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                                                                 Episode 11

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Depuis un certain temps je ne vous parle presque plus de Rita . A croire que l’amour et la galipette, connaissent comme à la bourse des hausses et des dégringolades . Dans la conjoncture actuelle, rien de spécial ne se passe au Sentier verdoyant et je vais pouvoir me recycler , faire un stage en quelque sorte, pour retrouver mes ardeurs et les partager outrancièrement avec ma Rita plus accrocheuse que jamais. Je demande donc a PVS la permission de m’éclipser momentanément. Me prenant au dépourvu , il me dit un oui susurré à l’oreille, de très près, et m’accompagne malgré moi en me palpant la taille, vers la porte de sortie.

Je vais pouvoir me mettre en observation dans l’immeuble d’ en face avec Polo pour savoir qui rentre et surtout compter ceux qui ne ressortent pas . Il a une prédilection pour les disparitions car dans ces cas là il sait ce qu’il recherche. Pauvre Polo, il est quand même un peu lisse ! Une plainte a été déposée au commissariat. Une jeune africaine du quartier a disparu depuis huit jours et son cousin Coulibaly la cherche désespérément en exhibant sa photo recto-verso.

    - Tu sais Polo, le premier soir où j’ai assisté à leur messe macabre , un couple se donnait en spectacle sur la table du sacrifice .

    - Où sont ils passés ces deux là ?

    - C’était une fille Peuhl , grande , mince et souple comme une liane, et lui un ado musclé avec un solide appétit de fesses noires. Tous deux ont baisé comme des bêtes et PVS hors de lui les a chicotés en rémission de leurs péchés à grands coups de sabre en bois .

    - De qui tient-il son pouvoir, ce enfoiré du diable?

    - Carla m’a téléphoné , pour me dire que le vieux professeur Ceccaldi, installé depuis peu dans son nouveau labo de Sienne a explosé sa boite à fusibles.

    - C’est qui ce vieux schnoque ?

    - C’est un prof. de l’université , à la retraite , spécialiste de la flore amazonienne et des psychotropes. Présentement il mitonne des breuvages aux effets fantaisistes ou foudroyants selon les dosages.

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    - Et alors ? Accouche, parle enfin !

    - J’ai l’impression que sa dernière trouvaille crée des victimes obéissantes , homosexuelles et amnésiques. Qu’est ce que tu veux savoir encore ?

    - Rappelle toi ! Regarde bien la photo . Est-ce la même fille ?

    - Tout à fait , mais cependant , quoique …

    - Tu ne peux pas dire oui ou non , spèce de snobinard, de fendeur de brume , de, de, de….et puis merde alors!

Polo s’énerve. Trois jours qu’il attend une apparition ; Il voudrait entendre des voix , piquer enfin la Jeanne d’Arc sénégalaise en flagrant délit sur le bûcher et tordre le coucouzizi du père sabreur, ce Stroem de music hall qui vend les filles et assure à ses acheteurs un vrai service après vente. Il offre ainsi deux ans de garantie assortie d’un kit d’ entretien avec auto vidange périodique du cerveau, l’homo breuvage hebdomadaire dans le radiateur et éventuellement la recharge des batteries , dans son centre hospitalier psychiatrique, lorsque la mécanique se détraque sérieusement , bonne pour l’échange standard ou la casse. A Saint Clou , à la lisière de la forêt, une grande maison blanche accueille les dérangés du citrouillon , les extravagants de la culotte, ou les fanas du psychodrame. Sa clinique conventionnée, creuse avec régularité et généreusement les énormes trous de la sécurité sociale. Stroem a pensé à tout. Il est dangereusement génial. Polo a découvert l’existence de cet hôpital, par hasard , en faisant suivre par son adjoint clodo , surnommé Bragaille, une ambulance qui stationnait devant la porte du Sentier Verdoyant à une heure très tardive. Depuis Jean Rajoute et son collègue Phil Entrope qui ont finalement rejoint la galère de leur ancien patron qu’ils adorent comme leur tonton, montent la garde dans une camionnette aménagée, percée de petits trous , flanquée de caméras cachées, et capable de révéler sur un écran ce qui se passe à l’extérieur . Ce qui rend tristes les deux compères , c’est justement qu’il ne se passe rien, à part le tourne et vire des visiteurs qui viennent en consultation , à pieds ou en taxi, et qui croient, croix de bois, croix de fer , que le psychothérapeute guérira leur mal de vivre . Si d’occasion l’ambulance s’arrête devant le sas des urgences , trois hommes musclés, manu militari , empoignent et escamotent le forcené empaquet , camisolé de blanc, sanglé de cuir , qui disparaît vite fait dans les couloirs interminables de l’asile. En trois jours deux admissions musclées seulement ont été filmées aux urgences.

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    - Polo , tu devrais visionner à la loupe ces deux séquences .

    - Sait-on jamais en y regardant de plus près . Va pour un essai en arrêt-stop-image .

    - Tiens , reviens en arrière . Nettoie tes lunettes . Vois sa main , elle est noire d’encre. Agrandis. Sans doute est-ce la petite cousine à Coulibaly.

    - Tiens, ! La Nadia qui se pointe aux consultations. Elle est en train de nous doubler l’américaine. La nasse est pleine. Allons y. 

A l’enregistrement des entrées pas de Aïcha Coulibaly. Elle a été avalée par l’hôpital sans l’ombre d’une trace. Je n’ai plus le choix. Pendant que Polo parlemente au bureau d’ accueil et demande à être reçu par le dirlo de ce coupe gorge, j’enfile les escaliers des sous-sols , et à l’odeur du formol qui me guide, je rejoins sans peine la morgue, le frigo des macchabées , le seul coin silencieux de la grande bâtisse.

J’ouvre tous les tiroirs et tilt ! Aicha refroidie à moins cinq degrés , gît raidie à jamais dans un grand drap blanc immaculée confection . Pour voisins peu remuants , quelques vieux schnoques allongés en fin de parcours sont là bien morts et leur folie s’est apaisée . Ils sont guéris et se reposent enfin d’une vie ratée, râpée, rabat-joie, rabat quique. Quel destin !

En regrimpant les marches deux à deux je tombe nez à nez sur Nadia; c’est dos à dos que l’on se quitte. Elle descend , moi je monte . Drôle ! c’est toujours en se croisant qu’on se rencontre avec celle-là. Il faudra que je lui dise un jour, que c’est en se croisant qu’on fait les beaux enfants, nez à nez, à deux dos, bouche à bouche! Encore une fois je rêve.

A la sortie de l’hosto je retrouve Polo avec sa mine des tristes jours.

    - Tu déprimes, mon frère ? Où en sont tes géniales investigations?

    - Il va falloir un mandat de perquisition et renifler de fond en comble la maison des fous. Je mets ma main à pisser que je vais enfin constater le plus beau flagrant délit de ma carrière. Je cours chez le juge Mant, celui qui délivre ce petit papier qui permet de mettre son nez dans le caca des autre .

    - Moi je préfère t’attendre ici . Je guetterai dissimulé dans la camionnette.

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Une bonne heure après, Polo réjoui , débarque d’un fourgon plein à craquer de policiers en tenue, et investit sans crier gare le pavillon des dingues suivi au pas de course par trente flics disciplinés. Je dédaigne ces investigations tapageuses , les gesticulations médiatiques de Polo , la police spectacle et un peu déçu je reste coincé dans mon observatoire . J’ai tout de suite l’intuition que nous perdons notre temps. J’ai remarqué la sortie en trombe d’une ambulance , à l’arrière de l’hôpital et je n’ai pas réagi assez promptement. Tant pis, je n’en dirai rien à personne. Le remue ménage a duré une bonne heure et je récupère un Polo déconfit, les bras ballants, la paupière lourde, le nez long et le regard hagard des condamnés au suicide.

    - Oh ! l’ami , tu m’expliques .

    - Aicha envolée . Nadia disparue . Tout est en règle dans cet zoo. J’ai besoin d’un congé de paternité car je viens d’ engendrer la plus folle perquisition du siècle . Encourage moi, je tourne mollusque, je pose culotte, j’ai le sentiment amère de ma cacafouillade. Oh! la!la!la!

C’est la première fois que je ramasse mon ami à la petite cuiller . Je le raccompagne en le guidant dans les clous. Il marmonne, m’explique en anglais qu’il n’appartient plus à Scotland Yard et finit toutes ses phrases en léchant ses lèvres . Il a manifestement besoin d’ un petit remontant . Au café du coin je lui fait servir un triple whisky poivré capable de réveiller un taureau sacrifié dans l’arène. Ca y est , je commence à le récupérer sain de corps, mais encore sot d’esprit. Je remets la gomme avec un autre verre et le voilà désormais prêt à recommencer ses conneries.

    - Tu veux bien me faire un petit journal télé. Que s’est-il passé chez les foldingues ?

    - Je n’ai plus retrouvé trace d’Aïcha. Par contre j’ai saisi au hasard un tas de fioles et de sachets dans l’armoire à pharmacie. Le labo aura quelques jours de pain sur la planche. Le directeur de l’hosto m’a traité de flic débile, de chasseur de poussière, de branle quéquette, de bassine à frittes, et même, tiens toi bien, de gratte cul et d’éclate couilles. Je n’avais jamais entendu çà.

    - Ca m’inquiète. Tu n’as pas aperçu Nadia dans les sous-sols, je ne l’ai pas vu ressortir. Une énigme de plus!

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Les laborantines de la nécro police scientifique ont analysé, dialysé, lyophilisé les substances dérobées par Polo, et même relu leurs vieux bouquins de chimie, car rien n’est bien su, ni bien sûr, lorsqu’il s’agit de se pencher sur les mystérieuses propriétés de ces merdico-lasures. Dans des sachets d’ aglutinate d’aspergilum, en fait, étaient dissimulées des gélules en quatre couleurs , contenant des mixtures oniriques, hallucinantes,sexifuges ou cognitotropes. La preuve par neuf que le lien existe entre l’hostoburlingue et la secte du Bourbier Verdoyant. Là , Polo tient le bon bout , le bambou qui va lui permettre de flageller et consécutivement cabosser la tête de tous ceux qui à tour de rôle se sont moqués de lui ces derniers jours.

Rita , de temps à autre va dire un petit bonjour à ses anciens potes clodos , qui ont une adresse permanente sous les ponts de la capitale . Ce n’est pas la nostalgie qui la pousse à faire ce pèlerinage, mais un besoin d’entretenir les vraies amitiés, celles qui sont sûrement désintéressées et qui se contentent d’un litron pour s’exprimer. Et c’est là qu’elle a entendu par hasard parler d’une fille blonde , bourrée d’euros , qui les partage sans compter avec tous les boit-sans-soif de la cloche joyeuse et que l’on nomme Nadia la folle. Un peu perturbée en effet, elle ne s’arrête jamais de parler et il est pratiquement impossible de lui donner la réplique. Même en dormant, son discours se poursuit en sourdine . Drôle de maladie ! Ses copains d’infortune, ont tout essayé pour la faire taire, mais hélas! Et si encore ce qu’elle raconte avait un sens ! Enigme . … Hospitalisée par nos soins dans les services du professeur Weisenberg , celui qui sauva la célèbre folle de Chaillot, elle fait des progrès à trois phrases en moins par jour et mettra ainsi un an ou deux à s’en remettre. Le non moins célèbre prof. interrogé a décelé dans son sang les traces d’une molécule inconnue à ce jour dans son service. Les policiers en blouse blanche ont enfin identifié la redoutable mixture . Nadia a été empoisonnée par le perfide Stroem et remise en circulation dans Paris . Voilà une preuve supplémentaire . Cependant nous attendrons encore quelques jours avant de procéder à des arrestations . Ce qui nous manque, dans le dossier d’ inculpation, pour qu’il soit en béton armé , c’est le cadavre d’Aïcha . Pour ne pas habiter trop loin du Sentier, Rita occupe actuellement un petit studio dans la tour Mont Parnasse . Ecœurée par les pratiques homosexistes de la secte, elle me fait le vilain coup de l’amour romantique.  Le lys dans la vallée,   croyez moi c’est dur pour moi d’avaler ça. Je n’ai jamais pétitionné pour l’abstinence et je ne peux pas lire plus de deux pages du grand Balzac.La violenter, n’est certes pas la bonne solution , le guiliguili ne donne aucun résultat, seul un bouquet de violettes ou un poème la comble de bonheur et je ne sais plus si tout mon attirail est encore opérationnel. Ce doute m’envahit, me taraude l’inconscient, disloque mon référentiel, transforme ma sérénité congénitale en vortex psychologique. Que vous dire de plus? Je vous parle un peu de Rita, pour vous la garder bien au chaud dans mon récit. Figurez-vous qu’elle a aperçu sortant de la porte des sous-sols, dans la tour même, le sosie du gourou, l’inquiétant et sinistre Michelon , celui qui règle le déroulement des cérémonies sataniques. Il va falloir tirer au clair ce fait à première vue insignifiant . Vous connaissez ma manie. Il faut chaque fois que j’enfile des escaliers qui descendent pour aller voir , pour me dégourdir les jambes , pour chercher dans les bas fonds ce qui ne se montre pas sur les seuils. Une fois de plus , guidé par je ne sais qu’elle intuition malsaine , je m’enfonce dans des boyaux , garnis de fils, de tuyaux, de gaines, puis viennent les rats , les araignées, les portes rouillées, coincées qui mènent on ne sais où .

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Au fur et à mesure de ma descente aux enfers, je devine que ces souterrains me rapprochent du Merdier Verdoyant. Dans la dernière foulée une immense cavité voûtée en pierre de taille reçoit cinq escaliers en pente douce qui remontent probablement vers les caves de certains immeubles très anciens . Je choisis celui qui débouche au centre, et quelques échelons de plus me mènent dans une salle basse, où une faible ampoule s’allume à mon passage . Le sol en terre battue sent fortement le champignon pourri, le rat mort, l’eau croupie, et j’éternue trois fois tel un âne enrhumé qui vient de renifler une ânesse en rut. Les dernières marches en ferrailles profondément rouillées aboutissent à une trappe en bois lourd ornée de tartouilles en fer forgé . Je soulève , dos courbé, et dans l’effort je jure le Christ , les saints et les apôtres, espérant ainsi l’aide du diable, pour émerger enfin dans une couloir étroit, fermé au bout par une porte blindée en inox. Là , je sais où je suis, juste au niveau de la cellule où Nadia était emprisonnée . Je rebrousse chemin, car mon passe partout cette fois-ci rechigne et se coince.

De retour au bureau , je retrouve ma Jacotte qui profite en ce moment du caprice romantique de sa rivale Rita. Je la baise affectueusement pour rattraper le temps perdu . Tant pis pour l’autre idiote! Puis je bigophone à Polo qui râle car son divisionnaire l’a traité de flic budgétivore , abusif, qui gaspille les moyens mis à sa disposition pour des résultats minables.

    - Viens au bureau , j’ai ce qu’il te faut pour regrimper dans les sondages .

    - J’arrive , je cours , je vole et me range , devant ta porte dans cinq bonnes minutes .

Quand Polo va vite , bonjour les débats , qui n’ont pas de sens ou n’en finissent pas. Toujours est-il, qu’il hésite, quand je prétends qu’Aicha n’est pas bien loin, dans une sorte de catacombe secrète, en tout cas peu fréquentée mais profonde et mal éclairée.

    - Cette fois je ne demanderai rien à mes chefs. L’insuccès ne m’est plus permis, dussé-je piocher moi même à en perdre le souffle, dans l’obscurité, et la chaleur moite des sous-sols.

    - La question posée avant tout, est, de trouver dans la ville une pioche , une pelle , et munis de ces deux outils, qui font désordre dans Paris , de passer inaperçus . Aurais-tu oublié comment on retrousse ses manches, pourquoi on crache dans ses mains avant de commencer , et avec quoi on s’étanche le front ruisselant de sueur.

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Mon ami n’a pas été élevé à la campagne. Il me regarde ahuri, et me demande si le fait d’être classé au tennis, facilite le maniement de ces deux instruments de jardinage.

   - Ne t’inquiète ! il faut un commencement à tout . Il suffit que tu déterres une main, ça se passe comme cela dans tous les films à la télé . Après tu pourras appeler l’équipe scientifique, et pendant qu’ils finissent le chantier, nous irons respirer l’air frais et boire à la santé chancelante de ton chef hiérarchique.

Au préalable , il nous faudra épier les allées et venues dans ce passage et mettre en garde à vue momentanément ses usagers éventuels . Nous avons ainsi épinglé , Michelon qui semble l’emprunter assez fréquemment. Les jeux sont prêts . A la lueur d’une pile wonder qui s’ use même à l’envers, dans les ombres dansantes, et les éclaboussures de terre , Polo manie à mon grand étonnement, avec une dextérité peu commune, la pioche qu’un ami de banlieue nous a prêtée . Je peine avec la pelle , et je me sens plus à l’aise avec ma guitare, mon flingue ou les miches à Rita dans mes mains délicates.

La main tant attendue se tend soudain , le petit doigt pointé . Ca y est enfin! Nous remettons tout en place, la menotte, la terre remuée  et la remontée au royaume des vivants se termine à la brasserie Montparnasse où nous buvons au succès de l’opération main noire . Pour demain Polo échafaude un plan audacieux: pendant que l’équipe des découvreurs de cadavres et des releveurs d’empreintes fouilleront les tripes souterraines du quartier, nous, à porte et ciel ouverts nous cueillerons les coucounettes déjà déguisées pour la messe crépusculaire, au moment précis du sacrifice , lorsque Stroem en furie menace de pourfendre la victime expiatoire.

Pour Aïcha , l’autopsie nous dira exactement si l’outil meurtrier était l’épée ou le goupillon qui a tué sans pardon, pour la jouissance morbide d’un troupeau de tarés, d’enculeurs bâtards , de sinistres fripouilles. Pour ce crime, la présomption d’innocence et tout le blabla juridique des juges ne peuvent en atténuer l’horreur.

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Puis nous changeons de plan car les arrestations réussies se font au petit matin quand la ville dort. Tard dans la nuit , le sanctuaire a dégueulé tout son beau monde sur le trottoir humide du boulevard. PVS et ses douze apôtres restent à demeure dans l’antre du diable. A six heures du mat, une impressionnante souricière est mise en place par Polo qui est redevenu en un clin d’œil l’incomparable commissaire , le premier flic de France, le Fouché du siècle , le grand manitou des menottes , enfin le Zoro de la crim.  Coté souterrain, une nasse à fines mailles ne laissera pas filer les dégourdis qui voudront se faire la malle par le soupirail de la tour. En fin de nuit une équipe de spécialistes a gratté et extrait une Aïcha bien amochée , tout juste bonne pour la table à découper des chirurgiens légistes. L’ assaut sera engagé sous peu . Polo donne ses derniers ordres par mégaphone, et réveille ainsi tout le quartier, se prenant à n’en pas douter pour le muezzin de la mosquée de Paris. Avertis, on ne sait pas comment et par qui , trois journalistes fouille-merde circulent , questionnent et se rapprochent de la vedette du moment. Polo leur fait en douce un petit signe de connivence et à six heures tapant donne le signal de la curée. Sachez une chose , que Polo n’ a pas le feu vert de son patron, qu’il brave les tiédeurs de la préfecture de police.. Mais si le résultat s’avère positif, il pourra pavoiser. C’est à croire que dans sa hiérarchie, il y a ceux qui n’osent s’attaquer aux sectes, ou alors vous le pensez sans doute avec moi, il y a aussi ceux qui pédo-surfent sur la toile. Quel monde ! …. La porte de la secte infernale, s’ouvre enfin sous les martèlements et les injonctions policières. C’est le moment pour PVS de gommer toute espérance sur le seuil de son temple satanique. Pénétration, suspense, attente silencieuse, quelques passants se figent, l’événement se fait attendre! Puis, tandis qu’une civière ouvre la marche, portant la dépouille d’Aïcha, les flashes des journaleux mitraillent les douze apôtres entravés comme des bêtes récalcitrantes qui suivent deux par deux, la mine allongée, le dos cassé, cachant leurs visages pales, et tout surpris d’être hués par cette foule matinale. Tout ce qui roule sur le boulevard, ralentit pour un furtif coup d’œil. Ceux qui auront déjà vu, reverront avec intérêt , à la télé ce soir, le fait divers amplifié et diront à leurs amis « j’ai vu , c’était génial » . Actuellement, pourquoi le dire encore, tout est génial ou super. Ces deux mots clé résument le fond de conversation de la plupart des gens . … Mais revenons à nos moutons galeux. Ils vont grimper dans les fourgons bleus de la police nationale, poussés sans ménagement par des mains de flics, chiffonnant au passage les robes de chambre du matin, bousculant les parures, les perruques, les moumoutes et bigoudis de ces messieurs-dames alpagués au saut du lit. Quelle misère !

Autant ne pas trop insister sur les agissements incontrôlables de Polo , qui s’adressant aux journalistes, a oublié qu’il leur parlait dans le mégaphone encore branché, inondant le quartier encore mal réveillé, de son enthousiasme tonitruant . Moi j’ai honte pour lui, il n’est pas sortable ! Ce matin sa mégalophonie, vraiment surprend, étonne, s’étend, détonne, présentement déconne. Je lui tape sur l’épaule discrètement, et j’éteins l’amplificateur ; il reste soudain sans voix et son discours se perd dans la foule des badauds d’ou monte un rire, vite amorti par les applaudissements. Il se ressaisit , et en réglant son pas et sa démarche, il pénètre dans le temple où une enquête sérieuse va être rondement menée sous ses ordres. En retrait j’assiste impassible au succès de mon ami qui ne m’a même pas regardé, et m’en veut d’avoir coupé le son au milieu de son triomphe.

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Les jours suivants, nous avons fait labourer toutes les galeries convergeant sous le sentier merdoyant. Cinq cadavres rabougris, tristes à pleurer, de jeunes femmes nues assassinées d’un coup d’épée en plein cœur, viennent étoffer le dossier déjà accablant de PVS.  En plus, un dépôt d’armes impressionnant a été mis à jour dans les catacombes du repère.

Depuis ces arrestations, Polo a reçu des félicitations forcées de la part de ses chefs; moi je me contenterai des menaces de mort, venant tout droit de Sienne, accompagnées d’un petit cercueil en bois de pin, orné de dorures et de poignées démesurées qui semblent indiquer que mon décès est proche. J’ai fermé le bureau qui a été saccagé une fois de plus, une fois de trop , et Jacotte est partie à la campagne. Il va falloir rendre visite à Carla, pour programmer la lessive complète du Sentier italien . Cependant je me sens un peu seul dans la tourmente. Rita qui n’a pas froid aux yeux, c’est sûr , pourra partager l’aventure . Mais cette fois ci le danger s’affirme. Il va falloir recruter parmi les compagnons d’antan , rangés des voitures mais nostalgiques , les amis de mes années folles où dans ma jeunesse j’étais du côté des voyous à Marseille.

    - Polo , peux tu me faire recruter une fois de plus par la DGSE pour une mission en Toscane, en invoquant la reprise du trafic d’armes en Europe.

    - Je suis bien noté en ce moment mais je ne te promets rien .

    - C’est dommage que Nadia soit sur le flanc.

    - A propos , j’ai plutôt une bonne nouvelle . Elle a enfin cessé de palabrer toute seule et va beaucoup mieux, sa langue ne vibrionne plus, et elle serait plutôt plus muette qu’une carpe. Tu devrais lui faire visite avec un bouquet de fleurs et un gros ananas qu’elle réclame sans cesse.

    - Elle est donc encore perturbée la pauvrette !

    - Au CHU on pense que sa préoccupation est tout à fait normale. Les fleurs et l’ananas signifient le retour parmi nous , la preuve qu’elle s’intéresse enfin aux petites choses de la vie. C’est bon signe !

    - Je pense aussi que le prof a oublié un détail important . Ce qui la remettra à cheval une bonne fois pour toute c’est une longue chevauchée d’ amour dans un grand lit douillet avec un mec à la hauteur.

    - Je te vois venir grand saligaud , Casanova de chambre d’hôtel , abuse-malade , trousseur de femmes seules et naïves .

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Dois-je contacter mon vieux copain de Marseille , Constantin Ciacarellu ; C’est le plus vilain hirsute de la création . Lui dire qu’il est barbu c’est lui faire une fleur . Disons qu’il a la joue et le menton, poilus filass , et lorsqu’on le regarde bien en face pour converser , il mâchonne en bavant humide, les mèches décolorées de son abondante moustache et vous oblige plutôt à scruter l’horizon. C’est franchement insoutenable!

Nadia , elle , se porte mieux depuis qu’elle s’est fait culbuter sur son lit d’ hôpital par le brancardier de service. Elle a coïté si fort que la voilà requinquée pour l’action , érostabilisé coté libido, fin prête pour tourmenter les saligauds , les voyous , les pédophiles , pour paralyser les trafiquants et passeurs négriers, et momifier les assassins. Gentil programme!

Constantin a dit « oui tout à fait » . Nadia nous accompagne . Rita n’envisage pour le moment que la perspective d’une lune de miel , troisième refrain , en Toscane . Polo a ramé dur pour n’obtenir que des ordres de mission non écrits de la DGSE , mais seulement la promesse d’une extradition vers la France, pour nous en cas de bavure, et le concours du meilleur avocat du barreau de Paris pour éponger nos entorses à la légalité. Autrement dit, il ne faut pas , faire de faux pas, mais il faudra ménager la chèvre transalpine, le choux de Bruxelles, l’oncle Sam et pourquoi pas le vice-roi des Indes .Ne bousculons surtout pas la sérénité des bureaucrates des services d’intervention! Voilà constituée l’équipe branquignole capable du pire. En route pour les guerres d’Italie!

Afin de passer inaperçu , Napo mon cousin passa le col du grand Saint Bernard armé jusqu’à la ceinture. Nous nous contenterons d’envahir la botte par Vintimille . Je frise les deux cents à l’heure en passant la frontière. La Maserati de Constantin filoche tel un missile SSBM , suivie de l’alpine racle bitume de Nadia qui a horreur des américaines. Dans son ancienne Cadillac , on la prenait trop souvent pour la fille de Rita Evorte celle du fameux bal des sirènes . Rita , la mienne somnole pour ne pas déranger , dans le profond siège baquet de ma Mercedes carrossée, ne vous l’ai-je pas déjà dit , par Farina pour le dernier carnaval de Nice. On ne risque pas de passer inaperçu, mais plutôt pour des frimeurs pleins les fouilles. A nous donc la dolce vita! Nous avons choisi d’agir à visage découvert , mais grimés . A Sienne nos ennemis ne pourront pas nous reconnaître et ils auront des surprises, c’est promis !

A Sienne , nous débarquons chez Carla , mais dans la banlieue de la Cité ou elle se retire de temps à autre, lorsque son compagnon de plume et de plumard va visiter ses éditeurs . Au centre d’un vaste vignoble elle possède une gentilhommière miniature et discrète , mais pouvant nous accueillir tous en vrac, à l’improviste et sans façon. On ne pouvait rêver mieux comme quartier général pour mener les sales besognes qui vont endeuiller la racaille, et creuser la tombe d’ un certain parrain omnipotent et indéracinable par les moyens légaux.

L’idée vient de Nadia qui projette de se faire le Seppo , de le séduire, de l’entortiller par la braguette et le pousser dans une entreprise meurtrière qui nous évitera la cague molle dans les mains. Lui suggérer de prendre la place de son vieil oncle Don Meschino Pardini, le tonton qu’il avait salué un certain soir à l’arrivée du car des clandestins, est une idée géniale. Vieux routier du crime et de l’embrouille maffieuse, le croulant fort respecté par les anciens ne se doute pas que les jeunes loups, lui font le bras d’honneur lorsqu’il tourne le dos et lui volent la moitié des ressources de la famille. Notre partenaire est sûre de son coup. Vedremo!

 

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