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                                                            Episode 13

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Y avait longtemps que j’attendais un signe . Une certaine Videcoq de Lanoix s’est présentée ce matin à l’heure du café crème . Jaja l’a fait poireauter un long moment devant un Lavazza réchauffé d’hier. J’entrouvre enfin; effrontée, la Jacotte me rappelle que je suis son patron chéri , que je dois donc donner l’exemple et que l’exactitude était jadis la vertu des rois . La cliente impatiente interroge d’un œil furtif sa montre en platine iridié et soupire . Présentation: Madame De Lanoix Séraphine !

    - Nico , enquêtes et investigations . Que puis-je pour vous?

    - Mon neveux Gérôme 15 ans a disparu depuis un bon mois . J’ai déclaré sa disparition mais j’ai eu honte de tout avouer au commissaire, puis-je compter sur votre discrétion ?

Et là tenez vous bien ! elle me balance en vrac toutes les perversions de son époux, ses fantasmes , son penchant cochon pour le voyeurisme pédophile . Il reçoit d’ Anvers régulièrement des CD et des cassettes pornos.

    - Horreur ! sur l’un d’eux j’ai cru reconnaître le petit Gérôme en tenue de gala-gala montrant son pile et face, flanqué de fillettes en tutu .

Elle a conservé le papier rose du dernier colissimo déposé à Anvers à la poste centrale .

    - Rappelez-vous ! Les emballages sont-ils toujours colorés et de mêmes dimensions ?

    - Tout à fait , nonobstant , c’est bien ceeeela . Le facteur lui apporte son colis tous les Vendredi .

Elle me refile alors un chèque à faire pâlir un guichetier de banque suisse et me redemande beaucoup de discrétion.

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    - Mon époux a les idées brouillées et j’exige de vous une extrême délicatesse . De toute façon la disparition de Gérôme semble le contrarier assez car il est fortement épris de son mignon neveu. Le petit est si craquant!

Ouh ! la la…La noble dame prend congé en oubliant de saluer Jaja qui marmonne cachée derrière son ordinateur .

Nous voilà de nouveau réunis au grand complet pour préparer notre prochaine invasion de la Belgique.

    - Polo , peux-tu nous dire ce qui se trame sans nous à Sienne en ce moment?

    - Un certain Cancellieri appréhendé par la police anti maffia est accusé d’avoir pulvérisé à l’explosif une bande de saligauds napolitains dans une ferme toscane .

    - Comme d’habitude ils le relâcheront vite , faute de preuves .

    - A croire les policiers italiens , il animait une secte riche et très influente , et le soir de l’explosion il fut le seul de la bande à s’en sortir car il n’était pas au rendez-vous . Quelle idée a-t-il eue, de se balader en ville avec un paquet de TNT dissimulé dans le coffre de sa voiture. Cette fois il est cuit.

    - Constantin , petit cachottier , non content de casser des fermes , tu caches tes surplus dans les taxis de tes méchants copains .

    - C’était une idée de Nadia . Elle n’est pas géniale notre américaine ?

Départ cette nuit vers trois heures du mat . Polo doit contacter son collègue belge au commissariat central d’Anvers. L’enquête cette fois-ci régulière , doit en collaboration avec l’inspecteur Lordurhin retrouver la trace du neveu disparu . Polo est seul habilité a contacter ce fin limier mais avec la ferme intention de s’en dépatouiller à la première occasion . Lorsqu’il s’agit de réseaux pédophiles la police belge hésite, bafouille, se perd en conjectures, et avance ses investigations avec une extrême prudence.

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Le premier jour on rame dans les rues de la ville à la recherche d’un hôtel pas trop cher , avec parking souterrain fermé pour mettre les véhicules trop voyants à l’abri . Nous utiliserons seulement deux voitures louées par Constantin sous une fausse identité . Des Clio merdiques , neuves d’apparence mais pourries au dernier stade feront l’affaire si nous voulons passer inaperçus . Le policier belge , rencontré ce matin par Polo, cheveux clairs et clairsemés , tête de têtard têtu vissée sur un cou démesuré , n’a pas l’air bien futé et ne risque pas de nous aider ou de nous freiner , car il ne sait pas s’il marche dans ses pompes ou s’il pédale dans le caca helvétique. Il est long , il est maigre , ses épaules étriquées , ses jambes rachitiques le laissent flotter à l’aise dans un complet râpé . Il exige un rapport journalier de nos investigations et toute intervention tapageuse doit faire l’objet d’une entente préalable . C’est ce qu’on appelle la coopération de la poulagaille européenne. Nous le laissons le cul sur son fauteuil , lisant les derniers exploits des coureurs helvétiques dopés dans le tour de France. Cependant, avec son aide désabusée , nous avons obtenu l’installation d’ une caméra cachée dans le hall de la poste centrale d’ Anvers . Il a oublié de nous demander pourquoi . L’objectif pointe sur le guichet des envois en colissimo et nous saurons mercredi ou jeudi qui enregistre les paquets roses , et qui doit les recevoir. Mis d’abord de coté par la préposée ils seront quand même expédiés un peu plus tard. Polo qui marche sans bruit en semelles alvéolées, suivra de loin le retour de l’expéditeur. Voilà une enquête bien amorcée en terrain mou.

Pendant que Jacotte et Polo , aussi passionnés l’un que l’autre pour la débusque et la filoche , ont repéré un livreur de colis roses qui les a conduit dans une librairie du centre ville près de Notre Dame d’ Anvers. On ne les associe plus à nos flâneries sur les rives de l’Escaut . Tino et Nadia font un couple heureux et passent leur temps dans des chambres d’hôtel quand l’envie les pousse . Ils se promènent , baisent quand ça leur chante et rient en cascades pour un oui ou pour de bon . Ce qui les a le plus impressionnés ce sont les quarante sept cloches accrochées dans le campanile de la cathédrale qui pique le ciel bas de Belgique à cent vingt trois mètres au dessus . Rita m’a traîné dans un coin sombre de la basilique pour admirer « la descente de croix » du grand Rubens qu’on était pas surpris de trouver là . A vrai dire le temps maussade de ces contrées du nord nous attriste et la peinture flamande n’a rien de réjouissant . Je préfère une bonne choucroute belge , avec des saucisses monstrueuses, de la bière à gogo ou un plat de moules frites.  Ce soir , assez tôt dans la soirée car c’est l’heure du soupé belge , Polo nous invite au frais de la cagnotte française , à déguster une bouillabaisse du cru , que l’on nomme ici «le waterzooï ». Je ne savais pas que les helvètes préféraient la bière au vin . Non contents d’en produire trois cents variétés ils en inondent l’Europe et ne laissent jamais votre verre vide à table. Vous avez remarqué que ces gens du nord ont tendance à l’embonpoint.

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Dans un bistrot de ruelle , garnie d’ un bouquet de tulipes du pays voisin une nappe ronde nous a réuni autour du plat national. Les poissons comme ailleurs ont beaucoup d’arrêtes mais ici en plus ils ont le ventre mou. Ca ne vaut pas la rascasse de Marseille . Quand Polo parle on oublie ce qu’on mange et ce soir il a beaucoup à raconter.

    - Dans la librairie tu as le choix . Tu peux lire le journal en anglais , en flamand , en allemand et même en français. Ici ils les parlent toutes mais mal . Et puis là est le grand sujet de discorde. Dans leur discussions les mots forcément s’entrechoquent.

    - C’est toi qui invite mais ce n’est pas une raison pour nous contrarier la fourchette. Les belges on s’en frotte le bigourdin. Dis nous plutôt si la Jacotte et toi ça marche du mieux de dieu.

    - La jacotte et moi nous allons plutôt choisir le « hocherpot »mélange de viandes et de légumes. Le poisson ça m’arrête, ça m’écaille la langue , ça me fait chier autant que tes questions idiotes .

Il est difficile de faire déjanter Polo mais il ne rate jamais l’occasion d’une réplique sifflante. Et de nous expliquer que les craniques sont des pains au raisin , que les couques sont des brioches et que les belges comme Hergé sont les champions de la bande dessinée.

    - Tu as vraiment la curiosité malsaine du parfait touriste.

    - Et si on se cotisait pour lui offrir un appareil photo jetable avec un tour de cou en élastique.

    - As-tu visité le musée royal des beaux arts ? quand ça le prochain carnaval traditionnel ou tu n’auras pas de mal à te faire repérer , tant tu représentes le parisien fort en gueule et partout chez lui ?

    - Basta ! vous me couinez dans les oreilles. Parlons sérieux quand même .

    - Parle , crache la dernière trouvaille qui vaille.

    - Ben voilà , avec Jaja nous avons atterri dans le quartier des diamantaires , en pistant le livreur de la librairie «Au livre d’or ». Un gros carton a disparu dans la cage d’escalier d’un immeuble rupin abritant deux ateliers de taille . Mais le plus insolite , c’est la réapparition du petit livreur en costar de ville , style Van Der Merch le plus cher des couturiers de la place . Ensuite , ce monsieur a délicatement posé son cul dans un coupé Merco grand standing. Trace perdue dans la ville.

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Jaja n’a rien dit mais je comprends qu’elle me réserve un bon tuyau , quelque chose qui a échappé à son Polo chéri . Ce n’est pas parce qu’il la baise qu’elle a cessé de travailler pour son patron préféré. Pendant que Polo téléphonait à Paris , elle a contourné l’immeuble et avec son flair d’ épagneul breton, elle a découvert un studio Photo , fermé , anciennement en faillite . Revenue à l’entrée elle a demandé au concierge entre deux poubelles si le local n’était pas en vente , apprenant ainsi qu’il servait encore d’entrepôt et était accessible par l’entresol. A l’étage au dessus une école de danse accueille régulièrement de très jeunes enfants.  Par contre les ateliers des diamantaires sont inaccessibles , les portes du dernier étage sont en blindages d’acier et les verrous électroniques filtrent le personnel . En bas près de la loge du gardien figure sur la plaque d’ accueil « Ateliers du sentier » qui appartient, tenez vous bien à un certain Pardini Marcello. Serait-ce le fiston de celui qui … ?

    - Mais madame c’est monsieur Pardini qui vient de sortir . Vous savez un homme généreux, pas fier, et si drôle parfois.

Je la pense heureuse , la Jaja mais ses cachotteries envers son compagnon de lit et de tous les jours me laissent rêveur. Ne va-t-elle pas , me revenir le cœur gros, désenchantée, car Polo ne me semble pas assez attentionné et marche dans les rues un peu devant elle.  Mauvais signe ! Rita elle aussi, a remarqué.

    - Elle ne t’a pas oublié complètement . Tu colles aux femmes , mon gros chat .

Alors là , quand une nana vous balance , messieurs , des tirades de ce goût là , le paon déploie sa queue, il parade, se gonfle, rougit son jabot, et risque l’hypertension .

    - Je voudrais me tromper , mais Polo a une nature de célibataire indécis .

Ce Marcello Pardini nous étonne . Un tel personnage qui change de look et de chemise entre deux portes ça intrigue. Polo a pu se procurer en Italie son curriculum au grand banditisme et le nom de son épouse belge. Madame dirige un orphelinat et ainsi œuvre dans le pédagomicrocosme des établissements privés du royaume. Oh !oh ! les vertigineuses déductions de Jacotte qui a bien fagoté son dossier sur la pédophilie nordique, semblent dégouliner sur une sordide réalité. Décidément notre équipe tombe toujours sur des merderies pas possibles . Les dernières pieces du puzzle sont enfin réunies . La librairie qui expédie des livres et des cassettes , le sieur Marcello qui a un pied dans l’univers bouché des diamantaires, l’épouse qui fricotte avec les momes de l’orphelinat, le cours de danse en vases communicants avec le studio photo voisin , sont des coïncidences troublantes. Jaja tourne à trois mille tours . Elle sait qu’elle a tapé juste, dans le couvain de la ruche.

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Il va falloir se transformer en sentinelle aux quatre points cardinaux de la ville , pour épier,surprendre, visionner, photocibler les milles et une diableries de cette équipe de tournage qui va se voir décerner le César des crapules . La librairie , le studio , le cours de danse seront visités la nuit par Constantin qui sait caresser les serrures récalcitrantes. Rita et ma pomme nous feinterons pour entrer chez les petits orphelins en exhibant un faux dossier d’adoption fournit par notre collègue Lordurhin qui commence à s’intéresser aux méthodes astucieuses de la police française. C’est parti mon kiki pour faire des vagues dans le marécage! Savez-vous que la pédophilie est un vice de vieux cons, de gens biens , de riches reclus, de nantis sans amours, de sexonautes tristes, de branle mou malades, de salopards sans âme ..etc…j’arrête là l’insulte ! c’est dégueu..à vomir! Et tout ce beau monde vous cotoie journellement en zieutant par en dessous les faits et gestes de vos gamins. Oh ! misère. Il y a aussi ceux qui vont plus loin , abusent , font disparaître , assassinent , martyrisent … Pour eux le supplice de la roue moyenâgeuse devrait être remis à la mode , dans les stades le dimanche à la mi-temps des matches de foot. Le public applaudirait sans retenue . Ce sont nos dirigeants politiques qui s’inventent des causes à défendre devant leurs électeurs , comme l’abolition de la peine de mort , alors que le populo veut un bout de la corde du pendu qui porte chance . Et puis s’en fou ! Et puis merde , les salauds à la trappe! Drôle de paroissien ce Pardini burlesque ! De temps à autre il reprend sa casquette, son bleu de travail et sa camionnette garée devant l’immeuble chic et court la ville d’une librairie à l’autre, déguisé en livreur de cassettes, de micro-disques et diffuseur de livres cochons . Pour faire plus vrai il va jusqu’à bosser une heure ou deux au « Livre d’Or » et semble s’amuser lorsque certains parents accompagnent leurs enfants pour l’achat d’une bande dessinée , ou quand un vieux sournois s’avise en cachette de bobonne, d’acheter un CD porno , qu’il visionnera tout seul sur sa télé perso, quand elle va à la messe ou au marché aux fleurs .

Jaja le suit nuit et jour et le plus souvent sans son chéri qui enquête désormais seul en vain et de travers. Le couple se distend , se disloque. A dix contre un qu’il éclatera bientôt comme ballon de foire!

    - Qu’ as-tu découvert , Sherlock ?

    - Avec Constantin , nous avons visité le studio photo .

Polo outré énumère , étouffe et crache ses mots .

    - C’est un vrai plateau de présentation télé avec caméras , chambre d’écho, sonorisation, éclairages intermittents, continus , flashés  voilés , diffus ou aveuglants à la demande .

    - Et quoi encore ? Déballe !

    - Les placards débordent de tutus , de mini- strings , de petites culottes trouées, de sièges moulés en plastique coloré pour les poses-expositions , d’un fatras d’objets mignons , de voiles et de dentelles, de parures d’enfants nus, de perruques et de masques .

Un musée de la perversion ! Polo s’assoie , cache son nez dans ses deux mains jointes et reste un moment immobile et sans voix.

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    - Honorable colère , digne ressentiment,

Je comprends ton dégoût , mais calme ton tourment .

    - Tu n’aurais pas par hasard , une poussée de fièvre classique, toi qui parle pourtant et toujours à tort et en travers, sans retenue comme la corneille jacassante.

Parler pour ne rien dire, la dérision , le persiflage ça évacue le dégoût , la déception l’envie de vomir. Avec Polo nous utilisons souvent ce laxatif verbal , ça soulage vraiment.

Jaja a attendu son départ pour venir se confier à son gentil patron. Maintenant quand elle me parle j’ai l’impression qu’elle mouille sa culotte . Oh ! là , là ! Comment répondre à ce dilemme ? Rita ? Jaja ? …et qui encore? Seule la sénilité plus tard me sortira d’ embarras . Elle a sûrement quelque chose à me dire.

    - J’ai fait le guet devant l’immeuble . Sans l’ombre d’un doute, le gardien de l’immeuble et son patron sont complices. Je les ai bien observés .

Le Pardini , il faut le révéler , a trempé jadis dans le trafic du diamant volé, subtilisé dans les mines nationalisées par les chefs d’état de certains pays désolés d’ Afrique ? Chargé de tailler et de commercialiser ces petites merveilles peu encombrantes , il a fait fonctionner la pompe à finance personnelle de ces dictateurs de merde, sans oublier de se sucrer la tirelire au passage . Et c’est ainsi qu’il est passé maître dans le commerce honnête du diamant Anversois. Mais depuis que ses commanditaires ont plié bagage et quitté la scène internationale son fond de commerce s’est étiolé. Comme pour toute PME en difficulté, il a diversifié, licencié, restructuré, délocalisé, etc.. En un mot il a pédophilisé son entreprise.

Ce matin Polo s’inquiète mais pas plus que ça . Il n’ose parler mais se décide enfin et en se retournant brusquement vers nous , il cacafouille ces quelque mots :

    - Jaja a découché, ce n’est pas dans ses habitudes.

    - Qu’en sais-tu grand couillon , c’est maintenant que tu nous dis cela . Hier soir elle m’a parlé d’une planque devant l’immeuble . Elle a glandé l’après midi dans un petit bar en face et y a échangé quelques banalités avec le gardien . Ils ont du la repérer . Faut se manier le cul, bande de ploucs.

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Pas contente du tout la Rita .Elle n’accepte pas la tiède attitude de Polo et le temps qu’il a mis à nous mettre au courant.

    - C’est un cloporte annelé ton ami le flic , un vrai poulet de batterie  tout juste bon à battre de l’aile quand ça va mal . Regarde le , il a honte et se fou pas mal de Jaja . Je sens ça . Il parle comme s’il avait égaré son clebs. Le chien c’est lui .

Polo insulté , ne réagit pas . Il hausse les épaules et sort en grommelant . Sans notre ami blessé , nous partons tous les quatre bien décidés à faire saigner l’adversaire . Constantin a eu une idée géniale. On enlève en premier le gardien poubellier et on accompagne le sieur Pardini dans tous ses déplacements en catimini et à tour de rôle pour noyer la sardine . Ses périples nous mènent chaque soir chez sa chère épouse à l’orphelinat. C’est un petit manoir de belle apparence ,en briques roses du siècle passé.

Le rapt a eu lieu à l’aube , lorsque le concierge a poussé ses trois poubelles sur le trottoir. Pour bien faire nous avions emprunté à la casse une benne à ordure réformée et nous avons cueilli Prosper qui ne s’y attendait pas. Constantin avait tout manigancé avec un ancien pote à lui , jadis mercenaire au Zaïre et actuellement ferrailleur dans la banlieue d’ Anvers . Sous un amoncellement de tacots , d’épaves , de camions éventrés, il a aménagé un local souterrain et insoupçonnable qui peut servir à l’occasion de planque sure. Séjour de rêve pour notre prisonnier ! On lui a promis du pain rassis sec et dur , un peu d’eau croupie et l’obscurité totale pour l’aider à réfléchir .

    - A ta santé mon cochon ! On repassera demain si on y pense.

Prosper enrage dans son boyau souterrain et obscur depuis trois jours . Pale , dépigmenté comme un ver de terre, il demande grâce et consent à parler enfin . Pour le récompenser il aura droit à quelques heures d’éclairage au néon. D’après ses dires Jaja serait droguée à mort et prisonnière dans une dépendance du manoir, au fond du parc , loin des regards indiscrets . Constantin se frotte les mains . Il adore s’introduire dans les lieux interdits ou à risque ,les résidences privées , les coffres forts secrets en bravant la loi , mais toujours pour la bonne caus . Vous avez peut être remarqué que nous agissons sans mettre Polo dans la confidence. On le boude ce tordu, ce pauvret! Triste figure! remord peut être! Pèteux sans doute .

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Madame Pardini reçoit dans son bureau-living notre couple , bon chic bon genre mais stérile , désireux d’adopter, porteur d’un volumineux dossier en onze exemplaires, qui ira grossir les rayons d’archives de nombreux ministères . Les décisions se feront attendre et les promesses se perdront dans les procédures, les entraves administratives les rejets et les interdictions . Quelque soit le pays, l’administration est là qui veille au grain. Au grain de sable qui coince ! Rita va pouvoir occuper un bon bout d’heure Madame la directrice. Et pendant ce temps là , Constantin pourra récupérer Jaja , certes dans un état lamentable mais entière, la porter recroquevillée dans ses bras et disparaître dans le terrain vague proche.

Je n’ai pas oublié que De Lanoix me paye pour retrouver son cher neveux Gérôme qui a probablement quelque part fêté son quinzième anniversaire ou rejoint le paradis des victimes , des malpartis, des pas de chance . Prosper , lui , a inauguré hier un délire léger mais inquiétant . Il lui arrive de parler dans le désordre de ses phrases inachevées , de Madame la directrice , de Marcello , des orphelins qu’il semble connaître par leurs prénoms, et puis de Gérôme . Il en dit beaucoup de bien . « Ce petit est vraiment dégourdi . Il a de l’avenir, du punch, de la séduction , du génie dans la débrouille et le sérieux des jeunes précoces qui veulent apprendre vite » Que veut-il nous révéler ce taré? Il va falloir lui redonner un peu de soupe , et l’inculper pour l’enlèvement et la séquestration de Jaja . Tout cela entre nous restant secret de police . Je ne pense pas Marcello assez con pour s’affoler et compromettre ses activités illicites par des actes précipités. Constantin a laissé en place une mise en scène qui prouve que Jaja n’a eu besoin de personne pour s’ évader car apparemment la porte a été forcée de l’intérieur à l’aide d’un bout de fer à béton qui traînait dans la cave parmi d’autres ferrailles. Tino met toujours la cerise sur le gâteau ne laissant rien au hasard , ni la moindre trace de son passage. La disparition du gardien restera donc la seule source d’inquiétude pour cet enfoiré de napolitain . Il me reste à retrouver Gégé le petit neveux génial de son tonton chéri.

Prosper sous les verrous ne nous gênera plus . Le sieur Pardini brusquement absent , est l’homme invisible de notre histoire à dormir debout et je le soupçonne d’être en tournée dans un pays voisin. Par contre j’ai repéré Gérôme qui se montre souvent en compagnie d’ enfants .Dans la soirée il se pointe chez des particuliers et n’en sort que tard dans la nuit , au retour des parents . Le jour il garde aussi des gamins à domicile, les emmène au square , aux cours de danse , dans les musées de la ville ou au cinéma . Il doit se faire une cagnotte en touchant des petits sous par ci , par là . Mais aussi en saute-ruisseau livreur de tous les libraires du réseau il distribue et souvent prend le train pour des livraisons dans des bleds de province . Son passe-partout c’est son sourire juvénile et sa dégaine d’ adolescent bien élevé . Il risque pourtant s’il devenait soudain inutile de finir la bouche ouverte dans les eaux polluées de l’Escaut . Il va falloir surveiller cela de plus près. Pendant ses périodes de relâche il crèche à l’orphelinat et semble être le confident de Madame la directrice. Il lui sert le thé, lui fait la lecture dans le jardin et je me demande si cette gourde n’est pas tombée sous le charme diabolique de ce grand gosse . Je l’ai pisté jusqu’à une petite bourgade, tranquille , éloignée des circuits routiers importants. Une petite route en lacet s’en éloigne bordée de peupliers et de chênes centenaires. Couronnant la colline un très ancien château abandonné , mais à peu près entier et ouvert aux quatre vents , domine la vallée loin des habitations. Que porte-t-il dans une grande musette ? Gérôme file en moto et arrivera en haut probablement avant moi. Je me dissimule sous la futaie . Une heure plus tard il quitte les lieux . A moi d’ aller fourrer mon nez là où il ne faut pas . J’ai passé une bonne partie de la nuit à chercher je ne sais quoi dans un labyrinthe de pierre, des escaliers branlants, des couloirs interminables.

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Rien ! Découragé , je m’endors dans ma tire , recroquevillé , déçu . Attention le réveil de la nature, l’aube à l’orée de la forêt c’est merveilleusement grandiose , mais le mien de réveil , naît aussi péniblement que la métamorphose d’un cafard dans un coin sombre d’une cuisine mal tenue . Qu’en dites-vous ? Cette comparaison mérite un coup d’insecticide . Cette phrase je l’ai écrite malgré moi , tant pis pour vous je ne l’effacerai pas. Bref ce matin j’ai regrimpé dans les éboulis , enjambé les marches manquantes et comme je m’y attendais, un détail a figé mon attention et j’ai tilté alors sur une brèche du mur dissimulée derrière un tas de planches pourries dressées contre la paroi humide couverte de salpêtre et de toiles d’ araignées. En fin de descente l’escalier de pierre s’élargit sur une vaste crypte . Je suis dans le noir le plus total . Heureusement pour moi ma petite loupiote passe-partout me sort d’ embarras . Le sol de terre battue , a été remué par endroit. Flotte dans l’air un relent de viande boucanée , une odeur de massacre , une aigreur qui picote le fond sensible de ma gorge. Je toussote et me vient sans que j’y prenne garde une envie de vomir . Je n’ai jamais encaissé l’acre odeur de la mort. J’émerge enfin et je respire un grand coup pour effacer cet écœurement tenace qui m’a fait fuir. Dans la crypte sont entassés une vingtaine de petits sacs de ciment que Gérôme a du déposer à chacun de ses voyages. Si j’ai bien compris le nouveau scénario , ils ont projeté la fermeture discrète de la brèche, évitant ainsi d’attirer l’attention d’un promeneur égaré , ou d’un braconnier en vadrouille. Nous surveillerons pour savoir quand et par qui ? Gérôme ne se rend pas compte du danger car le trou risque de se refermer sur son cadavre en fin de séquence. Il en sait trop et comme son âge pousse aux caprices, il n’inspire à ses employeurs qu’une confiance fort limitée.

 

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