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                                                                    Episode 14

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Il y viendra , et pour confondre le napolitain il faudrait à son retour le suivre jusqu’au seuil du vieux château et le coincer dans la crypte pendant les fêtes de Pâques , au pain sec , sans eau , et après lui avoir confisqué ses habits du dimanche . De quoi lui faire attraper une grippe des sous-sols , lui faire vivre à mourir un vrai calvaire chrétien , dans l’obscurité , et l’air empesté de la crypte . Méthodes nazis , me direz-vous ? Avec les salauds pas de pantoufles , on y va à grands coups de bottes ! Tu vois ma jolie , à fréquenter les criminels on devient comme eux . L’envie forte te pousse d’ abord , mais il faut savoir freiner ; alors feu vert au début , rouge-stop avant le dernier soubresaut de la bête . C’est délicat mais franchement efficace ! Voilà ce qui attend notre insouciant Marcello qui ne sait pas qu’on sait , qui ne sait pas qui c’est , et qui va se heurter à plus malin que lui . Je boucherai le trou la truelle à la main et pour les échanges une petite lucarne à hauteur de nez invitera tôt ou tard notre pénitent à aller à confesse .

La nasse a bien fonctionné . La crypte a avalé le monstre . Ils sont venus , ils sont tous là , Marcello , Gérôme , et Célestin le chauffeur guetteur capable d’occire vite fait tout promeneur indiscret . C’est jour de pluie , les curieux seront rares , et j’ai commencé avec Constantin à emmurer le napolitain et son esclave en slip . Il faudra laisser fermenter le bouillon pendant quelques jours . Nous feintons un retrait . Ils vont se croire seuls , abandonnés par les hommes et par dieux . Tiens , ils l’avaient oublié celui là . Les prières , de celles qu’on apprend dans son enfance , leur reviendront en mémoire . Le signe de croix , en Italie surtout , lessive l’âme plus blanc que neige . Ca donne à réfléchir de se retrouver du mauvais coté des victimes .

Gérôme ne comprend pas trop ce qui se passe autour de lui . On l’a mis de coté bâillonné , sanglé dans la Clio de Constantin . Est-il vraiment coupable ? Les juges rond de cuir jugeront rondement avec indulgence pour l’âge mais avec fermeté pour les délits . A priori Gérôme n’est pas un criminel , mais aurait pu le devenir . C’est ça la bonne éducation dans ce milieu . Constantin fulmine et crie dans le trou avant de partir.

     - Oh ! le rital , tu parles ou on te laisse . Notre travail ici prend fin . On est payé pour retrouver Gérôme . Le reste on s’en fou . Nous reviendrons peut être t’entendre Samedi Saint , pour ta résurrection . Prépare tes aveux , ou tu auras droit à un requiem , pas celui de Mozart mais plutôt celui des crapules .

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A tour de rôle nous veillerons sur la planque .Une petite auberge du village , nous permettra de patienter quelques jours en simples touristes . Nous visiterons la ferme d’ élevage des bisons d’Amérique , des musées de province , et des tables d’ hôte qui nous feront connaître l’âme de ce pays séduisant . La bouffe des campagnes , c’est le révélateur. C’est dans l’assiette que l’intimité d’un peuple se montre à nu , la bière aidant . La Belgique offre en outre à ses délinquants des prisons modèles , de vrais palaces trois étoiles avec télévision couleur . Pour le moment le beau Marcello en slip mûrit doucement à l’ombre et sera bientôt près à dégoiser , à trahir tout le petit monde grouillant de son juteux trafic . Pas besoin de lui marteler la tête à coup de bottin , comme cela se fait seulement dans les séries policières et les polars . Il suffit ici de patience et de longueur de temps , de visites de plus en plus espacées pour délier les langues , pour faire craquer ceux qui s’acharnent à respecter l’omerta bien connue . Au bout d’une semaine , Marcello ressemble au comte de Montecristo frais sorti de son sac et la lourde bâtisse a pris l’air sinistre du Château d’If . Il va parler , c’est sur et après on lui offrira une civière et un court séjour au Samu pour le remettre en forme .

Une vraie cellule bien douillette l’attend avec mobilier de moine trappiste et peine incompressible . Les assises pour les meurtres d’enfants ça ne pardonne pas .

Je vous l’avais bien dit . Tout en vrac il avoue raconte , en rajoute , compromet tous ses complices , ses clients , son épouse , son chauffeur et son chien . Son trafic s’étend dans l’Europe entière , telle une hydre à plusieurs têtes .

Le commissaire Lordurhin avec sa tronche de fausse couche surgit de tous les cotés , et on dit de lui qu’il ne badine pas avec la loi . Ce sont les paysans du coin qui ne comprennent pas ce qui se passe au château . Sur la grande esplanade , devant ce qui reste d’un perron flanqué de deux lions de pierre , se bousculent les journaleux , les inspecteurs , l’équipe scientifique , les gendarmes en tenue , le juge d’instruction qui ne sait pas encore par où commencer . Avant leur arrivée , en compagnie du policier Constantin a réouvert la brèche , et passé le pantalon , la chemise et les menottes à Marcello , pas rasé depuis huit jours et pleurant sa misère . Le chauffeur Célestin à moitié mort de soif réclame une bière qui ne vient toujours pas . Gérôme en secret a été confié momentanément à Jaja qui restée en ville , se remet doucement de ses dernières secousses . Le commissaire a fermé les yeux et préféré le soustraire à l’enquête . …….. Dans les housses refermées , quatre corps d’ enfants martyrs . … C’est l’écœurement général ! La caravane repart laissant sur place les villageois abasourdis , qui commenteront pendant longtemps l’événement à leur manière .

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Mais toutes les révélations de l’assassin qui concerne le réseau pédophile français n’ont pas été restituées aux policiers locaux , car Polo est jaloux du succès de son collègue belge et tient à retirer quelques marrons du feu à son retour à Paris . Il compte bien utiliser à son profit tout ce qu’il sait . Un dernier épisode dans la capitale nous attend et nous quittons enfin le plat pays avec soulagement . Pendant le retour Gérôme insouciant , raconte dans le détail ses voyages , regrette Madame la directrice , qui lui a donné plus qu’il ne demandait .

    - Vous allez la condamner , Martha ? Tu sais Constantin , elle est belle . Je ne savais rien avant elle .Douce , parfumée , toujours à quatre pattes sur son lit , je l’ai baisé super bien , à la queue leu leu , en lui tenant les fesses bien écartées . Et ses petits cris , ses soupirs ,oh là là ! qu’elle musique !

    - Dis petit , tu fantasmes après coup , tu n’as pas honte Galapias . Tu ne vas pas raconter tout cela à ton oncle chéri .

    - Celui-là c’est un tordu . Il a toujours essayé mais , bernique ! je suis parti à temps . Tu dis que je fantasme , oui d’accord , mais à l’endroit . S’il remet ça encore je le défonce . Et puis je vous révèlerai certaines choses que j’ai gardées longtemps pour moi . Le tonton croyez moi , c’est une saleté à cueillir dans un papier-chiotte .

Gérôme , on va te ramener à ton oncle mais on a besoin de toi pour continuer le nettoyage . Promets de ne rien dire à quiconque . C’est dangereux pour toi . OK !

Pendant le voyage du retour on croyait que Polo et Jaja seraient dans la même voiture . Et bien non ! Jaja est renfrognée , assise derrière Rita , dans ma tire , toute seule . Que s’est-il passé ? Elle ne nous le dira pas . Polo revenu seul à Paris , a disparu pendant une semaine entière . C’est un malheureux né . Quant à Jaja il nous l’a gâchée , elle qui aime tant la rigolade ,l’aventure , les copains et la baise improvisée . Il va reparaître , mais on sais pourquoi . Devinez mes louloutes . Il a toujours besoin d’un plus petit que lui  . Pour entretenir ses amitiés , polo possède un bon élastique .

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En Belgique tout avait été prévu , organisé par Marcello , qui actuellement supporte difficilement son incarcération . Madame la Directrice a pris pension à la prison des femmes . Les complices , libraires , photographes , en tout une brochette de vingt six salopards , sont bons pour le trou . C’est fou d’avoir supprimé les bagnes et les travaux forcés . Chaînes aux pieds , en rang par trois , rejoindre le bateau en partance pour un colonie lointaine était une gâterie pour les condamnés qui récoltaient les quolibets et les crachats pendant la traversée de la ville . Dissuasif ? Peut être ! Il se pourrait qu’ on remette au goût du jour ces pratiques d’un autre âge car de plus en plus nos prisons de pays civilisés rivalisent avec le club Méditerranée .La peine de mort aux oubliettes ! Casser du caillou sur le talus des routes n’est plus un scénario à la mode . Tant pis , on doit respecter le récidiviste , remplacer les matons par des nounours en peluche , donner à tous les condamnés l’espoir d’une sortie honorable , d’une réinsertion dans la société qui pardonne , qui absout , qui déconne . En hésitant on parle bien pendant les élections présidentielles , de rétablir la peine de mort pour sanctionner les viols et les meurtres sadiques . Paroles vite oubliées , au nom de la générosité humanitaire , du respect des droits de l’homme . Ces cromagnons là , sont ils encore des hommes ? En notre beau pays nous avons aussi , des violeurs , des trafiquants de filles et d’enfants venus de l’est ou d’Afrique , des friqués pédo pratiquants qui encouragent , se taisent et alimentent ce commerce de fripouilles .

Le tonton Delanoix depuis le retour de Gérôme , revit , affiche sa joie , mais n’a pas encore osé . Il tournicote , autour du petit , mais le garçon le méprise ouvertement et le remballe pour peu , au moindre mot et maintenant lui fait peur . J’ai offert le chèque de la vertueuse épouse , à Jaja qui a besoin de renouveler sa garde robe . Un peu triste , devant Rita , elle m’a fait la bise de l’amitié . Le train train parisien reprend et malgré mon intarissable compte en banque j’espère une nouvelle enquête et je m’emmerde . N’en doutez pas , l’aventure me guette au coin du boulevard . Gérôme maintenant qui a été à bon école épie son tonton et le soupçonne d’avoir investi dans le pédo-trafic et même de diriger une équipe de gus sans scrupules , de rabatteurs et de violeurs d’enfants .

    - Doumè , je n’exagère pas mais je crois que Tonton Delanoix , tripatouille lui aussi .

    - Précise . Que sais-tu ? Il nous faut des preuves pour agir .

    - Je l’ai surpris à un rendez vous avec Max le Belge , un truand international notoire , qui était très lié avec Marcello et Martha Pardini .

    - Si tu veux qu’on oublie avec Polo , ton séjour suspect à Anvers il va falloir nous aider . Tache de suivre discrètement ton oncle dans tous ses déplacements .

    - Ok ! Je crois que je vais aimer ton métier . Tu m’embauches , si j’ai bien compris. Je vais apprendre vite .

    - Ne fantasme pas trop et surtout attention à toi . Tu le sais maintenant ce sont des dangereux .

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Et voilà bien engagée une traque qui va faire des remous dans les eaux sales du beau monde parisien . Je ne vous dirais pas tout , car certains détails me laissent la plume sèche , et j’ai peine à raconter tout ce qui touche à l’enfance malheureuse . J’ adore pourtant étaler les turpitudes , les fantasmes ,les bizarreries , les dérobades , les lâchetés , les perversions délirantes de mes semblables , tant qu’elle ne font de mal qu’à eux même . Mais si je rencontre encore dans ma vie mouvementée quelques amis surs , et toutes celles qui m’adorent , je ne manquerai pas de vous les présenter en toute vérité et même en braille .

Gérôme qui se paye une petite gueule de fille n’a pas eu de mal à se métamorphoser en jeune étudiante . Une perruque , une jupe longue jusqu’aux pieds , un blouson large et pendouillard ont créé l’illusion . Tonton Ducoq n’y verra que du bleu et n’ira nulle part sans avoir son neveu aux fesses . On sait ainsi qu’il se rend régulièrement dans un ancien gymnase désaffecté , boulevard Rouvignole . Il en est le proprio et l’a reçu en héritage de son grand père qui fut jadis maître d’arme et champion de France d’escrime . Un porche à l’ancienne, très large, débouche sur une vaste cour intérieure pouvant servir de parking à une bonne dizaine de véhicules .

Children Protect , une association de protection de l’enfance dont le siège social est à Londres , qui recrute ses avocats à Paris , nous a fait part de ses soupçons et sollicite une enquête discrète sur des réunions suspectes qui font se côtoyer des vieux croûtons et de jeunes enfants , passifs , menés par la main , abrutis , souffreteux ou tout simplement drogués . De sa cuisine , une voisine a cru entendre des cris de détresse , à des heures tardives en se penchant sur son vide ordure qui vous le savez bien colporte les bruits du haut en bas d’un immeuble . Malgré l’existence de ce vaste parking , chaque soir, douze clients , pas plus , enfilent le porche , un par un , à une heure ou les passants se font rares sur ce boulevard tranquille . Nous avons visité avec Gérôme très excité , en plein jour , en passant par la sortie , celle qui donne dans l’autre rue parallèle . Le local sans fenêtre , en lumière artificielle , climatisé comme une discothèque , étale des divans profonds , des fauteuils à bascule , des estrades basses , moquettées pour des mini spectacles dégradants joués par des enfants . A l’accueil un sas permet aux visiteurs d’enfiler une cagoule qui les rend méconnaissables . Ils entrent par Rouvignoles , payent , assistent ou consomment et ressortent un par un , dans la rue Saint Gapour , sombre , étroite , courte et oubliée des habitants du quartier. Elles permet seulement , aux égoutiers d’ accéder aux boyaux nauséabonds souterrains des sous sols parisiens , et aux pédocroques furtifs et coupables de quitter cette succursale de l’enfer , sans être vus. Comment des hommes peuvent-ils marcher droit dans la rue , indifférents aux regards des autres , sans aucun remord , après avoir abusé d’enfants sans défense vendus parfois par leurs propres parents . Ils rejoignent leur véhicule garé plus loin , et pour certains , le chauffeur en casquette ouvre la porte . Tonton , repéré chaque fois par Gérôme , vient fermer son antre honteux . Nous savons maintenant que chaque visiteur est filmé dans le sas avant l’enfilage de la cagoule . Plus tard Delanoix s’en servira probablement pour faire chanter sa clientèle choisie . Plus l’enquête progresse , et plus le personnage noircit à l’usage . Pur génie du mal , il fait de l’ombre au diable en personne . Il urge d’enfermer tout ce beau monde et de sauver ces gosses si c’est encore possible .

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    - Gérôme , je sens ça , tu as enfin découvert ton oncle ?

    - Non , ce soir je ne rentrerais pas , j’ai peur de ce monstre . Ma tante Séraphine ne se rend pas compte qu’elle vit depuis fort longtemps avec un vautour de grande envergure .

    - Un véritable assassin charognard , un tueur d’ innocence , une fripouille d’apocalypse , une perversion satanique de la nature ! Nous allons refiler le dossier à ce con de Polo .

De retour , au bureau , Jacotte me saute au cou , m’apprend que Rita s’absentera quelques jours pour aller embrasser sa mère dans sa pacoule bretonne . Vous me connaissez , je capitule une fois de plus , et ma pauvre Jaja qui n’avait plus connu l’extase avec Polo , monte en joie , s’échauffe progressivement la zifounette et enfin s’éclate le jouissif comme une bête folle . Ca fait du bien , vous savez !

Polo qui n’ose plus pointer sa face de rat musqué , au bureau à cause de Jaja qui boude , part en guerre prématurément contre la pédomanie parisienne . Il marche sur des œufs pourris , avec mille précautions , car il ne veut pas bousculer les gens biens , ceux qui envoient leurs vielles frippes aux secours catholiques mais sont de fervents violeurs d’enfants . Face au dilemme il a eu besoin d’un ordre venu d’en haut pour agir . Fallait-il sacrifier quelques jours encore ces enfants martyrs et poursuivre l’enquête en dénonçant , oh ! scandale ! tous ces pédosades sans âme , ou délivrer vite fait , leurs pauvres victimes en fermant prématurément la moitié la plus juteuse du dossier ? Pour moins d’éclaboussures , ça te fait sourire , ils ont choisi le deuxième scénario . Gérôme , Rita et moi nous suivrons la piste jusqu’au bout car Children Protect nous encourage et semble bien renseigné sur un important trafic international de prostitution juvénile .

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    - Doumè , tu connais mon oncle . Il a un huitième sens . Depuis hier il s’apprête à filer à l’anglaise et je crois avec fric et bagages dans le sud-ouest , mais j’ignore le destination précise .

    - Dès son départ , avant l’arrivée de Polo , fouille bien tout autour de toi et joue la surprise avec ce grand couillon …. Tu ignores tout de la maison de rendez-vous . Epluche tous les papiers dans sa bibliothèque .

    - Ok , boss , je fouille , je tombe des nues lorsque Polo le magnifique apparaîtra et je ne sais pas , mais pas du tout , où est tonton .

Celui-là doit être aux abois . Le torchon brûle ! Il devient le malfaiteur le plus recherché de France . Brouiller les cartes , en éliminant les éléments peu surs de son réseau de prostitution demeure désormais l’objectif prioritaire . Comment faire pour savoir ce qu’il mijote et où il va poser son sac ? Eh bien ! on le sait . Polo mène une enquête dans le cadre du S.S.S.S . Il nous a appris que les collègues du nord lui avaient transmis un dossier assez ventru , plein de détails sordides sur les agissements de Max le Belge . Ils savent eux ,qu’il se rend à Carcassonne et ils le soupçonnent d’être le nettoyeur de la secte mondiale du Long Sentier Protosolaire , une congrégation diabolique , voué au culte du mal et de la destruction . On y pratique aux quatre coins du monde , des suicides collectifs , des sacrifices rituels , des crucifixions même dans des décors naturels impressionnants ou chargés d’histoire . Les temples de Sienne et de Paris n’en étaient que des succursales mineures . Mais Polo ignore que tonton Delanoix est le Grand Maître pour l’occident de la secte diabolique et se demande où il peut bien se cacher . Il a averti ses collègues de Carcassonne de la venue du Belge mais n’a pas daigné se déplacer . C’est le vrai flic Parisien qui évite de se rendre en province car il ne sait pas s’y faire respecter … Parisien tête de chien ! Il ignore tout de la complicité de Max et de tonton Delanoix . Et puis , le zèle chez lui dépend sans doute des phases de la lune et sans mon aide il marche avec des pataugas , à pas lourds et sans lacets . Essaye , dans un chemin caillouteux , tu verras !

L’association Children Protect quoique anglaise a ses antennes en France .Ils mettent à notre disposition un appartement confortable en plein centre de La Bastide Saint Louis , au pied de l’église St Vincent , rue Armagnac . Cocote Rita , coco Gérôme et moi , et moi  car j’en vaux deux , nous visitons à l’arrivée dans la cité médiévale le château comtal et la basilique St Nazaire et par le Pont Vieux nous regagnons notre repaire . Petite famille en villégiature ,nous passerons inaperçu , indétectable car le petit déguisé en jeune fille de bonne maison ne risque pas de rencontrer son méchant tonton . Mais par quel bout de ficelle faut-il commencer ?

J’attendrai le jour et la nuit , j’attendrai toujours ! C’est une vielle chanson qui me chatouille souvent les cordes vocales , et dans les moments d’inaction je déprime . Vigilance , attente et longueur de temps , font mieux que cris de bête ni que rage . C’est mon grand père qui m’enseignait ce genre de sornette à la veillée . Tu vois , je noircis du papier pour rien car je ne sais pas du tout , du tout , ce qui va se passer . Un catastrosinistre va avoir lieu incessamment dans la région .Une intuition m’asticote , me dénoue les synapses , me gélifie le thermostat et quand j’ai froid , le frisson chez moi est signal de danger .

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Tu veux savoir , comment on sait ? Dans la farfouille de tonton , Gérôme a fait une trouvaille . D’abord intrigués , puis tireurs de langue au chat , il nous a fallu un temps pour deviner , que ce baudrier en cuir décoré de deux stylets vénitiens plantés dans un cœur rouge et or , surmonté d’une croix celtique , était l’attribut du chef . Trouvée dans le double fond d’une penderie , mêlée à de longues cagoules de velour noir ,une seule brodée et de couleur mauve porte les signes de la connaissance et du pouvoir : une cornue fumante et l’orchidée vénéneuse . Ces deux symboles figuraient bien sur la médaille que le grand maître de Sienne avait épinglée un soir de deuil sur la noble dépouille du comte Montefrolo , le défunt époux de Carla . Tonton , père spirituel du Sentier Protosolaire , il ne manquait plus que ça !

Polo hors confidence encore une fois n’est pas là où il faut . Et pourtant à Paris tous les juges et les flics anti-ceci , anti-cela ,se prennent pour des cadors mais arrivent toujours après la fête en roulant les mécaniques . Les cons ! Depuis , dix jours ont passé et rien ne vient dénouer la monotonie de notre attente . Le petit s’est fait un copain , étudiant , boutonneux et plus myope qu’un taupe sénile , un peu poète , qui lui dégoise des vers d’amour timide , mais qui heureusement sait garder ses mains car Gérôme , lui , a gardé ses jupons .. Rita me fait visiter la cité médiévale . D’une brasserie à l’autre , ou dans des auberges accueillantes nous traînons notre insouciance sans plus songer à tonton ou Max le Belge . Je n’aurais pas pu vivre en flic fonctionnaire avec une hiérarchie au dessus et des uniformes en dessous et peut être , comble de l’ horreur avec Polo comme chef . On attend ! Rita commence à regretter Paris . L’impatience nous gagne . Fausse route ou pas j’ai décidé de m’incruster dans la région . Et puis ,enfin , un bon matin ….

    - Gérôme , va chercher , veux-tu , les journaux .

    - Doumè , ne fantasme pas . Tu attends quoi ? Que les carcassonais se décarcassent pour te distraire . Tu veux du son et lumière dans cette ville de merde où les gens parlent avec un accent d’opérette espagnole .

    - Allez , va chercher la gazette et prends en même temps les croissants .

Gérôme déboule enfin essoufflé , le journal froissé à bout de bras . Il renifle , s’étrangle et me tend le papier quelque peu chiffonné mais encore lisible . En gros titres s’étale un scénario rocambolesque . Ca y est , nous y sommes ! « Suicide collectif et rituel au château de Puilaurens à cinquante kilomètres de Carcassonne » .

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Habileté ou connerie du journaleux , tout est bon pour fabriquer du sensationnel . Les cathares , leurs croyances , le refus du sacrifice rédempteur de Jésus , le message nouveau , l’homme simple apparence terrestre , le bien , le mal , Lucifer , l’hérésie , le rejet du symbole de la croix , tout remonte en force pour raconter une fois de plus , la mille et unième peut être , la croisade des albigeois , thème hautement touristique , producteur de visites guidées des châteaux de la région . Y a bon banania , pour les petits budgets communaux . Ce château là se voit de loin à sept cents mètres d’altitude , il touche le ciel . Quoi de plus normal ? On y monte par un chemin botanique ,donc parsemé de fleurs et de plantes endémiques engraissées au sang des victimes suppliciées de Simon de Beaufort . Mille excuses si je présente en vrac quelques bribes archi-banales de cette lamentable histoire . J’ai puisé bêtement dans la une de la gazette régionale .

La fière enceinte carrée où subsistent les vestiges de la tour de la Dame Blanche se prolongent sur ses flancs par un chemin de ronde élevé sur courtines crénelés . Quelques pierres descellées gisent au pied de la haute muraille. Un gazon fou a envahi cet espace fermé et là dans ce décor hanté , assis appuyés a de lourdes pierres disposées en rond , les yeux ouverts tournés vers les étoiles , six illuminés ont rejoint parce qu’ils le voulaient bien ou qu’il le fallait bien , le vrai paradis , car la vie sur terre n’était pour eux que sarabande de damnés . Deux couples adultes et deux enfants innocents dans des chasubles cousues d’or seront ainsi maintenus en place assez longtemps pour faciliter les investigations d’une cohorte de policiers et de reporters .

En fin de matinée , enfin et en hélicoptère , Polo débarque avec toute son équipe et fait immédiatement évacuer les curieux trop nombreux qui risquent d’effacer des indices . Il a été nommé grand directeur du S.S.S.S et en m’apprenant la chose , il s’étonne de ma présence en ces lieux .

    - Félicitations ! Ils te devaient bien ça .

    - Explique moi quand même ce qui t’a conduit à Carcassonne ?

    - Le dossier que tu m’a fait lire à notre retour d’Anvers . Je trime en outre pour « Children Protect »association de recherche des marmots disparus .

    - Tu vas bosser un peu pour moi aussi . A nous deux comme toujours on va carburer à l’acétylène .

    - Dis ,Polo , les yeux gonflés et grands ouverts des suicidés ça ne te rappelle rien ?

    - Les premières victimes de Vannia Pini , rectifiées au spasmo-lasure présentaient bien la même grimace . Qu’as tu appris de plus sur cette secte du Sentier proto….de mes deux ?

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Je ne lui révèle pas encore le rôle probable de tonton Delanoix dans cette mise en scène macabre . Polo possède un dossier fourni sur le Belge et c’est tout . Il est urgent d’identifier les six rigolos qui ont été choisis pour l’ultime voyage .

    - Le capharnaüm de Mélodius à Paris et la vieille garde de Sienne quoique moins dangereuse , appartenaient à la même maison mère . Ce qui se passe en ce moment dans la région amorce un grand nettoyage ou Max le belge joue le rôle de la vedette .

    - Existe un lourd dossier sur ce Max . mais en Belgique il n’est pas exclu qu’il soit plus ou moins protégé , toléré par on ne sait qui dans les coulisses du pouvoir .

De temps à autre Polo fait preuve de perspicacité . C’est rare mais ça arrive . Il a remarqué la jeune fille qui traîne avec nous . Voudrait savoir où il l’a déjà vu ? L’ai-je convaincu en lui affirmant que Rita avait une nièce ?

A cinq heures de l’après midi , un coup de bigo nous replonge tous deux dans une étouffante stupeur . Au Château de Quéribus cette fois ci les visiteurs du dimanche ont découvert sans le faire exprès , une brochette de six suicidés , disposés en rond . Deux couples et deux enfants . La même mise en scène , la même grimace ! Le décor a changé plus spectaculaire , plus sinistre encore car les victimes sont maintenues assises autour du pilier central de la haute salle gothique , têtes renversées , sur le coté , la bouche grande ouverte et les yeux révulsés . Ils attendent là , empaquetés dans des linceuls noirs , recroquevillés , pitoyables , depuis trois jours . Heureusement à plus de sept cents mètres d’altitude le vent insoutenable sifflant dans les fortifications en chicanes a maintenu une température de congélateur dans toute la pesante bâtisse . Il est temps d’évacuer le troupeau désordonné des touristes qui se souviendront beaucoup plus du fait divers et oublieront complètement , c’est sur , le décor , la visite guidée et hautement culturelle du château , la relation des luttes religieuses atroces , des massacres passés commis au nom de dieu , à dire vrai l’essentiel de l’histoire de France . A ce sujet notre paisible et beau pays en a lourd sur la conscience . La mini purge de Max et tonton Delanoix , c’est du micro génocide artisanal à coté de la croisade des Albigeois . A croire que certains lieux poussent au crime , à la démesure meurtrière, à la ratonnade sectaire.  Quel dieu peut pardonner des trucs pareils ?

Visiter ces vestiges d’une époque révolue ou les serfs se déplaçaient à pince comme des chiens sans chaussettes , relève de l’exploit olympique . Polo souffle dans les montées abruptes, et s’encroqueville les jambes sur les marches usées par le passage multiséculaire des croquants , des spadassins en armes et des lourds chevaux de combat . Je peine moi aussi mais ça ne se voit pas . Polo quand il le peut , montre toujours son désarroi ou sa fatigue atavique mais en réalité , c’est plutôt le surhomme surtout lorsqu’il parle de lui .

 

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