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                                                                    Episode 12

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Je ne vous dis pas la joie de Carla , lorsque nos bolides freinent et stoppent bruyamment au bas du perron , dans un nuage de poussière qui montant jusqu’à elle nous la révèle plus vaporeuse et plus en beauté que jamais . Je me précipite lui faire une bise coquine pour rendre un peu jalouse ma Rita qui ne s’est pas encore bien décoincée .

    - Carla , ne fais pas trop attention à mon ami Constantin . Pas présentable assurément mais d’une efficacité redoutable dans l’action .

    - Je lui ai vu brouter sa moustache pendant quelques secondes .

Dans l’escalier une rigolade à secousses , annonce Nadia et Constantin qui traînent à deux un gros sac de camping , trop lourd pour un seul homme , unique bagage de notre camarade barbu , probablement plein d’ armes , d’explosifs , de cordages et de toutes autres sortes d’ engins épouvantables . Courbés en deux par le rire et la charge , la belle et la bête pénètrent dans le salon raffiné , communiquant à chacun un fou rire contagieux . Les présentations sont faites : Nadia , Tino , Carla , on se serre les pinces à l’américaine .

    - Mes amis , installez vous ! Les chambres sont à l’étage . Moi , je cours à la cuisine où Marta va nous préparer un petit réveillons-nous au champagne .

Ce qui surprend , alors que nous y sommes , c’est l’extrême délicatesse avec laquelle notre ami Constantin se tient à table . Il nous dépasse d’une demi toise et vu d’ en bas il a fière allure , la fourchette en bataille . Quel appétit ! Carla qui devine les choses de l’amour propose à Rita une salade d’ aileron de requin , qu’un ami japonais lui a recommandée . Nadia boude la cuisine italienne , et n’y tenant plus demande un hamburger fait main avec un tube de ketchup , une serviette en papier et pour clore , un cure dent en plastique alimentaire . Marta me regarde en coin , hausse les épaules et disparaît dans sa cuisine . On attend tous le dénouement ! Elle revient ,triomphante au bout d’ un long quart d’heure avec une boule de pain mou dégoulinante qu’elle présente sur un plateau d’ argent . En regardant Nadia manger goulûment cette chose , Tino dégoûté , la regarde bien en face et ne peux s’ empêcher de grignoter sa moustache un court instant . Un ange passe , et n’y tenant plus un fou rire nous prend tous et nous secoue sur nos chaises . Au dessert il serait temps de parler sérieusement . Ca nous arrive !

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    - Carla , nous n’allons pas te compromettre , ce serait trop dangereux pour toi . La seule chose que tu peux faire pour nous c’est d’organiser une fête dans ta demeure seigneuriale où sera invité Seppo le bel italien qui plait paraît-il à Nadia .

    - Je suis d’ accord à condition qu’elle loge à l’hôtel Gagliari , car il ne faut pas qu’elle se fasse repérer ici . Ces gens là sont trop dangereux et il faudra jouer serré avec le Seppo . Ils tuent comme ils transpirent au moindre soupçon , et même quand ils ne sont sûrs de rien . Doumé occupe-toi des bouteilles , je vais chercher les cigares de mon défunt mari pour notre ami Constantin .

    - Merci , Carla , j’adore le tabac cubain , et ça me rappellera mes combats auprès du Ché . C’était la belle époque ! les révolutions naissaient dans les pacoules et on les achevait dans la capitale à la présidence ou le nez dans le ruisseau .

Les conversations vont bon train , au salon , mais la fatigue du voyage commence à se faire sentir . Constantin baille , se lève et monte se coucher sans un mot en emportant la dernière bouteille de champagne qui traîne encore sur la table . Les filles se quittent et nous ne saurons jamais ce qu’elles ont pu se dire en se riant de nous .

L’hôtel des Montefrolo est ouvert et éclairé , ce soir ; le tout Sienne bien pensant , collet-monté , élégant et fêtard a été convié à une réception chez la comtesse . Dans la ville on a vite oublié son vieux mari , mais tout ce beau monde attendait que , le deuil achevé , les réceptions chez Carla reprennent . Membre honoraire du sentier verdoyant , elle a invité les dignitaires du temple et les anciens amis du comte s’empressent d’y amener les demoiselles de la famille ou leur jeune maîtresse . Un gargantuesque buffet à gogo offre à l’assistance toutes sortes de fruits exotiques , des boissons qui tuent, des gnama-gnama africains, des rat loukoums libanais , des poissons confits , des foies gras de canards migrateurs gavés au manioc de Korogo ou truffés d’ails germés de Manille. Avez vous goûté un oignon chinois , une fesse de mangouste , ou un simple capucino au sucre candi ? Vous pourriez chez Carla , les déguster , vous pinter la gargamelle , danser avec ou danser contre , et mieux encore essayer la secousse du pingouin , la plus répandue , la seule danse qui agite encore les rêves parties actuelles . Le fêtard bipède a pourtant été conçu le sixième jour pour la lambada lubrique , le frotti-frotta langoureux du tango , la distinction manchabalesque de la valse viennoise , ou la vulgarité populaire de la java . Dans une décennie , le monde entier dansera figé , la carmagnole standard , bras tendu vers le ciel , la fesse plate , les miches en boutons de culotte , animée par des sono-machines-orchestres anglo-saxones , façon Beattles .

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Dans un recoin discret , derrière un grand lampadaire torsadé et vieux d’ un siècle , qui marche encore à l’ampoule à charbon du génial Edison , Nadia se laisse peloter par un Seppo impulsif et dominateur . Le pauvret , il ne sait pas encore dans quelles pattes américaines il vient de tomber . Il faut dire que Nadia , lorsqu’elle s’éjecte de son blue-jean , en robe de soirée , vous damnerait un chanoine , à travers la grille de bois , en venant seulement à confesse . Avant la fin de la soirée , les deux accouplés s’éclipsent par les cuisines , discrètement , non sans piquer au passage quelques gâteries , à croire que le Seppo a manqué de sucreries dans son enfance . Ces deux là vont disparaître pendant quelques jours , se gaver d’ amour et parsemer une zizanie pas possible dans le clan familial du vieux Pardini . Pour les beaux yeux et dans les bras d’une blonde américaine , Seppo est bien parti pour conquérir l’Italie de la pègre persuadé d’ époustoufler sa compagne qui se fait passer pour une trop riche héritière qui s’ ennuie , malgré les nombreux et juteux puits de pétrole de son cher papa . Il faut dire que Nadia a une mère italienne et baraguine tant bien que mal , assez pour se faire comprendre par le jeune et fougueux Seppo . Lui , il veut maintenant la marier , mais le vieux Don Meschino , qui lui a servi depuis longtemps de père s’y oppose formellement .

    - Mon neveu , tu épouseras une napolitaine de notre milieu , habituée à la violence , à la mort , aux deuils trop fréquents et surtout qui saura se taire , se taire , tu m’entends .

    - Je vous entends , mon oncle , mais j’aime Nadia , et c’est partagé .

    - L’amour ! tu parles ! c’est bon pour les bourgeois qui tremblotent et ont peur de la vie , qui se branlicotent la bombonne pour se persuader avec des mots , qu’ils existent .

    - Mais mon oncle , cette fois ci je ne suis pas sûr de vous obéir . J’épouserai Nadia quand même .

    - Tu veux mais ne peux . Je t’exclurai de la famille et tu sais ce que cela signifie . Allez , va baiser au diable avec ton américaine .

Ils ont quitté le grand mas de don Pardini , mains dessus , bras dessous en pestant contre l’entêtement du vieux scoubidou , cette caricature de parrain sénile.

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Comme aux temps des rois , le poison est resté l’arme sournoise , la tisane absolue , si elle ne laisse aucune trace dans le gras double de la victime . Mourir empoisonné à notre époque n’a rien de choquant quand on pense à Tchernobyl , à Seveso , à la Hague , aux pesticides qui tuent à feu tiède les doryphores , les abeilles et les humains . Seppo , devenu le confident du professeur Ceccaldi lui rend souvent visite au laboratoire du sentier . Celui-ci le traite comme son fils . Ayant vécu en moine toute une vie pour approfondir dans la solitude ses recherches un peu folles ,il éprouve pour le jeune homme un sentiment ambigu . Allez savoir ! Seppo a pu ainsi apprendre l’existence et les propriétés stupéfiantes du curaro-lasure et détient les dosages , et le mode d’emploi d’un poison mortel ne laissant aucune trace dans les tissus ou le sang . Pour bien faire , Nadia a interrogé discrètement Rita qu’elle sait experte en lasurologie . Le fin dosage est prêt pour expédier le Meschino en l’enfer des scorpions , celui pour lequel Dante aurait oublié quelques rimes . A elles deux , elles ont préparé un cocktail incolore et sans goût qui , agissant à retardement et à dose homéopathique, provoque un suintement hémorragique interne promettant , à la stupéfaction des médecins médusés , une mort lente , nauséabonde et franchement dégoûtante .Tandis que Seppo attend l’occasion de liquéfier son oncle , Nadia elle , a momentanément disparu pour ne pas envenimer la dispute familiale et endormir la méfiance du vieux phoque . Ca va bientôt pleurnicher dans sa chaumière .

Mes chères lectrices , mes assidus lecteurs , nous voilà enfin là où mon récit s’attarde mollement , là où le suspense enfle suffisamment pour vous tenir en haleine , et vous donner l’envie d’aller plus loin . Imaginez un moment ,une grande librairie parisienne où d’une plume d’or je signerais des dédicaces bien tournées et des remerciements d’être venus si nombreux .

    - Monsieur Doumè Nico votre œuvre sera lue sans faute par tous .

    - Mon cher Pivot , je suis nul en dictée , mais cent fautes c’est une exagération .

    - Monsieur le Ministre de la culture que nous savons ennemi de la langue de bois , je brûle de savoir si mon récit est tout bon ou franchement mauvais ?

    - Vous atteindrez , que vous le vouliez ou non , la postérité , la gloire . Le prix Nobel de littera-pure et le plébiscite des éditeurs vous hisseront aux sommets de l’art littéraire d’avant garde .

    - Or , vous savez , moi je ne désire qu’une seule chose , c’est de passer un moment à la Télé dans le charivari de Sébastien , ou encore être reçu à l’académie française . Rien de plus ! Mais si ! mais oui ! tout à fait ! mais bon !

A toute la presse réunie je révèlerai tout , je confesserai même aux journaux catholiques mes aspirations profondes , mes croyances , mes doutes et mes interrogations . Ca y est la poubelle déborde et il serait temps de revenir à mes deux gentils assassins , Seppo par ambition et Nadia par simple nécessité de police .

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Parlons-en de cette nécessité ! Pourquoi expédier aux allongés , un vieux parrain devenu moralisateur sur le tard car gardien de la tradition maffieuse familiale ? Il faut bon gré mal gré rajeunir les cadres dans toute entreprise moderne .Il faut faire le ménage avec ménagement , sans bousculomanie intempestive . Une petite maladie à retardement , lente et pernicieuse rappelant les fièvres hémorragiques africaines que l’on connaît mal , suffit à éliminer le gêneur sans trop faire de vagues , sans réveiller la curiosité investigatrice des juges italiens . L’affaire a été rondement menée en un mois . Ci-gît Pardini Don Meschino au cimetière de Sienne  entre le comte Montefrolo et son cousin Monseigneur Ragazaccos archevêque de Cargesiras enterré avec sa bague à baiser . Tout du beau monde qui vécut en marge du bon populo honnête pauvre et con . Seppo hérite du domaine de son oncle et devra s’imposer à la famille pour rester le capo , le grand manitou d’une lucrative activité de tueurs à gage , spécialité entr’autres de la famille Pardini . N’est-il pas aussi le tireur patenté du sentier Siennois et ainsi notre valet d’ atout pour la poursuite de notre jeu de massacre . La présidence de la congrégation du Sentier revient après de longues palabres et peut être quelques exécutions sommaires à un certain Conpasta Vermicello que Carla a souvent invité à ses réceptions , pour répondre aux quatre volontés de son mari , le comte .C’est ainsi qu’elle découvre après sa mort , par bribes , quelques aspects cachés de ses fréquentations douteuses et pourquoi pas maffieuses .

Seppo a fermé , la grande demeure et nous en profiterons pour installer en catimini une machine infernale dans ses caves qui sont aussi profondes et mystérieuses que celles du Vatican . Et c’est là qu’intervient l’ami Constantin qui a dans son sac de quoi faire sauter un petit bout de planète . Dans le gros bagage qu’il traîne depuis le départ , il a ce qu’il faut . Il a même l’allumette électronique qui lui permettra à distance de casser la baraque le moment venu . Un grand feu d’ artifice au milieu d’un forum maffieux , en pleine nuit , dans la campagne toscane , à l’heure des ombres furtives , des conciliabules et des compromis secrets , ça fait désordre mais le spectacle sera uniquement réservé aux insomniaques et aux somnambules récidivistes .

En attendant la pulvérisation totale de la grande baraque , j’ai mis mon nez dans toutes sortes de placards et de remises . A l’étage , dans une sorte de bibliothèque à tiroirs , j’ ai découvert la plus prestigieuse collection de cassettes pédophiles jamais réunie dans un même lieu . Je préfère ne pas vous donner le détail de ce déballage intime . Au cas ou vous me poseriez la question , je vous répondrais que ce commerce me dégoûte et que les amateurs de ces spectacles dégradants sont aussi méprisables que ceux qui en profitent . Partisan de la peine de mort violente ou par immersion comme on tue les chatons , je ne regrette pas du tout l’agonie pernicieuse du grand père Pardini .Un salaud de moins à faire figurer dans les statistiques de la grosse délinquance . Non , non ! ne me faites pas de morale ! Dans une pièce voisine , le matériel du photographe de la famille d’Angleterre ferait triste figure au milieu de cet atelier dernier cri où les boites à images numériques , sont télécommandées par des flashs à étincelles , où les objectifs sont virtuels ou radarisés selon la sensibilité , l’ouverture du diaphragme , la luminosité et le talent du photographe . Celui là aussi , si possible , nous lui ferons un avenir . Les défenseurs des droits de l’homme pourraient évidemment nous chercher des poux , mais ils achètent peut être eux même des cassettes pornos pour leurs longues soirées d’ hiver et en général ceux qui protestent ne sont pas toujours bien débarbouillés .

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Dans un carnet d’adresses , mille destinations sont consignées avec soin . Je confisque l’objet .

    - Constantin , je crois bien que nous avons mis le nez dans un trafic douteux .

    - Ces CD sont expédiés dans le nord où les gens biens s’ emmerdent le dimanche , à des revendeurs belges spécialisés .

    - Le nettoyage ici d’abord , ensuite nous irons exercer nos talents à Bruxelles , le phare de la nouvelle Europe . Tu parles !

    - J’ai appris par Nadia que Seppo avait convoqué dans la grande baraque les cousins , la tata Magali pour le service , les tontons flingueurs et même l’oncle curé Pardini grand argentier de l’évêché qui fréquente le beau monde mais aussi la truandaille lorsqu’il s’agit de regarnir le tronc .

    - Et au sentier , sont ils invités au repas d’ adieu ?

   - C’est pour bientôt , vendredi soir au crépuscule . Un buffet à gogo est prévu pour treize personnes . C’est Nadia qui sera la maîtresse de maison . Ca complique pour la mise à feu . Il faudra qu’elle s’éclipse juste avant le lancement de la fusée .

    - Mais non , c’est simple ! Il suffit qu’elle appelle sur le portable que voilà un numéro codé , qui fera tout sauter , les gus et la baraque .

    - Constantin , viens que je t’embrasse , tu es le plus grand , le plus con , le plus faramineux . Qui t’ a appris tout ça ?

    - Sur internet . Tu cliques , tu copies et tu colles . C’est l’école de la rue sur écran de lumière ! C’est la mémoire en tranches de la pensée unique , du savoir populaire , de la cacophonie médiatique mondiale . Tu y lis Le Monde , le Figaro , tu écoutes un opéra de Verdi , un sermon du Saint Père , sur l’euthanasie ou l’avortement sans douleur . Tu apprends comment on tue , comment on se suicide dans l’allégresse , quel poison convient pour ta belle mère , la recette d’une bombinette atomique et même celle des pâtes à la bolognaise .

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    - Eh bien ! en voilà des merveilles !

Notre conversation à bâtons rompus promet en effet de tout rompre dès vendredi soir dans l’entreprise Pardini and Co .

C’est enfin le jour j et nous avons décidé de rester encore quelques jours pour ne pas éveiller les soupçons ? Seule , Nadia regagnera Paris cette nuit même , et nous y attendra chez Jaja .

A la ferme la grande salle voûtée , lambrissée à hauteur de lucarne en lattes massives de sycomore , abrite pour un soir , les plus venimeux tueurs et trafiquants d’Italie . Les meubles sont là depuis un siècle au moins , les murs à leur base ont un bon mètre d’épaisseur . La table de ferme est recouverte de boustifaille campagnarde , et de bouteilles de vins pétillants . A croire que les ritals apprécient plus les bulles que la finesse des grands crus . Enfin , ce soir ils boivent , sans le savoir , le verre du condamné . Seppo avec les talons hauts de ses santiags , tapote le vieux plancher , nerveux , préoccupé , râleur , car Nadia ne lui manifeste pas une attention particulière devant la famille réunie . Il faut dire qu’elle n’est pas encore acceptée par la tribu , son accent et son italien intriguent les invités et puis elle appréhende le moment où elle devra expédier au diable toute cette choumarelle en état de péché mortel . Tino lui est inquiet , car à cause de la lourdeur exagérée de la bâtisse il a été obligé de multiplier la puissance de l’explosif . Il a peur du bruit , et dit qu’ il ne faut pas réveiller brusquement le bourgeois qui dort sur ses deux oreilles d’enfoiré .

Pas fier d’avoir envoyé Nadia seule au casse tripes , avec son petit portable en bandoulière , Tino mâchouille sa moustache en attendant . L’inquiétude le ronge et je me demande s’il n’est pas un peu amoureux de l’américaine .

Le moment est proche . Les femmes ont rejoint les cuisines ; Embués dans les épaisses fumées de leurs cigares , les hommes , qui n’oublient pas de se disputer pour tout , se répartissent les prébendes , les quartiers de prostitution , la gérance des bars appartenant à la famille , les exploitations de racket auprès des commerçants de la ville , les cercles de jeux clandestins et les contrats sur X . Nadia , profitant de la situation , s’en va aux toilettes , et disparaît par le cul de la maison . Rejoindre sa voiture garée dans un chemin éloigné , n’est pas une mince affaire , car ses talons aiguilles et les ronces qui jalonnent sa fuite ne lui facilitent pas la tache . Assise enfin dans son Alpine , elle hésite un moment et sans l’ombre d’ un remord elle se décide à téléphoner . C’est dans les caves qu’ une minuterie se met alors en marche pour le bouquet final . Dans quinze petites minutes elle sera déjà loin et l’explosion sera imminente .

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Dans la nuit sereine enfin , un véritable séisme , un éclair fulgurant , une lame de fond sonore , un écho de fin du monde ébranlent la cité et sa banlieue , et vont plonger dans la perplexité les bons habitants de Sienne qui ne croient plus à l’apocalypse , mais qui penseront plutôt , le lendemain , à un simple et meurtrier règlement de comptes entre bandes rivales .

Le Vésuve , l’Etna , des crachouillis de tuberculeux  ! Une première explosion sourde contenue par les murs fortifiés de cette très ancienne ferme , une deuxième salve qui a du projeter la lourde charpente et le toit dans le champ voisin, et enfin le bouquet final des dix bouteilles de gaz butane qui éventrent ce qui reste de la bâtisse ! Un perfectionniste, notre Tino ! Au dessus du brasier les âmes des disparus hésitent encore. Vers le haut, vers le bas? Ca c’est la bonne question . Qu’en pensent les curés , les médecins , les bourreaux , les assassins, les juges et les militaires qui ne savent pas non plus où ils expédient leur petit monde . Les sorciers de jadis auraient pu vous répondre. Les druides dit-on en savaient long sur la question mais depuis que la dernière serpe d’or a été transformée en petite monnaie , le voile s’est refermé sur le sujet . Je voudrais bien vous en dire plus, mais mes séjours en Afrique noire , où la magie a la même couleur , ne m’ a rien appris et la mort des salauds ne me contrarie guère .Nadia a passé la frontière et disparu pour un temps de notre scénario . Nous avons décidé de rester sagement dans la résidence dorée de Carla , en banlieue à l’autre bout de la ville . Les jours s’écoulent paisibles . Les nuits sont chaudes et Rita me joue plein pot , le rôle de la bergère apprivoisée , et nous n’avons nullement besoin de compter les moutons pour nous endormir au petit matin . Carla , elle , vit l’amour passion avec son poète , qui n’a plus rien édité depuis qu’il la connaît tant leur histoire s’écrit sans plume au fil des jours. Si je devais vous conter une belle histoire d’ amour elle serait tout simplement la leur. Mais là, le talent que vous me connaissez serait en panne . Le véritable amour  c’est inénarrable ; les mots et les musiques n’existent pas pour en parler . Constantin a le vague à l’âme depuis que Nadia nous a quitté vite fait. Il fume sans arrêt , se gratte les doigts de pieds au bord de la piscine et lit des bandes dessinées qu’ il complète à sa façon au crayon gras . Ca fait peine à voir . Il ne nous reste plus qu’ à attendre que les choses se tassent pour repartir en guerre . Le calepin récupéré dans la ferme explosée n’a plus de secret pour nous et nous tisse la trame d’une nouvelle équipée en Belgique .

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Voilà ,nous y sommes ! De passage obligé , nous entrons à Paris par la place d’Italie et la rue de l’Hôpital qui s’encombre chaque jour de la Saint Glinglin sans qu’on ait jamais su pourquoi . Les villes respirent et vivent à leur façon . Celles du sud se réveillent tard . Au nord plus il gèle la nuit , plus tôt les besogneux déambulent à l’aube pour l’usine ou la gare . A l’heure de la sieste notre bolide se gare enfin devant mon enseigne près de la Maserati de Constantin qui a brûlé les étapes . La porte est entr’ouverte . Son rire de crapaud enrhumé fait duo avec celui de Nadia , plus cristallin à l’octave au dessus . Ces deux là sont faits pour s’entendre .

« 2 cœurs , passe , trois piques , contré »….Quand une partie de bridge commence on ne sait jamais quand dans la nuit elle se terminera avec bâillements , écrasements de mégots , explications vaseuses du dernier pli perdu . Tino , Jaja , Polo , Nadia autour de la table distribuent , battent les cartes , annoncent , jouent sans hésitation , et comptent leurs points à chaque tour . Des euros en fin de parcours changeront de poche . Voilà tout !

    - Oh ! Polo ce n’est pas toi le mort cette fois-ci ?

    - Grand couillon , te voilà de retour . Jaja joue avec moi , elle passe à tous les coups , fait une morte acceptable et ce qui m’étonne c’est qu’elle me porte chance . Tous les deux c’est l’ harmonie , la complicité , l’entente cordiale , l’unisson , l’atout cœur , le tandem , la main dans la main ...

    - Et quoi encore ? Tu me les gonfles à l’hélium , amigo . Arrête ton cinéma de pandore à la sauce poulaga . Jaja est ma secrétaire , mon adjointe , mon associée un point c’est tout .

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Elle baisse les yeux , et je comprends alors que Polo a profité de mon absence pour me faire cocu en somme . Je vous avouerai que cela m’arrange car j’en ai marre que Rita soit interdite de séjour au bureau . Elle se glisse alors , discrète , et jette un coup d’œil sur le dernier pli de Polo .

    - Mon cher Polo vous jouez comme un dieu , celui qui tire à l’arc , celui qui tire les cartes , qui engendre l’ amour et fait gagner ou perdre au jeux .

Contente de son compliment , elle repère la machine à café de Jaja et prépare sans se gêner, un ballon de café pour tous . C’est sa manière à elle de se faire accepter .

Tandis que la partie se poursuit sans moi , je jette un petit coup d’œil sur le bureau . Jaja pour se faire pardonner ses incartades avec Polo le traître , m’a préparé un dossier lourd sur les réseaux pédophiles en Europe . Sur Internet elle a appris beaucoup sur le sujet . Figurent dans le dossier des listes de photographes , des adresses d’orphelinats , de boites postales bidon et des noms de libraires revendeurs à Anvers . Elle a pu grâce à Polo , interroger Von Machose , dans sa prison ou il survit et a transformé les douches collectives et sa cellule à quatre lits en mignon bordel de pédés , où même certains gardiens viennent se rincer l’œil par le petit fenestron de surveillance . On tolère , car ces jeux innocents rompent la monotonie chronique du pénitencier et maintiennent le moral des prisonniers . Elle a pu obtenir ainsi des adresses et cet enculé de VPS a tout vomi sur le trafic honteux en échange d’un allègement de peine hypothétique . Il ne se doute pas du danger qu’il court .

Jaja et Polo cette fois-ci veulent à tout prix faire partie du convoi et nous laisserons au bureau son cousin journaliste , qui nous arrive du Kosovo et a besoin d’un petit coin bien calme pour rédiger ses articles . Il témoigne et dénonce à grand renfort de films insoutenables les massacres , les viols , le génocide banalisé , qui sont encore possibles dans notre vieille Europe fatiguée et décadente .

 

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