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                                                              Episode 15

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Un doute me tisse une toile d’ araignée dans le creux leu leu du crâne et quelque chose me dit que tous les châteaux de la région sont remplis de suicidés ,de repentis , de volontaires pour le dernier voyage ou de gens qui gênent tonton et Max . Pourtant indécis au début , Polo consent à demander à la gendarmerie la visite dans un grand rayon de tous les châteaux du coin sans oublier celui de Puivert qui fut le rendez vous des troubadours et qui par son immense basse-cour nous rappelle les joutes et tournois des bouillants chevaliers . C’est en souvenir des troubadours du Pays d’Oc que furent sculptés huit chanteurs poètes dans l’immense salle des musiciens . C’est dans ce décor plutôt accueillant , que le jeune gendarme Duquon plus finaud que ses aînés , tombe enfin en arrêt devant une statue de gratteur de luth apparemment plus vraie que les autres .

Catalepsie et stupéfaction du militaire ! La nouvelle nous parvient vers six heures du soir . Sur le qui vive nous voilà partis pour aller compter ceux qui s’acharnent à mourir . Celui là n’est pas mort en sinistre compagnie . Huit musiciens de pierre l’accompagnent silencieusement . Il est ficelé sur une haute colonne de marbre blanc , au flanc de la salle voûtée , la main sur le cœur . En levant le petit doigt , Polo d’un geste délicat déplace la main crispée et découvre ainsi une petite tache rouge auréolée , preuve que le suicidé a été trucidé , vite fait sans anesthésie . En voilà un qui ne chantera plus . Quoique maintenu debout par une cordelette passant sous ses aisselles , il pendouille lamentablement accroché , ramolli , pitoyable , incapable d’achever sa chanson de geste.

La nuit nous surprend dans ce craque-misère et nous décidons de rentrer à Carcassonne . La gendarmerie mènera l’enquête . Demain il fera jour sauf pour Max le Belge qui fait ainsi le treizième mort sur la liste des témoins gênants . Interpol a rencardé les gendarmes qui ont transmis le curriculum complet du personnage à Polo . C’est lui cette fois qui s’est fait nettoyer par plus grossier que lui . J’ai mon idée et une fois encore je laisse à Polo le plaisir de la découverte . Tonton Delanoix à mon avis a bien fait le ménage . Il peut quitter l’abattoir sans soucis, car rien dans l’enquête ne révèle pour le moment sa présence en ces lieux .

Jamais une enquête n’a été aussi décevante pour l’as du SSSS, aidé pourtant par de valeureux gendarmes futés qui trouvent , dénouent les énigmes les plus merdiques et décrochent les pendus . Bêtes et disciplinés , ce n’est pas moi qui le dis mais la rumeur ils ont prolongé leur mission , en profitent pour visiter gratuitement tous les châteaux de la région , sur la route qui va de Pau à Carcassonne , de là au Pyrénées et d’ici à plus loin .

Ce n’est pas une première . Ce genre théâtral du suicide collectif nocturne a été maintes fois mis en scène par des sectes connues et respectées . Cette fois ci on peut dire que le réalisateur a fait son apprentissage cinématographique à Hollywood , que le décor médiéval , gratuit , grandiose , en un mot génial est celui d’un professionnel de la pellicule et qu’il a opéré la nuit sans projecteurs , sans caméra , au candélabre et j’oubliais sans pitié . Il a même pour la fraise sur le gâteau , flingué son assistant de production en fin de parcours . Dans le dernier épisode de la série une dispute inopinée a tourné au vinaigre . Et voilà le principal témoin de ses coupables activités effacé des listes de tonton Delanoix .

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    - Polo , que penses-tu de tout ce big-mic-mac ?

    - N’en pense pas plus , n’en pense pas moins .

    - Eh ! Ducon donne moi ton opinion et je t’indiquerais peut être une bonne piste . _ Toi tu sais quelque chose que j’ai peut être deviné .

    - Ecoute , chère loque , il te faudrait interroger Marcello Pardini avant son procès . Il a des choses à t’apprendre sur Delanoix , celui que tu as laissé filer dernièrement.

    - C’est lui l’âme damnée de tout ce cirque cathare . J’en avais l’intuition .

    - Je t’ai un peu aidé , non ! Alors , je te propose un marché : tu abandonnes les accusations concernant Gérôme et en échange je grimpe avec lui à Anvers pour interroger Martha Pardini . En lui portant des oranges il saura la pousser aux confidences , crois-moi .

Il est certain que Polo n’a pas compris tous les pourquoi . Le petit , avant de quitter Paris avait été entraîné par Martha de passage chez le tonton et n’avait pas hésité à la suivre complètement subjugué , amoureux fou pour la première fois de sa vie. L’épouse Delanoix me chargea par la suite de rechercher le fugueur , faisant ainsi la première grande bourde . Depuis Tonton a brûlé son disjoncteur et va sûrement disparaître pendant un temps . Une longue traque s’annonce . Si je me trompe vous pourrez toujours attendre la fin du récit pour me chicoter virtuellement le bout des doigts comme jadis à l’école . Attendez l’hallali ! Le vieux cerf se cache au fond des bois ! Nous allons le débusquer , ce cornu .

De retour à Paris je fais le point avec Jaja qui m’a rappelé soudain un détail perdu dans ses archives obscures . Rita , lorsqu’elle bossait pour Mélodius , avait bien déniché dans la sainte bibliothèque du sentier la liste complète des temples de la secte , de Paris à Moscou , de Dunkerque à Monrovia , de ficelle en aiguille , et par monts et par vaux , tant qu’à tanguer à la fin tu te casses …… Excuse le dérapage ! Quand je reprends mon récit au retour des vacances de neige , c’est au milieu de la phrase que l’accident a lieu et je panique , j’escarbelle , je bavafouille , je disportionne et j’encalamine ma plume un tant soit peu rouillée , souillée , mouillée . Ca y est ! ouf ! Cependant , néanmoins et si ce n’est , le choix sera cornélien . Par où commencer ? J’oublie souvent que ma Jacotte , intuitive pour deux , solutionne pour quatre et conclue puissance dix .

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    - Genève , capitale du secret bancaire qui blanchit les cagnottes frauduleuses , protège la corruption , encourage l’évasion fiscale , et ben voilà où se cache tonton Delanoix .

Jaja , une fois de plus a parlé vrai .

    - On dirait que tu en veux spécialement aux maffieux russes , aux barons des cartels , aux seigneurs des congrégations chinoises et aux gourous . N’oublie pas que nous roulons nous aussi sur un compte numéroté .

Depuis 1934 cette loi du secret bancaire a plus rapporté que la vente des coucous-pendules, du chocolat Nestlé ou des petits-suisses Vous me suivez ! ce pays neutre et minuscule s’est enrichi sur le malheur des autres . Les droits de l’homme et la faim dans le monde , il s’en tape et aurait dans ses coffres quelque chose comme trois mille milliards de dollars . Et si on allait fouiller un peu par là .

La famille Pardini éliminée , le local de Sienne a réouvert ses portes et le curé Jean Vitus Baldachini  cousin germain de Carla a racheté le tout pour y installer une imprimerie de livres de messe , de bibles en couleur , de catéchismes et de missels destinés aux enfants bien élevés de l’ aristocratie italienne . Encore une chance pour nous ! En aidant son pieux cousin curé Carla a pu récupérer certains papiers délaissés par les anciens occupants , à la barbiche du saint homme qui habite pour un temps l’hôtel particulier de Montefrolo . Une comtesse , un abbé, quoi de plus normal , quoi de plus moral ?

On a tendance à croire que les fripouilles , les truands ,les tueurs sont des êtres intelligents , précautionneux lorsqu’il s’agit de préserver leurs arrières .Détrompez vous , ces sacrées canailles en général laissent traîner des indices compromettants et oublient sciemment des petits détails de rien qui risquent de perdre surtout leurs complices ou leurs chefs . Rivalités , blessures d’amour propre,  jalousies de femmes expliquent peut être ces petites lâchetés . Tant et si bien que Carla a pu glaner une adresse en Suisse qui vaut de l’or américain , un authentique numéro de téléphone à Genève . Au dernier jour de la secte ont été délaissées les poubelles , des fringues aux poches profondes , des marques de cigares , des pubs de boites à la mode .

Chaque fois qu’une enquête s’achève Jaja n’oublie jamais de ranger les archives ou présenter des notes de frais exorbitantes à nos chers clients . Jaja championne du tiroir caisse a la manie du bas de laine car ses parents étaient vignerons dans une pacoule reculée des Corbières . Elle sait pourtant que nous sommes riches à faire des jaloux , à boire du champagne tous les jours au petit déjeuner , à rouler sur jantes spéciale et pneus Michelin renforcés nylon . Et quoi encore ? Tu m’imagines , reprenant le collier avec un smic pour horizon mensuel , une préretraite pour avenir et une camionnette pourrie pour la bougeote en ville . C’est impensable ! Et c’est pourquoi Jaja n’oubliera jamais de réclamer encore et encore . Epousez donc une fille comme elle et la maison de la cuisine au grenier sera bien tenue .

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Présentement , je pars avec Rita dans mes bagages pour visiter Genève . Je ne te dirai pas tout sur nos amours et nos ripailles . Tu connais ça . Ce n’est pas toujours racontable et c’est de sa faute à elle . A l’arrivée à part les canards qui se mouillent à longueur d’hiver la plume au cul dans les tourbillons du lac , tout le monde courait sur les berges pour se mettre à l’abri de la bise noire , ce vent hyper glacé qui vous gélifie la nuque et le reste , qui vous pousse enfin à acheter à la hâte une casquette en laine digne des bateliers de la Volga . L’hôtel Rich nous accueille , ouf ! Attendons des jours meilleurs .

Nous attendrons dans notre suite ou aux bars et salons de l’hôtel trente six étoiles , vieux style , uniquement fréquenté par des étrangers de passage pour affaires évidemment , des congressistes , des tripatouilleurs financiers , des courtiers en diamants , des spéculateurs fonciers , des promoteurs internationaux , des diplomates arabes ou africains , des dictateurs en cavale . Là , tu as le choix des conversations , le meilleur champagne , droit au caviar de la Caspienne super polluée , et si l’un de ceux là veut une fille légère et court vêtue , il peut sonner et obtiendra aux enchères et en heure tardive une mousso métis , une geisha bridée , une bohémienne aux cheveux sombres ou une arienne blanchâtre aux yeux clairs et blonde . Mes moyens permettent le séjour mais je ne me sens aucune affinité pour ce monde là qui parade et me fait gerber . Rita par contre fait son effet sans le vouloir dans ce décor luxueux . Elle m’étonnera toujours , elle attire , elle flamboie et laisse sur son passage une traînée d’ émotions cachées . Les hommes admirent muets , les femmes l’envient . Moi et moi et moi , je joue la discrétion , bon chic bon genre , pour dissimuler ma dégaine maladivement policière .

Impensable que Jaja ne se souvienne à tout moment que j’existe loin d’elle quelque part . Elle bigophone chaque jour et cette fois ci elle nous rappelle une adresse précise qu’elle a pu dégoter dans des annuaires informatiques sur le net . Dans la rue Jules Clément , en plein quartier protestant de Genève elle nous révèle l’ enseigne d’un artisan fondeur qui confectionne des médailles , des sceaux , des blasons en or massif . Sortent de son atelier de véritables petits chef-d’œuvres . Dans les papiers récupérés par Carla aux archives oubliées du temple siennois , Jaja fouille merde a retrouvé une facture , partiellement brûlée , portant encore le numéro de téléphone de l’artisan .

Il s’agissait aux temps des vaches grasses d’un achat de dix médailles en or , aussi grosses que des soucoupes , commandées par le Grand Maître du Sentier . En tant qu’expert collectionneur au service de la secte , sous le nom de Godelshmit David , je me présente un matin à l’échoppe et je demande le sieur Giacomo sans lequel ne peuvent naître ces petites merveilles . Il est bien là dans l’arrière boutique devant son fourneau , rougeoyant lui aussi . On me prie d’ attendre la fin de l’opération délicate et j’assiste ainsi à la coulée dans un moule réfractaire, recouvert aussitôt plein , d’une lourde forme métallique gravée , qu’un levier permet de mettre en place . Enfin Giacomo se frotte les mains , essuie la sueur de son front et s’aperçoit de ma présence .

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    - Vous venez d’ assister monsieur l’expert , à la naissance d’une médaille unique coulée selon une technique ancienne abandonnée depuis la Renaissance . Je suis le seul artisan au monde à les confectionner ainsi . Elles sont donc rares .

    - Et très chères ! Une de vos œuvres , a été créée dans vos ateliers pour le Grand Maître Menefrego di Cambio . Celui ci l’a épinglée sur la noble dépouille du comte Montefrolo de Sienne qui l’a malencontreusement emportée dans sa tombe . Nous désirons offrir en souvenir , à la comtesse Carla , une réplique de cette médaille . Est-ce possible ?

    - Tout est possible pour les gens de votre qualité . A qui dois-je confier l’objet  qui je pense sera prêt vendredi 13 dès midi ?

    - C’est simple ! A la même adresse que les précédentes commandes .

    - C’est noté . Au plaisir Monsieur Godelshmit .

J’ai remarqué au passage que deux portes et un sas protègent l’antre de l’alchimiste. L’adresse des précédentes , c’est justement ce que je voudrais découvrir . Giacomo n’a pas rechigné pour la livraison . Je parie ma chemise en coton confection , prête à porter signée Cardin que le point de chute en question se situe dans cet austère quartier des croyants réformés . Pour bien faire il faudra surveiller et suivre la livraison vendredi après-midi . Suspense , attente fébrile , et dubitatif cogito suspicium !

Vendredi est venu avec son lot d’embrouilles . Le piège a fonctionné mais l’envoyé spécial , comme prévu rebrousse chemin avec son avis de livraison refusé . Un privé minable , nommé Piquemolle , suisse jusqu’au bout des doigts , l’a bien reçu dans son bureau étroit , mais a refusé la commande car il n’a pas procuration pour assurer la transaction . . On va pouvoir s’entendre . Je pousse la porte . Rita me suit . Je m’installe sur une chaise bancale et je lui offre une cigarette . Refus ! L’homme enroué tousse , pousse une épaisse paperasse sur son bureau crasseux , s’avachit pour mieux m’observer par en dessous , et desserre ses dents pourries . Je lui demande un tuyau sérieux bien payé et le proposition semble lui convenir .

    - Je vous charge , si vous acceptez , de retrouver toutes les adresses successives à Genève ou sur les bords du lac , de la secte du sentier depuis 1995 .

    - C’est faisable mais une telle enquête demande réflexion , beaucoup de frais et présente en outre un réel danger . Ces gens là ne plaisantent jamais .

Pourtant je devine qu’il sait déjà .

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    - Cette avance vous convient-elle ?

Je lui tends un chèque qu’il escamote sans le regarder vraiment mais son œil torve a vite compté les nombreux zéros alignés . Depuis fort longtemps il n’en avait plus vus d’aussi gros de si près . Avant de le quitter je lui donne rendez-vous au bar des Cygnes sur les berges du Rhône mardi prochain . Je pense tout à coup à Giacomo qui va se l’accrocher au cul , sa médaille . Rita perplexe , me demande où je vais ainsi .

    - Je vais à la pêche aux moules moules molles. Il en sortira bien quelque chose . De toute façon nous n’ avons pas le choix .

    - J’ai l’impression que ton collègue a déjà la réponse prête . Il n’a pas hésité en acceptant ce job .

J’ai trimbalé Rita , autour du lac . Lausanne , centre d’affaires et de congrès , Evian eau minérale et casinos , Thonon boutiques , Ivoire village médiéval couronné d’un imposant château , retour enfin à Genève . Une journée pleine à flâner au soleil cette fois-ci et sans la bise noire , avec à l’horizon le Mont Blanc , toujours visible majestueux et lointain . Le rendez-vous au Bar des Cygnes a marqué la semaine . Je la tiens mon adresse . A Iverdon sur les bords du lac de Neuchâtel , Piquemolle avait adressé le résultat d’une enquête et cela remonte à cinq ans , à une certaine Monique Delanoix , antiquaire spécialisée dans la récupération du mobilier des demeures riches du siècle passé que les héritiers ne peuvent plus entretenir . Cachée dans son bric à brac de luxe, elle a tissé sa toile sur la région et guette telle une araignée ventrue et venimeuse ses victimes désargentées. On a tourné et viré dans toute la ville et fait tilt sur la fameuse boutique car la rue avait été débaptisée récemment. La Monique porte chignon , est aussi vieux-jeu que sa marchandise et accompagne mollement Rita qui farfouille dans son cafouche . Moi sur le trottoir je feins de m’impatienter en tournant le dos à la vitrine, mais j’ai repéré à droite du magasin le porche d’un immeuble de grand standing où j’ai pu lire la liste des proprios, entre autres Delanoix Monique et Pardini Martha . La première est la demi-sœur de tonton et l’autre, vous le savez bien fréquente assidûment la royale prison belge .

L’étau se resserre ! Il nous reste à vérifier si Tonton se cache dans cet appartement . En attendant deux Pizzas ont été livrées à onze heures chez les Delanoix . Si tu n’es pas trop branque , tu as pigé toi qui m’a lu jusqu’ici . Je n’ai pas besoin de te faire une esquisse . Tu me suis ! Le Meussieur est bien là et doit sortir la nuit , emmitouflé , craintif , pour promener toutou , lui interdire la crotte sur la chaussée car en Suisse même les chiens de compagnie sont civilisés . C’est un pays heureux où , dans les caniveaux le cacacanin fait désordre. Tout le reste est permis surtout lorsque qu’il s’agit d’or, de platine ou d’argent. A nous de guetter la sortie furtive du tonton macoute.

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Dans Iverdon , petite ville sympa avec son casino fermé , ses vastes places boisées au bord du lac , les faits divers sont rares et Tonton vit là caché pour échapper à la police gauloise . Il ne sait pas ce salopard, que nous sommes à ses trousses et que j’ai fait appel à Polo qui projette de l’enlever à la barbe de ses collègues étrangers, histoire d’éviter les trop longues procédures d’extradition .

    - Dis moi commissaire , te rends-tu compte de l’énormité de ton projet ?

    - Tu me connais , je suis aussi têtu que la vielle mule de Pie douze . Je ferrai ce que j’ai décidé , et que tu feras avec moi .

    - Et tu finiras ta retraite dans les prisons de la République pour le rapt en bande organisée , d’un honorable protestant helvétique .

    - Va te chier le pantalon , grande asperge , coulot de Bab el Oued , vermifuge de ventre mou , trembloteur de vache molle , et puis merde !

    - Oh ! l’ami pourquoi t’énerver ? Je balise ton idée de l’enlèvement . Ainsi tu en sais tous les risques . Je suis comme vingt culs et je galèrerai avec toi .

Convaincu , d’accord , mais inquiet . En fouinant dans cette rue , j’ai repéré l’entrée d’un parking souterrain qui boyaute dans un immeuble de bon standing , bon fric , bon genre , peu habité , non loin de la boutique . Là nous attendrons la nuit prochaine pour escamoter le grand gourou du Sentier qui effectivement promène chaque soir, au bout d’une laisse son chien-chien renifleur . Dix coups à l’horloge de l’hôtel de ville nous annoncent l’heure de la promenade nocturne du tonton bourgeois . A son passage une rapide bousculade libère le chiot et l’entrée du parking nous avale vite dit, vite fait. Coincée dans ma Merco garée au plus profond, dans la zone d’ombre, Rita d’un coup de seringue bien ajusté , ramollit pour quelques heures notre invité. Le dosage du merdico-lasure injecté va le maintenir apparemment éveillé , mais à l’état de légume inoffensif . Il peut marcher, se laisser guider, dire peu de chose en une seule fois et sourire aux anges en cas de rencontre douanière.

Pour passer de Suisse en France deux solutions s’offrent aux fraudeurs : traverser le lac à la nage d’une rive à l’autre , ou tout simplement quitter Genève pour aller visiter Ferney-Voltaire dont chacun en France a entendu parler . Alors , le poste de douane ne sert pas à grand chose et vous passez en faisant un petit signe d’amitié aux douaniers qui peuvent quand ça les démange , visiter le coffre de votre véhicule pour s’assurer qu’un tic-tac suspect n’est autre qu’un coucou et non une bombe à retardement . Nous sommes passés dans ma Merco sans emmerde car , ici les gabelous en général , respectent les fortes cylindrées et le touriste friqué . Je roule vers Paris en emportant dans mes bagages un Polo rayonnant, la Rita pressée de regagner la capitale et ses plaisirs, et le légume qui n’a pas l’air de vouloir se délier les méninges . Sa grosse tête brinqueballe de travers dans les tournants serrés et Polo à coté lui distribue des baffes pour qu’il aille s’appuyer ailleurs.

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A six du mat , la jauge d’essence est au plus bas . Je stoppe en dérapage chez Total pour refaire le plein . C’est le moment pour Rita d’un petit pissou longtemps retenu et d’un achat de pains au chocolat. Et puis l’envie d’un café chaud pour tous nous vient en même temps. Cependant le légume resté à bord dort comme un bébé phoque repu, attaché par les menottes à la poignée de la porte arrière.

Répondant à la question posée par Rita qui me demande si j’ai bien retiré les clés de la Merco , je me tâte les poches , j’hésite , je merdoie , et bondis au dehors pour à peine apercevoir le cul rouge de mon bahut qui se tire au loin . Il m’est arrivé maintes fois de tâter l’enflure de ma connerie ; Là vraiment je m’assois sur le bord du trottoir , le cul au sol , et je me dis que j’ai mérité aujourd’hui un oscar pour mon dernier scénario intitulé « Ciao, cours moi après ! ». Lorsque Polo apparaît un cyclone d’imprécations se déchaîne ; Suivent des souhaits de sodomie violente , une comparaison audacieuse avec les rats d’égout , les cancrelats , le bouc cornu et l’hyène puante . Il est assis à coté de moi sur le trottoir la tête dans les mains et pendant que je peste contre moi même, il pleure.

    - Ma carrière foutue . Je tenais là , l’arrestation du siècle ; tu te rends compte ; tu me les coupes à ras pour les jeter aux chiens . Oh  l’enculé !

    - Pleure , ça te soulagera . Tu peux demander ta mutation à la brigade du vol à la tire . Voyez , je retrouve toujours mon besoin de persifler .

    - Rita , as-tu gardé ton portable ?

Je crois qu’il vaut mieux téléphoner à la compagnie de gendarmerie . Il y a de fortes chances pour qu’ils arrêtent les voleurs basanés sur la route de Louviers . Ont bien étés aperçus par le pompiste deux jeunes arabes en blouson de cuir et santiags , en faction devant la station feignant d’attendre le car , les mains dans les poches et le regard en dessous . Nos grands hommes politiques lorsqu’ ils veulent bien nous parler de l’insécurité appelle ça la petite délinquance , si petite à leurs yeux qui voient loin , que cela ne mérite pas la prison . D’ailleurs elles sont si confortables et si pleines qu’il est impossible de faire pour , de faire mieux .

Il ne nous reste plus qu’à attendre , qu’ à se taire pour ne pas se gâter le sang ou se fâcher. Mais Polo remet ça.

    - La cécité si je mens . Tu est le plus lamentable privé que je connaisse , privé de tout, d’amitié, de compassion, d’intelligence, privé de couilles .

    - Calme toi Polo , on va le récupérer ton gourou baladeur . Loue une voiture et rentre à Paris. Je me charge du reste avec Rita .

Ainsi dit , aussitôt fait . Je me ressaisis tout seul . Pendant que je réfléchis une main se pose sur mon épaule.

    - Je vous emmène à la gendarmerie de Louviers ? Mon employé tiendra la caisse qui ne risque rien à cette heure-ci car elle est encore vide .

    - Merci ! Je vous revaudrai ça ! J’atterris chez les cognes en pleine action . Il ont déjà dressé un barrage routier plus loin et sont sur le point d’arrêter les fuyards . Une heure passe , rien ! Les voilà de retour penauds , désabusés et pourtant il n’y a qu’une route traversant la région . Mais le plus ancien des trois qui semble bien connaître les environs , parle de la piste de terre qui mène au couvent où vivent en communauté , quatre curés de choc , qui s’éparpillent chaque dimanche dans les villages pour célébrer la messe , accompagner les morts , baptiser les nouveaux nés et confesser les vieilles taupes de sacristie qui ont très peur d’arriver l’âme souillée au paradis des mégères . Allons y !

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Je me demande si le jeune gendarme désigné pour nous y conduire se rend compte du danger . Je l’avertis à temps car souvent l’insouciance de son âge fait des victimes . C’est pourtant lui qui le premier aperçoit ma Merco garée derrière un fourré . Mille précautions d’ approche s’avèrent inutiles . La voiture volée est bien là , mais gourou a disparu . La poignée pourtant solide a été démolie à l’aide du cric , jeté non loin de là . L’oiseau s’est envolé emportant ses menottes . Où sont-ils passés , ces trois macaques  du diable ? Je reprend mon volant en remerciant la maréchaussée . Nous voilà devant la porte du monastère campagnard . Un moine en robe surgit d’un petit réduit adjacent et nous accueille froidement prétendant que le couvent ne s’ouvre qu’ aux déshérités , aux clodos , aux malades et pour bien faire aux sans papiers . Notre dégaine franchement bourgeoise nous en interdit l’accès . Il est temps de sévir . J’alpague le trop bon moine par le col crasseux de son habit et je lui crie entre les deux oreilles qu’il vient de faire rentrer un dangereux malfaiteur mécréant de surcroît , dans son havre de paix . Ca fait tilt ! Dans l’état ou se trouve le tonton Delanoix , j’ai tout de suite pensé qu’il ne pouvait se cacher qu’ici . Il a demandé asile et vu son désarroi , les âmes charitables lui ont offert une hospitalité expéditive. A cause de ses menottes aux poings les moinillons lui ont donné à boire et proposé la liberté. Ce qu’ils ne savent pas c’est que seule Rita peut lui réamorcer une vie normale d’un léger picoti de seringue. Il erre probablement sur la lande et une compagnie entière de gendarmes et de chiens sera peut être capable de le retrouver sain et sauf.

Chose faite ! Hier j’ai livré le paquet bien enrubanné à Polo qui m’a embrassé sur le front . Il va pavoiser une fois encore et indisposer sa hiérarchie qui n’aime pas , mais pas du tout les déploiements de gendarmes et la mise en cabane des hommes de religion car il existe des lois en béton qui protègent les croyances , même les plus farfelues . Au fur et à mesure que le dossier de l’instruction avance  Polo découvre un vrai cactus qui va donner des démangeaisons en haut lieu . Il ne s’attendait pas du tout à trouver des listes de clients pédophiles aussi compromettantes pour des personnages connus et respectés , dans les pages cachées de tonton Delanoix . Que faire de tout ce déballage . Sachant que Polo se montre en général très scrupuleux dans la préparation de ses dossiers , le juge d’instruction et même le procureur ont demandé l’avis de leur haute hiérarchie . Pigeon vole ! torchon brûle ! Ils ont trouvé la parade ces grands commis de l’état . Bien que Polo ne sache pas trop si c’est du lard ou du cochon salé , il a demandé un temps de réflexion lorsque la promesse d’une promotion inespérée lui a été proposée en échange de son silence . Les listes en question sont allées se perdre dans un coffre fort , on ne sais où , et notre ami nommé directeur à la préfecture de police , se sent depuis dans la peau du grand Fouché .

Il va me manquer . Devenu homme de grande décision et de bureau , je ne pourrai lui rendre visite sans remplir un formulaire à l’entrée . Me voilà privé d’un partenaire irremplaçable . Les mois ont passé . Au début il venait souvent me dire bonjour à l’agence , loucher un peu sur les rondeurs provocantes de Jaja qui ne peut pas retenir son fou rire lorsqu’il paraît . Puis les visites se sont espacées et je pense de plus en plus à délocaliser . Dans le midi les cocus sont légion , et j’exercerais mes talents pour des filatures minables .

Avec Rita , Polo , Jaja , Nadia , Vassi et Fatou j’ai connu les frissons de l’aventure . Excuse moi si je te plante là, lectrice assidue; je suis fatigué , mais fatigué de courir le monde après je ne sais quoi , de raconter mes tribulations policières, mon exaspération , mon exagération, mes tergiversations ….. Ciao ! ………………

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Fin

 

Mon histoire se mord la queue . Me voilà redevenu le privé des cocus . C’est la fin  mais l’envie d’ écrire demeure forte . La dernière page me sera destinée . Pourquoi pas ? Je me fais un e. mail égoïste , un post scriptum perso , une missive aller retour pour ma pomme , pour moi et moi et moi . Tel un message de la BBC gaulliste pendant la der des der « Ici Londres , un français parle à un français » . C’est court mais ça en dit long . Je brûle de me raconter à moi même . Et puis il semble que ce genre littéraire n’ait jamais vu le jour . Quand une idée géniale comme celle là surgit dans le vide ordure culturel largement entretenu par la télé nationale ou privée, il est naturel de se faire apprécier seulement par ceux qui ne lisent jamais ou par soi même . . Où vais-je ainsi? D’inepties en vaines bavasses , d’avance je sens que je suis en train de perdre le fil de mon vaseux discours . S’adresser à soi même , en voilà une idée ! Pourtant certains prétendent que se serait la preuve indiscutable d’une intense vie intérieure . Alors inspiré par je ne sais quelle muse inconnue, agaçante et perverse, je continue d’écrire quelques lignes pour m’ affirmer que je pense, donc je suis. Tiens tiens, une réminiscence ! Mes nounous anglaises , je m’en rappelle m’on seriné Shakespeare . Je me dis qu’il vaut mieux sinon me taire , à coup sur en dire peu et écrire beaucoup aujourd’hui pour me relire demain. Quand le poète ou le musicien prétend oeuvriller pour les autres , je nie farouchement . L’un versifie pour son plaisir, l’autre pianote pour son émoi . Le public payant claque des mains , s’en fou et puis s’ en va .

Enfin , enfin je me défile , je m’escamote , je me dis oui ; je me crie non, ma plume est sèche, je tire la chasse, ma langue est rêche, je pars à chute, je pars ailleurs, c’est par ici …..Ouuuuf !

 

 

 

Si dans cette histoire un fou se reconnaît , qu’il vienne me le dire entre quatre z’yieux . C’est une pure fiction, si pure que je me demande encore où je suis allé chercher ce cacafouilleux récit. J’écris ce dernier chapitre pour me mettre à l’abri des mauvais coucheurs, des pisse froid, des enquiquineurs souffreteux qui râlent à tout propos, et me liront en diagonale .