe de vie à ses vieux parents .

    - A-t-elle fait un voyage au brésil ? Faudrait vérifier .

    - Ne t’inquiète , mes mulets sont sur la piste .

    - Crois-tu que les deux premiers meurtres de notre enquête soient liés à l’exécution du naïf Giorgio ?

    - Je le pense comme toi et on sait maintenant qui tue et pourquoi . Le mobile est la vengeance , et les jours sont comptés pour tes clients de l’église du sentier battu.

Un coup de bigophone confirme le voyage au Brésil d’une certaine demoiselle Pini . Pour le moment le retour n’a pas eu lieu . Soudain à la saint Barthélemy commence une course poursuite . Un bref appel au bureau précède toujours l’exécution sommaire d’un illuminé de la secte , Nous en sommes à la sixième victime picotée au spasmo-curare .

Inabordable , plein de tics nouveaux , se lavant les mains tous les quarts d’heure Polo à l’aide d’une fourchette à escargot fauchée à la Tour d’Argent se triture le noir des ongles . Il ronge ses doigts , il bafouille en serbo-croate  s’énerve comme une jeune pouliche en chaleur , et je me demande s’il ne va pas s’immoler au kérosène devant la presse réunie , pour exprimer son désarroi profond .

22........

Moi je compte les allongés et laisse mariner Polo , Mélodius and Co et ses saints martyrs , dans le jus épais d’une chaude vengeance . Vannia s’acharne , déboussolée en diable , abusivement mortifère . Elle ne sait plus si sa croisade en terre sainte aura une fin . Je suppute , j’échafaude . Jaja ne dit mot et je soupçonne chez elle une sourde approbation des méfaits et gestes de la guêpe tueuse . Vannia pique et pique et collectionne les allongés sur le trottoir . Tous appartiennent au conseil supérieur de la magistrature du sentier .

    - Jaja , dis-moi ce que tu penses de tout ça .

   - Je pense qu’elle a reçu un sacré coup de tarkouk sur la courgette . Même les plus renommés psychomuches ne pourraient expliquer cette folie meurtrière . Elle ira jusqu’au bout de son génocide .

    - Eh, bien ! Les fadasses , lorsque vous déjantez , bonjour les dégâts !

Ma Rita un peu triste , ne décolère pas . Je la délaisse ces temps ci . . Ses appétits d’amour s’amenuisent . Elle me reproche mes réponses évasives concernant le meurtre de son frangin Lulu . Je ne sais que dire . Déçue par sa découverte inattendue dans la sainte bibliothèque , elle ne sait plus à quelle diablotin se raccrocher . Elle désillusionne à sec , me fait des caprices de jeune fille effarouchée  se refuse puis soudain se vautre , se déchaîne jusqu’au coït bestial ,heurté ,spasmodique et sur sonorisé .

Ce n’est plus de l’amour mais un concentré de rage , d’acharnement à l’oubli , de désenchantement diffus . J’en ai marre ! Elles veulent ma mort , toutes ces pétasses foireuses . Ciao ! Je lui défends de retourner au temple .

Mélodius me convoque . Quelle engueulade ! Suant la peur , il menace de me circoncire , de me couper les vivres en attendant de me couper le reste . Il prononce , par Yomaha l’excommunication de mon âme , damnée pour une éternité , vouée à l’enfer du troisième niveau , où les femelles offertes en continu et obligatoires sont d’une laideur peu banale . La panique m’empare . Je le quitte après lui avoir promis une protection rapprochée et sans reproche . Une pluie de dollars affermit ma détermination . Il fait quand même partie de ce monde secret et implacable , qui tue , pille , abuse , terrifie les gens de peu , qui tombent par imprudence dans la nasse . Je décide avec Polo de passer à l’attaque .

23......

Nous en savons assez maintenant pour déployer nos géniales stratégies , qui ont souvent stupéfié les médias , les gogos , les hauts grades et tous les enfoirés de la préfecture de police . Polo ne savait pas où allait ce camion volé à un déménageur varois . Je lui révèle l’existence du hangar . Il me fait un caca nerveux , et apprenant la chose un peu tard , menace de supprimer ma licence de privé . Il se radoucit bien vite , sachant qu’ensemble , on pète le feu de dieu et que par Yomaha ça va saigner .

    - Si on visitait ce coupe-gorge dans la soirée .

    - On a rien à y perdre en y jetant un coup d’œil .  

    - Prépare la musette et n’oublie pas les canettes de bière .

Nous y voilà . Le rideau métallique refermé prouve qu’un acolyte villaberdien rôde depuis le dernier épisode , dans les parages , pour essayer de savoir qui a bien pu  subtiliser une si alléchante cargaison d’armes , loin de penser qu’un policier trop futé , ait su faire le coup .

Nous empruntons dans l’obscurité, le chemin du soupirail . Approche , attente , conciliabule , minuit , sandwichs,  somnolence , tout y passe , même le temps . Deux nuits de patience  sans fumer , pour ne pas révéler notre présence à l’ennemi . Un matin , à l’heure du muezzin , un fracassant tapage , accompagne la montée inexorable du rideau de métal . Silence on tourne ! Un gus en salopette descend de son fourgon , et charge toutes les caisses vides . Il sort et repart sans fermer la porte . Nous fonçons à sa poursuite , montés sur mon Harley . Juste devant nous , il ne se doute de rien . Destination le quai Dumesnil , où une superbe péniche engloutit le chauffeur et les caisses. Le bâtiment se nomme * Fleur du Brésil *. On peut danser la carmagnole .Nous tenons le bon bout .

Du coup la saga redémarre , façon roman fleuve . La Seine bringuebalote la péniche amarrée . Elle abrite des marins d’eau douce qui parlent le français sur la rive et le portugo-brésilien sur le pont . A quelques encablures , un vaste atelier de réparation mécanique reste ouvert et ne désemplit pas . Vente directe d’ accastillage , de cordes et filins de toute sorte , de la visserie , des hublots , nettoyage à sec des ponts de milliardaires , pose de tauds , d’éoliennes , d’électro-vannes et de cagatoires portatifs . Ce local se situe sous l’escalier monumental qui relie le quai à l’avenue Ducon-Branly , et fut jadis un sas de transit de matériaux lourds pendant la construction du métro parisien . Une galerie souterraine permet d’y accéder par les sous-sols de la station voisine . Nous nous y installons , Polo et moi , en salopette de mécanicien syndiqué . Le patron est dans la connivence .

24.......

Nous tenons l’observatoire idéal, nocturne et permanent à travers une lucarne d’aération bien placée en face de leur passerelle . C’est la planque de rêve avec œil de bœuf , mini caméra , amplificateur de son à distance , visionneuse nocturne à infra-rouge , whiskys et sandwichs à gogo. Pendant la journée nous manibranlons la clé anglaise et le visse tampon pour donner le change . Quelques apparitions sur le quai , pour brûler une clope , ajoutent un zeste   d’authenticité . Voilà , mise en place la parfaite souricière . gratinée de génie policier , de mégalo-vision intuitive , et magistralement exploitée par deux maîtres du barreau de prison . Les instants se suivent . Rien ne se passe . Rien n’annonce l’échéance , le coup fourré foireux . On avance en pédalo . L’ennui nous gagne .La déprime provoque chez lui le discours philosophique . Moi la relache me refile une crise aiguë de Rita-boulomanie . Le soir comme des ouvriers modèles , nous quittons bruyamment l’atelier qui ferme à six heures , pour revenir par les souterrains , occuper nos discrètes lucarnes .

En plein jour , quelque chose enfin se prépare . Quatre individus , genre homo-cactus se présentent à la passerelle , encadrant un Mélodius ratatiné dans son manteau chasuble , tremblotant de peur , muet , sidéré , vrai sac de son à deux pattes . Nos antennes frémissent , la caméra déclenche , l’infrarouge rissole dans l’émetteur , le frisson de la curiosité parcourt nos échines électrisées . Nous connaissons là des minutes d’ivresse intense . J’invite au calme un Polo survolté , qui risque une embolie cataleptique , s’il ne se ressaisit pas . Deux Mercédes  grand large , vitres fumées , claquent leurs portes , et disparaissent emportant six comparses décidés , et une valise certainement bourrée de dollars . D’amples manteaux cachent un arsenal portable , à grand rayon d’action  du type mitraille à gogo sur cibles mourantes . Loin derrière nous suivons à bord d’un camion de déménagement le cortège quittant Paris . Point de chute inattendu , un local industriel en tôle galvanisée avec large entrée véhicule et petite porte bureaux , le tout situé aux abords de la ville d’Estampes , dans un terrain caillouteux ceinturé de grilles métalliques . L’entrée comporte une barrière haute et coulissante , gardée par un patibulo- gorille , boule rasée , qui se terre dans un abris-bus , renforcé blockhaus . Une heure trépasse . La troisième Mercédes , en attente démarre enfin , demande la sortie et s’éloigne sur la R.N. nord-est emportant quatre individus à ne pas rencontrer , minuit passé , dans une rame de métro vide . Les autres déguerpissent sous peu . Au pied de la cathédrale , une modeste brasserie nous permettra de patienter et d’ entamer une nuit propice .

    - Le pauvre Mélodius , je crois bien finance la transaction .

    - Les quatre moustachus serbo-croates , repartis vers l’est ,livrent les armes , qu’ils entreposent dans un hangar loué pour l’occasion .

    - Sage précaution de trafiquants méticuleux !

    - Les six aztèques afro-cubains , en Mercédes dernier prix , trimbalent Mélodius , en porte valise , otage d’un instant , mais néanmoins consentant , car en récompense il recevra le lasure bitumo-hilarant importé du Brésil .

25..........

Nous décidons d’utiliser une ruse inédite , diabolique , perfide , qui va pousser tout ce beau monde à la dispute . Cette nuit sera décisive . Un véritable Austerlitz de la truandaille . La tactique du gendarme brûleur de paillote semble dépassée , anachronique , préfectoralement bidon . A la santé de notre ministre de l’intérieur , nous buvons donc un bon Dubonnet .

Minuit , l’heure du crime , sonne au beffroi de la ville endormie . Polo téléphone à Jean Rajoute , le champion toutes catégories , de l’enquête scientifique . Il doit nous envoyer dans l’heure qui pointe , un lance flèches anesthésiantes pour le pitt-bull de l’entrée , et une ampoule en silico-styrène bourrée de gaz somnifère capable d’endormir un monstre de jurassic-parc .Phil Entrope , un des plus dégourdis assistants de Polo arrive en catastrophe , dans les temps prédits , porteur d’un étrange matériel .

Nous approchons de l’entrée , à pas de loup constipé . Le chien écrase en rêvant d’un tibia de brontosaure . Une fléchette le cloue sur place . Par la porte entrebâillée la burette gazeuse atterrit au pied d’un lit de camp , véritable couche du soldat militaire . L’ampoule sous le choc doit , s’ouvrir en quatre et diffuser son gazogène dormifuge , puissant , inodore , ne laissant pas de trace , ni aucun souvenir . Le gardien dort enfin . Nous avons trois bons quarts d’heure pour agir . Phil récupère , la fléchette et la bulle à gaz vide . Il crochète ensuite la porte des bureaux . Nous entrons dans la place . Trois caisses de fusils à culasse éjecto-refoulante , avec chacun en plus un viseur à laser , représentent une coquette somme de billets verts . A chacun son lot . Dans chaque canon nous introduisons un tampon spécial micro poreux gavé d’un liquide acide , bouffe métal , sans odeur rémanente . Soudain le chrono à clochette nous invite au replis , à l’escapade tactique . Nous déguerpissons sans laisser de traces . Les caisses sont refermées , le gros chien somnole et son maître joue à guichet fermé la belle au bois dormant , du regretté Rostini . Il faudra attendre patiemment la suite . Le liquide rongeur crevassera l’âme des fusils , va boursoufler les culbuteurs , verrouiller les culasses , et semer une zizanie pas possible dans la traficotière . Bien joué , non ! Le plomb parlera à la prochaine rencontre ! Au cours de leur transport clandestin , un curieux de la bande , titillé par la passion des armes , en caressera un , admiratif , songeur , l’essayant à l’épaule , joue contre crosse et, horreur , fera coulisser la culasse . Mais en vain . La cargaison a quitté Estampes pour bordeaux . A quai le cargo de la Transbrésilienne charge des caisses provenant de plusieurs trous de France . Le trafic se révèle plus important que prévu , et suit des trajets aléatoires . Vogue la galère ! Cette fois-ci Polo ne pourra pas intervenir , mais ses inspecteurs ont pu suivre en traversant le pays en diagonale , les transferts jusqu’au port .

Pour l’instant le calme règne avant la tempête . Aux studio Montparnasse , les adorateurs d’ El Kébir Yomaha , reprennent leurs pratiques religieuses . Ils se prosternent devant les idoles , batifolent dans l’irrationnel , se manibranlent la croyance divine , s’empapaoutent gaiement pendant la grand messe crépusculaire .

26........

Les représailles s’annoncent . Pour justifier mon salaire , je pousse le saint homme à blinder ses portes et ses fenestrons . Je lui promets une surveillance tout azimut , et de tous les instants , car l’ennemi est double . La guêpe vengeresse court encore et les fusils défectueux s’oxydent à fond de cale . Mélodius ne se doute de rien . Ces temps ci , il se choute un peu plus fort cafouille dans ses sermons plutôt filandreux ,serpente le sentier tel un somnambule téléguidé ,confondant l’automne et le printemps . Dans sa dernière homélie dominicale , il recommanda la sodomie délicate , l’auto pardon des péchés véniels , la transpiration des âmes , et, pour couronner ses audaces verbales , il s’offrit en holocauste aux diablotins persécuteurs , de l’enfer Yomahiste . Au sommet du sacrifice , vécue sur l’autel blanc en marbre de Carrare , sa transe infernale , secoua si fort sa carcasse de vieux singe , qu’il manqua de justesse son départ à Ste Anne . Je suis donc , chez les fous . Je vais déjanter sous peu , et Rita , plus vaillante que toujours et plus amoureuse que jamais , m’entraîne malgré moi dans ce mysticisme tourbillonnaire . Oh ! dieux véritables où êtes vous donc ?……………

La péniche change de quai . Nous abandonnons notre observatoire . Sur la berge un faux pécheur reluquera le nouveau point d’abordage .

Et c’est alors que se produit l’impensable . Mélodius , quoique éternel , dans un geste désespéré , en se dopant , dépasse la dose prescrite , et nous le retrouvons recroquevillé , vidé de son âme , figé dans une étrange grimace , mais en grand apparat saucissonné dans sa chasuble constellée de grigris et d’anges fornicateurs . Il gît . Rien n’indique qu’il ait atteint la sérénité céleste , ou rejoint le paradis réservé aux prophètes .

Rita au comble de l’excitation me prévient et me laisse entendre qu’une révolution de palais se prépare . Polo , que je mets immédiatement dans le coup , escorté du juge , de ses mulets fouineurs , commence dans la foulée , à chauffer les oreilles , à délier les langues fourchues des journaleux présents , qui jettent en vrac , des questions inattendues . Il furète , jauge , relève , demande le photographe , note le moindre détail , fait relever les empreintes , et, enfin tombe en arrêt devant la seringue mortelle , dissimulée , sous la manche gauche de l’étole sacrée . Polo réfléchit , opine , fronce le sourcil et s’adresse à Mme le juge .

    - Seringue à gauche , point de piqûre à droite , dans le creux du bras tendu ,ça jure !

Rita interrogée affirme que Mélodius maniait le goupillon à main droite . Il donnait volontiers cette noble patte d’aristo à baiser et suçait de la jujube en boite , lorsque l’hommage s’accompagnait d’un Monseigneur par ci , d’un Divin guide par là , ou d’une révérence façon Versailles .

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    - La seringue n’est pas à sa place . Vite au labo . Analyse du poison , hématomes , marque de piqûre , photos . Vite !

    - Nous pensons à un meurtre camouflé , dissimulatoire , mal mené par un assassin du dimanche .

Mme le juge a parlé .Elle ramasse sa serviette et disparaît dans le couloir étroit , bousculant au passage les audio-visuels en effervescence qui osent filmer ce pachyderme ambulant .

Les interrogatoires vont bon train . Comme toujours je file dans l’escalier en colimaçon qui descend au sous sol . Vous le savez bien , chez moi c’est une manie . Au bout d’un long déambulatoire , bordé de caves compartimentées , et de coffres , le boyau se rétrécit sur une porte en fer doublement blindée qui peut s’ouvrir à l’aide d’un sésame électronique . Il suffit de connaître le code ou de se faire annoncer par la caméra cachée . D’ailleurs c’est ouvert .

Par quoi dois-je commencer ? Le vidéo scope enregistreur , à l’étage détient les vraies réponses . L’assassin a emprunté le couloir de la mort , sachant très bien qu’il serait reconnu . Je me précipite à l’étage , retire la cassette que je remplace vite fait par une bande vierge qui traîne . Effacement de preuves . C’est gravissime , anti déontologique , inadmissible pour un privé en renom , un privé de scrupules . Je suis un dissimulateur de vérité , un disséminateur de zizanie , un grand dissipateur de preuves par neuf . Je m’abomine , je me courberai sous l’opprobre et irai à confesse chez le père Dubambou . Ramasseur de miettes dans une brillante enquête , diligemment menée par un Polo méticuleux , je disparais pour donner le change , l’air penaud , chien pelé , chien battu mais content .

Jaja , au bureau , accueille le héros fatigué , oh ! combien . L’alcool , la honte , l’amour passager , me désagrège le moral et je me réfugie chez mon assistante adulée .

    - Un vrai klepto , tu ne peux pas te retenir . Où as-tu encore chippé cette cassette vidéo ? Tu récidives , gros malin .

    - Visionne , tu verras bien . Elle contient tout , l’avant , l’après , le pendant d’une bataille de la lourde .

    - Tu sais , je préfère les défilés de mode .

28..........

Sur l’écran , en première mouture , s’affiche l’heure exacte , des traces floues , car rien ne se passe , des zébrures hertziennes , des interférences scintillantes , du bruit de fond , des images vides . Puis enfin , là où on ne l’attendait plus , apparaît rousse , voyante , quémandeuse d’entrée , ma Rita en beauté , affublée de lunettes solaires , plus sure d’elle même que du reste , souriante , enjôleuse . Elle obtient l’ouverture , pousse la porte , entre et coince la fermeture , en laissant tomber un journal froissé . Jacotte pousse des petits cris de joie , se moque de mes fréquentations douteuses , dénonce ma naïveté congénitale , mon manque de flair . Elle glougloute , caquette , vocalise sa jalousie ,me traite enfin de satyre , de traîneur d’alcôve . Elle me soupçonne , c’est indéniable . Elle en oublie la vidéo . Moi je passe et repasse la bande . L’apparition a lieu à onze heures trente . Jamais ,Rita n’a voulu cacher ses beaux yeux vert tendre , derrière des carreaux Afflelou. Je plante là ma Jacotte en colère et je me précipite chez elle . J’entre en coup de vent , je me verse un double whiskys , et en bégayant je bafouille mon questionnaire .

    - A qui pensais-tu ce matin à onze heures trente ? Pour entrer dans le temple , passes-tu par les caves ?

    - Mon petit chat , tu as besoin de repos . Décompresse , décongestionne , tu tournes manège à dix mille tours , tu vas droit dans le talus .

Je m’assieds , me ressaisis , et m’enferme dans ma carapace , l’œil éteint , le regard morne , les mains coincées entre les jambes . Je relance ma boite à idées .

    - Viens t’asseoir près de moi . Que faisais-tu ce matin , à onze heures trente ? j’ai besoin de savoir .Nous visionnons ensemble     l’entrée suspecte sur la télé .

    - D’où vient cette bêtasse ? Je n’ai pourtant pas de sœur jumelle . Je comprends pourquoi tu m’espionnes , grand couillon . Alors tu as cru . A onze heure , chez Antoine je chauffais ma calebasse , dans un casque sèche bouclettes , pour me refaire une beauté , et tout ça pour plaire à un paltoquet , mal éduqué ,soupçonneux , hypocrite , bilieux , merdique , et déplumé en plus . Retourne chez ta mère ! Je ne veux plus t’aimer , raous ! du vent !

Elle se noie dans ses sanglots . La deuxième scène de ménage de la soirée m’assène le coup de grâce . Vous voyez , elles veulent ma mort .

29........

Je supplie Polo de pousser une enquête , sur le passé de Vannia la tueuse . Elle a fait ses études à la fac de Nanterre , et nantie d’une licence d’histoire , elle fréquenta ensuite , sans ambition aucune , les cours d’art comique du grand Charles Vasquoi .. .. Bonne fille ,elle n’a jamais perturbé l’ambiance familiale .

Jacotte a repris son sourire , rangé sa rancœur dans les oubliettes de son cœur apaisé . D’ailleurs une folle partie de bilboquet coquin l’ a remis en gaîté .

    - La guêpe a piqué une fois de plus . Elle sait se grimer comme au théâtre , en s’aidant de photos prises dans la rue .

    - Le pauvre Mélodius , a déclenché la porte croyant à la venue de Rita . Vannia a profité d’un moment d’extase , pour lui injecter le venin ravageur , restant dans la seringue , et a disparu par la même porte . Over dose !

En attendant , on peut rajouter un sacrifié au martyrologe de la secte maudite . La guêpe opère dans le quartier avec une audace peu commune . Elle me nargue et je me demande si Rita ne sera pas la prochaine victime . Polo , aidé par sa brigade volante , exhibe dans tout le quartier la photo de Vannia . Pourtant présumée dangereuse , les commerçants du coin ne l’ont jamais vue , et figent l’essentiel de leur vigilance , sur leur juteux tiroir caisse . Ils se moquent du policier et du gendarme , qui arrivent toujours après le braquage , pour importuner les honnêtes gens , avec leurs questions , leurs soupçons , et leur condescendance de fonctionnaires assermentés . Rangeons à part les privés , comme mézig qui usent de leur charme naturel au près des pauvres victimes , pour investiguer sans accrocs ou les faire accoucher sans douleur .

La péniche prend le large et jette ses amarres au quai Charenton , où les eaux de la Seine glissent glauques et s’agitent un peu folles . Phil Entrope a suivi en vélo , pinces à linge au falzar et attentif à tout . La surveillance s’installe en face , dans un house-boat de location garé sur l’autre berge . A la jumelle Phil peut suivre les faits et gestes de l’unique occupant . La deuxième nuit , les loupiotes s’éteignent . La fleur du Brésil reste là , habitée seulement par les rats . Sa quique d’évacuation ne pisse plus et une bâche en boule jetée sur le pont signale l’abandon . Il revient au commissariat , son voyage au long cours écourté .

Mais ce qui se passe aux catacombes Montparnasse n’a pas de nom . Les messes érotiques se succèdent à un rythme infernal . Le cinéma devient permanent . En matinée spectacles divers , chants paillards , danses lubriques sont présentés par les adeptes recrutés de longue date dans le milieu du show bisness et de la production télévisée . Les processions dans les couloirs du sous-sol , promènent tous ces tarés en nuisette , puis la messe célébrée par un gourou délégué , en fin de soirée , s’achève en orgie hystérique . Rita plus époustouflante que jamais m’ignore et parade parmi les initiés , cheveux roux lâchés , tombant jusqu’à la taille , le front ceint d’une couronne dentelée , que prolonge une traîne vaporeuse , ondulante , légère et ornée de petites diablesses et d’anges branlicoteurs .

30........

L’événement surgit juste après la distribution des pilules psychédéliques . L’assistance en extase biblique , tend les bras vers Rita , figée au centre du sanctuaire. Les prières fusent en des langues orientales inconnues . La transe gagne les plus fervents admirateurs , puis quatre athlètes nus , s’avancent et soulèvent délicatement la Rita rayonnante , au dessus de la foule recueillie , qui vient sans le savoir de baptiser la nouvelle ébahissante déesse Mélodia . Un chant doux , sirupeux , mélodique , enfle dans la crypte , et monte vers les voutes basses , accompagné de harpes , de cymbales et de binious bretons . Une annonce suit :

    - Selon le rite orthodoxe , les épousailles de la déesse Mélodia , seront solennellement célébrées demain dimanche ,avec le Dieu tout puissant Yomaha , architecte de l’univers , dispensateur de félicité , grand maître de l’enfer du troisième niveau .

Pendant une semaine je ne verrai plus ma petite fée Rita qui a prononcé mon exclusion définitive de la secte . Je suis banni , refusé, rejeté porte close . Mélodius coule des jours paisibles à la morgue de St Sulpice , où les découpeurs de nécropolice , étudient les effets du curaro-lasure sur les viscères et organes humains . Les services des stups s’intéressent de très près à cette nouvelle drogue .

Polo et moi nous pataugeons encore dans les suppositions , les paradoxes , les anti-thèses et les perplexités tenaces .

La ritaboulomanie me perturbe en profondeur . La déprime me transfantôme en ectoplasme psychique , en ombre chinoise de moi même . La vie m’apparaît désormais telle une vallée de larmes , sans amour , sans espoir . Je passe mes soirées seul dans le studio de Rita , triste et désemparé . La sixième nuit , endormi dans son lit à baldaquin gonflable , je rêve qu’une cigogne à plumes d’or vient me picorer le crâne et me dire de lui faire un enfant . Puis mon rêve se métamorphose doucement , chaudement et au comble du bonheur , je sais que Rita est enfin revenue dans ses draps , dans mes bras , dans ma vie .

    - Ma douce déesse rousse , je ne peux vivre sans tes caresses , tu es la reine de la secousse , et tu abuses de mes prouesses .

Je verse dans la poésie minable pour lui dire à quel point je ….........

 

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