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                                                                   Episode 10

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Enfin l’heure du sacrifice sonne à l’horloge murale , supportée par deux diablotins cornus. Les aiguilles phosphorescentes dans la lueur des cierges , s’immobilisent ; Le tic-tac amplifié agresse douloureusement les oreilles des pénitents , puis soudain cesse . Le temps est suspendu ! Tous doivent se prosterner aux pieds du Père Von Stroem qui fend la foule à grand pas , lentement , porteur d’un sabre japonais étincelant. Drôle de samouraï! Imaginez votre tante Berthe , déguisée en spadassin d’opérette brandissant une arme en aluminium anodisé, gesticulant comme dix diables déchaînés et affublée d’une panoplie complète de karatéka. Ne riez pas! car de nouveau , dans l’assistance apparaissent encore quelques signes certains d’une sinistrose collective. Je ne reconnais plus P.V.S. qui débridé , entame en virevoltant sur les planches autour de la selle mongole, une danse du sabre digne de La grande illusion . J’ignorais son talent et vous pouvez me croire , ses gestes maniérés, délicats émeuvent fortement ses fidèles , qui font exploser l’ applaudimètre. Quel succès! Il en bave de plaisir, le chouchou . Il tortille une dernière fois sa croupe d’ enfileuse de mouche et dans un bond furieux inflige ses coups sans ménagement au couple encore enlacé . Heureusement , quoique cinglante, la punition est supportable. Enfin, Adam et l’Eve noire sont chassés du paradis et retournent honteux dans le jardin terrestre où les attend un bien triste destin , qui les conduira sur la terre promise , représentée à gauche de la scène par un cirque romain où s’affrontent des lions affamés et de loyaux chrétiens; P.V.S. vocifère dans le mégaphone:

    - Ainsi leurs descendants connurent de terribles épreuves , parce que dieu mon cousin, les avait condamnés à s’aimer dans le péché de chair , cette union particulière et anormale entre deux sexes opposés. Fuyez donc ces pratiques sauvages, ces us et coutumes d’un autre âge , que le Démon déplore . Copulez sans entraves, avec votre semblable. Les enfants du futur viendront de l’éprouvette . Ste Hermaphrodite sera l’épouse immaculée du Malin ! Si vous avez choisi la voie du sentier verdoyant , vous connaîtrez l’éternité dans le bonheur, l’extase perpétuelle, et la vive allégresse , tandis qu’au fond du puit infernal et maudit, les croyants d’aujourd’hui, au charbon brûleront sans espoir.

En attendant que l’émoi s’atténue, que les musiques cessent, je m’inquiète de voir les participants sombrer dans une mélancolie profonde. Ils se grattent , s’agitent , soubresautent et se tétanisent enfin dans des attitudes burlesques, les uns assis , les autres couchés,  penchés, debout, muets comme des carpes rouges, la bouche grande ouverte et le regard fixe. Rita sort de sa cachette et s’approche de mon oreille:

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    - Ce grand vicelard n’ a pas l’air de maîtriser ses dosages. Ca va mal finir. P.V.S. est fou à lier. Doumè, j’ai peur ! Arrêtons ce carnaval.

    - Non , attend la suite . Je crois bien qu’il sait ce qu’il fait . Il va profiter de cette léthargie générale pour faire passer son message dans l’ inconscient de ses fidèles en quelque sorte hypnotisés.

Cependant P.V.S. a repris le mégaphone :

    - Mes doux agneaux , je suis content de vous . Notre cause est sacrée . Nos aspirations seront accueillies favorablement en bas-lieu par notre Prince des sous-sols ardents . Revenez donc demain, pour célébrer la messe, pour prier et accomplir votre devoir conjugal quotidien .Vous pouvez dès à présent sortir de votre rêve. Ite missa est !

Et comme par enchantement toute l’assistance reprend vie et rejoint les salons de l’étage pour applaudir à un défilé de mode où le tout Paris gay a été convié .

    - J’ai interrogé , hier , à la fin de la cérémonie , un ancien pote qui a viré homo, suite à une peine de cœur, et que je connais bien . Il m’a avoué n’avoir aucun souvenir des messes passées. Par contre il ne sait pas trop pourquoi tous les soirs il revient finir ses journées dans cette antre du diable.

    - Il te faudra vérifier sa situation financière .Je devine qu’il doit être ponctionné régulièrement et pour de coquettes sommes versées sur un compte suisse numéroté.

    - Il revient sans doute parce qu’il est en manque car la drogue bue chaque soir agit à son insu. Il revient tout simplement chercher l’apaisement.

Des jours semblables, jusqu’au dimanche, ont égrené le chapelet des heures, et apporté la parole démente du grand prêtre de la secte maudite . Seulement voilà , un détail me tourmente depuis peu car j’ai la certitude que l’Eve noire a disparu de la circulation . La toute dernière désignée pour le sacrifice, d’origine bulgare, genre Esméralda , faite pour l’amour ou la prostitution , a plié bagage. Je crois bien que l’on patauge dans une sale histoire de proxénétisme, de passages clandestins, de fabrication de faux papiers et de cartes de séjour. Je vais en parler à Polo qui commence à s’impatienter. Lui aussi se rend compte que des trafics en tout genre se cachent derrière la façade fleurie du respectable sanctuaire . Je ne suis chargé , en son sein que de la surveillance des locaux et surtout de celle des coffres . Pour le moment, je n’ai aucune preuve de ce que je devine. J’ai toutefois intercepté une lettre récente codée , affranchie à Sienne . Du moment qu’elle a été confiée aux services spécialisés , elle révèlera à coup sur son message. Dans le nouveau sigle , se cache une petite croix gammée, indiquant discrètement l’appartenance de la direction siennoise à la mouvance nazie. Il ne manquait plus que cela ! J’ai, vous le pensez bien microfilmé la courte missive et transmis ma trouvaille à Polo , qui tourne rotor comme mille alternateurs . Si ce con ne surveille pas son cholestérol , il risque l’embolie sternutatoire, la pire, celle qui ne pardonne pas. A la dernière entrevue, dans son bureau minable, il a craqué .

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    - Tu vois Doumè , je suis calme , mais dans mon moi qui bout j’ai un bouledogue qui aboie et me casse les tympans , une méchante crécelle qui me tarabuste l’intime , une clochette endiablée qui m’escagasse la cervelle. J’enrage , je meurs si je ne parviens pas à régler leur compte à ces enfoirés, à ces paroissiens de merde qui me prennent pour une patate molle.

    - Du calme , mon biquet . Tu vois , je commence à parler comme eux . Si tu patientes un peu, je vais leurs préparer une embuscade qu’ils n’auront pas au bout du compte le loisir de raconter à leurs petits enfants car ils auront tous capoté aux dernier acte .

    - On va leur torsader la gargamelle , leur faire avaler mille couleuvres , les galvaniser au feu de bois , les aplatir à coups de pelle .

Je n’ai jamais vu Polo dans cet état de surmenage avancé . Il urge de passer à l’action car la seule condition nécessaire et suffisante pour le récupérer est de se bouger le cul .

    -  N'oublie pas de me communiquer les résultats pour décryptage.

Les clochettes de l’église Montparnasse, sonnent creux tous les soirs. C’est au moment de l’angélus que les victimes de P.V.S. regagnent le Sentier verdoyant pour assister à la messe orgiaque et recevoir leur potion infernale . On se perd en belles manières , en frissons de fillette , en gestes délicats et furtifs. Oh!la,la! La porte est là qui baille. Entrez donc bonnes gens!

Parlons en du fameux message ! Tu penses ! un rébus de plus, une ridicule devinette, une charade, un fracasse crâne chinois , à se prendre une migraine asiatique plein fouet .. Je retrouve le lendemain matin Jacotte endormie sur le bureau écrabouillant une paperasse éparse . Elle a un sourire d’ange et dans sa main entr’ouverte une feuille gribouillée pendouille . Elle a trouvé . « Nous venons d’ Albanie pour Sienne, par Rimini et Arezzo, nous emprunterons une barque de pêche à Popolonia , et en passant par l’île d’ Elbe terminus à Porto Vecchio en Corse, fin ». Aucune indication n’est donnée sur la date du voyage. Autant aller les attendre chez Carla car le convoi fera forcément étape à Sienne . C’est une idée qui a jailli trop vite et ma Jaja me fait une tronche désespérée.

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    - A peine arrivé tu repars , tu imagines ce qu’est ma vie sans toi .Je te souhaite de finir tes jours aux Galapagos, chez les iguanes marins . Va te chier ! Enfoiré!

Nous brûlons d’ impatience de revoir notre chère comtesse qui doit s’étioler sans nous ….Quoique …! Rita a repris ses habitudes dans son petit studio parisien . Coiffeur, shopping, expositions, coquetels, vernissages, opéra , peuplent ses journées marathon jusqu’à très tard, et je comble ses nuits et ses fougueuses ardeurs à ma façon . Je vais y laisser ma peau ! Plus ça va , et plus on baise. De toute manière l’amour, c’est connu, ça use mais ça amplifie l’intellect . Autrement dit , je deviens petit à petit génial. Mes septiques lectrices, vous en doutez! Expérimentez, vous verrez bien.

Me voilà sur la route , la calandre de mon coupé Mercedes tourné vers l’Italie. Le pactole extorqué aux trois bonzes que nous avons abandonnés chez les lépreux , me permet de vivre au dessus de mes petits moyens. Imagine une 64 soupapes , avec ABS absolue , air bag latéral , allume cigare à laser, ordinateur de bord à commande vocale, qui parle comme vous et moi , musique psychédélique, Brahms en techno Hi fi, et pour parfaire le tout un compulsateur à ailettes , pour remplacer le fameux turbo classique, qui mérite à présent de finir à la casse. Ce n’est pas avec la prime de 999 francs , généreusement offerte par la DGSE pour ma performance en Amérique sudiste , que j’aurais pu m’offrir un bolide rouge sang aussi prestigieux. Rita à ma droite, comme à l’accoutumée somnole la main posée délicatement sur un magnifique rubis en sautoir à son cou que je lui ai offert en lui proposant une lune mielleuse en Italie . Mes louloutes chéries, je suis sapé comme un milord et j’ai oublié le petit , le minable privé que je fus jusqu’alors . La revanche dans la vie sociale c’est le bouquet, c’est aussi l’allégresse permanente à chaque geste , à tout propos, à toute allure, à tout bout de champ. Vive la vie, la vitesse et la chance. Chez Carla , le romancier à la mode, Emilio occupe la place d’honneur dans le noble lit de la Maisonnée des Montefrolo . En robe de chambre il nous ouvre la porte, à six heures du matin.

    - Mes bons amis de Paris , entrez et soyez les bienvenus dans la cité du Palio. Les festivités vont débuter ces jours-ci et après vous pourrez dire que vous connaissez tout de notre ville.

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Carla se précipite, risque de trébucher en piétinant une chemise de nuit qui pend à son bras et qu’elle a oubliée d’enfiler. Nue comme l’aurore de Michel Ange, elle nous embrasse fougueusement, s’aperçoit enfin qu’elle n’est pas très présentable, et nous entraîne vers les cuisines où Maria prépare un café dans une Vesuviana dernier cri, carrossée par Maserati en personne.

    - Patientez trois secondes, j’enfile ma nuisette , et je suis à vous. Ma chère Rita je suis si contente de vous revoir, si contente que j’en oublie les convenances. C’est mon Emilio qui doit être jaloux de me voir si dévergondée. Avec celui là l’amour est un enchantement!

Pour mon voyage en Italie PVS m’a chargé d’une mission particulière auprès des saints patrons du haut sentier siennois. C’est exagérer bien trop les appréhensions que de s’attendre à une réaction violente de ces messieurs à mon égard. Sont-ils vraiment au courant de ce que fut notre folle entreprise en Côte d’Ivoire? Il me semble qu’ils ignorent tout lorsque je leur ouvre, ne sachant ce qu’elle contient, la valise que m’a confiée PVS. Des billets verts, qui avaient échappé au feu, des dollars à la pelle récupérés dans les coffres en inox du sentier Montparnasse, s’étalent devant nos gourous ahuris. L’un d’eux ricane .

    - Ce pédé de Stroem serait donc honnête ou alors il mouille sa culotte d’enculé! Bonne recrue!

Les truands actuels n’ont plus la classe des voyous d’ autrefois. Leur langue fourche trop souvent sur des grossièretés, ils s’habillent comme des pingouins et leurs yeux brillent un peu trop fort devant une liasse de grosses coupures.Prêts à tout pour du fric, ils exécutent ou le font faire pour mille dollars à peine. J’en ai froid dans le dos. Pour le moment ils me portent un certain respect. C’est bon signe! Mon maintien très britishe , mon standing, mes silences leur en imposent , et je sens qu’on va bien se supporter. Ils sont ravis d’avoir Carla comme marraine , car cela leur permet , eux qui ne sont que fils de putes et de Naples, d’approcher le beau monde. Ce n’est pas la crème qui dirige le Sentier mais plutôt un trio de dégourdis chapeautés par la maffia napolitaine. Attention il est vraiment périlleux de plonger sans scaphandre dans ces eaux troubles.

Le seize août , sur la Piazza d’el Campo , le fête d’origine médiévale, le Palio attire au soleil d’Italie, la foule impatiente, les bannières bariolées et les chevaux sans selle. La compétition des contrade, représentant les dix quartiers choisis pour la fête , et pour une course effrénée sur la piste de terre enserrant la grande place, sera chaude, dangereuse et sans pardon pour celui qui aurait le désagrément d’être désarçonné. Une messe est d’abord célébrée le matin même de la course dans la Capella di piazza où sont pendus les étendards et le Palio destiné aux vainqueurs. Puis suit le défilé sur une charrette tirée par quatre bœufs. Lorsque la grosse corde qui retient les chevaux tombe commence alors une cavalcade en trois tours de piste, rapide, saccadée, accompagnée des cris de la foule en délire, massée dans les gradins ou au centre de la fameuse place. Le désespoir des battus et la joie intense des vainqueurs couronnent la fête qui durera par la suite toute la nuit.

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Dans la foule , je repère Seppo , le plus jeune des trois voyous , collé contre une belle italienne qui rit, qui crie, qui se tortille et offre au bon milieu des spectateurs serrés les uns contre les autres, assez discrètement quand même , son petit cul d’amour sous sa jupe retroussée, qu’il a eu l’opportunité d’enfiler par derrière, sans se faire prier. Ses enthousiasmes se fondent dans la clameur qui enfle au dénouement de la course. Le palio est gagné cette fois ci par la contrada del torre. La belle a fait face et un baiser unit longuement les deux furtifs amoureux, qui iront, n’en doutez pas à confesse, dans un pays ou on ne rigole pas avec les convenances. Ce petit intermède coquin a réveillé en moi mon inconsciente libido et Rita se demande pourquoi je la serre une peu plus fort. Eh! Doucement, caro mio, il y a du monde.

La nuit se fait prier aux mois d’été , et elle nous apportera d’autres surprises car partout ou je passe l’aventure me colle aux souliers, m’attend au coin de la rue, ne vous l’avais-je pas déjà dit ?

A Rita de suivre l’italienne rentrant bien sagement en fin de soirée chez sa mère. Moi je préfère pister Seppo, qui au volant d’une Maserati semi-sport , quitte la ville pour la banlieue proche. En pleine campagne toscane, au sommet d’une petite colline  il stoppe devant une énorme ferme, que l’on prendrait, vue de loin , facilement pour un manoir. A l’entrée deux malabars fouillent consciencieusement le visiteur qui se marre devant tant de précautions. De loin me parviennent quelques bribes d’un joyeux échange de plaisanteries grossières. Au bout d’une demi-heure d’attente, Seppo ressort enfin , accompagné sur le perron, d’un homme âgé, ventru, cheveux blancs, très digne, qu’il quitte en saluant avec beaucoup de respect. Je me dissimule au plus près de l’entrée monumentale. A proximité stationne un car de tourisme jaune paille, dont je note le numéro. Mon enquête bâclée, je rentre chez Carla.

Quelques jours se passent en promenades dans les environs . Emilio qui connaît la Toscane comme sa mère , nous explique les luttes d’influence de la Sienne gibeline contre Florence la Guelfe. Les marchands de la ville étaient présents dans toute l’Europe et devinrent même les banquiers du Pape au douzième siècle, pour être au suivant excommuniés , car ils avaient rejoint la politique de leur ancienne rivale . Entre temps , pour amuser les historiens,  les combats firent beaucoup de morts, pour la prospérité des rescapés, des marchands, des seigneurs influents et mécènes. Les luttes s’éternisent, mais le négoce veille, accumule, banquetroque, influe et infléchit le cours des évènements tragiques qui bouleversent surtout la maigre vie des pauvres gens. On joue encore à ces jeux innocents , dans certaines contrées bénies du monde. C’est ainsi que les chemins de l’exode fourmillent actuellement de fuyards qui rêvent d’atteindre l’eldorado européen pacifié , en passant les frontières passoires de nos généreux pays. Les trafiquants sont à l’affût et se font les fouilles en or. Les hommes vont aux chantiers, sans papiers et au noir , les femmes iront sur le trottoir , droguée , déshumanisées, vidées de leur âme et de leur liberté . Charmant programme ! Ca y est mes rares et gentils lecteurs , qui avez eu le courage de me lire jusque là, j’exagère, je peins en brun sombre avec des pinceaux à gros poils, je me complais dans les misères et les aléas meurtriers de l’aventure humaine et pour faire bon poids je trouve tout cela amusant et naturel. Abjecte, méprisable auteur, qui se vautre dans les turpitudes et les cruautés , l’exhibitionisme outrancier, la décadence folle du monde civilisé , la molle déchéance des nations , la justification du meurtre politique et organisé et quoi encore ? Une troupe d’africains à priori basanés , des kurdes en fuite, des fuyards roumains, des juifs errants et des métèques débarquent du car jaune, habillés correctement , surprise! équipés de valises vides et d’appareils photo bidon, quarante bipèdes mêlés à une escouade de très jeunes filles en beauté, fardées comme des poules du bois de Boulogne , ne sachant pas encore qu’elles y travailleront sous peu. Un vrai car de touristes en vadrouille culturelle ! Seppo en guide séduisant , accapare l’auditoire et offre l’hospitalité en napolitain. Personne n’a compris un traître mot de son discours , mais tous remercient . Avanti, pour un plat de macaroni qui leur est servi gratis mais qu’ils ont bien payé au départ de leur voyage de dupes. Les hommes ne savent pas qu’ils passeront les Alpes à pieds pour se fondre dans la population cosmopolite française . Les femmes elles traverseront la mer, pour la Corse embarquées sur un vieux caboteur réformé qui les déposera sur une plage entre Porto-Vecchio et Bonifacio. Là les attend une mise en condition  qui fera d’elles des championnes de la prostitution parisienne ou bruxelloise. Le passage en avion Ajaccio Paris se faisant évidemment sans contrôle des identités, elles seront enfin au bout de leur voyage pour le meilleur et pour le pire.

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Au mois de septembre, dans les petits villages de la côte , les touristes sont moins nombreux. Les huit belles étrangères passeront pour des étudiantes en voyage de fin d’études et logeront dans un petit hôtel près de Bonifacio. Chaque jour, des leçons de français leur sont données, comme on gave les oies, par un vieux professeur en retraite qui regarnit sa cagnotte . Leur traitement au bicarbolasure a sournoisement commencé et les effets dopants, mais aussi la dépendance se font sentir. Chacune a trouvé un copain de plage. Ce qu’elles ne sauront jamais c’est que leurs compagnons font partie du scénario et qu’ils les droguent à leur insu .La poudre américaine n’a ni odeur ni saveur et se dissout dans n’importe quelle boisson. Elle exagère les pulsions sexuelles, précipite ces pauvres filles dans tous les bras qui se tendent , et efface ensuite le souvenir de leurs ébats. Au bout de deux mois de débauche , tandis que leurs petits copains sont maigres comme des chats de gouttière, elles parlent un français hésitant, mais sont fin prêtes pour le turbin dans les ruelles, les bas fonds, les allées et jardins de la capitale. Averti par les R.G. d’Ajaccio, Polo sait qu’elles arriveront au Sentier Verdoyant à la fin du mois.

PVS les a reçues ce matin comme des copines. Il déborde d’amabilité, le salaud, et les conduit en secret dans les luxueux appartements du sous-sol , où elles seront isolées. Chaque jour suivant, un homme sévère, portant serviette de cuir et complet sombre se présente au temple et vient discuter le prix de la marchandise. Il repart chaque fois avec l’une d’ entre elles. D’ après Polo c’est un ancien avocat nommé Garcia, rayé du barreau, qui s’est spécialisé dans ce genre de transaction. C’est le courtier du Clac-Bordel-Office qui vient s’approvisionner en filles pour les gros voyous du milieu parisien. Elles sont chères car bien conditionnées. Leurs papiers sont des faux, mais les ripoux veillent au grain, ferment les yeux et perçoivent régulièrement leur dîme.

La dernière, nommée Nadia Bolic , n’a pas voulu suivre ce triste individu et la prise de bec a dégénéré en bagarre qui a coûté une griffure saignante sur la joue de PVS et un oeil au beurre noir pour Garcia. Nadia a compris beaucoup trop de choses et la drogue ne semble pas avoir une réelle action sur son comportement . Deviendrait-elle gênante  pour PVS , pour toute cette engeance de malfaisants, d’enfoirés débiles, de pédophiles, de suceurs de quiques, de branleurs d’asperges ?…

Vous allez encore me reprocher mon style patatrasismique, mon choix du présent pour vous conter une simple histoire passée , mon vocabulaire limite, et quelques fantaisies burlesques qui ne feraient rire, m’a -t-on dit souvent , que les idiots et les ivrognes. Je déplore, je pleure, je décalotte mon stylo bille mais rien n’y fait, ma phrase s’embourbe, se décompose , s’évapore et finit dans la cafouille et la déconfiture. La conjugaison n’est pas ma tasse de lait. Hélas, mêlasse, fracasse! Je suis malheureux, malheureux comme la pierre fendue à Roncevaux !.

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Mais , oh ! l’histoire continue. J’ai peur pour Nadia . Il faut à tout prix que j’empêche l’irréparable. Elle a amoché sérieusement la frimousse fardée de Von Stroem , et il ne lui pardonnera pas, car il se trouve beau et désirable . Sa délicate main cachant l’estafilade , il a regagné sa coiffeuse, en poussant des petits cris de souris effarouchée , et depuis se farde à la truelle pour cacher l’épouvantable blessure. Il me convoque pour me dire qu’une cérémonie un peu spéciale aura lieu demain dans les catacombes , pendant la nuit de pleine lune, celle des fous.

    - Il n’est pas question d’y convoquer tous les adeptes. Seul , avec mes apôtres je conduirai la prière et célèbrerai la messe . Vous veillerez devant l’entrée et nul ne doit franchir la porte secrète. Je compte sur vous, mon cher Doumè.

Il me faut à tout prix avoir une explication avec cette Nadia qui ne se comporte pas comme prévu, et même échappe je ne sais comment aux effets de la drogue . La prochaine rencontre avec PVS sera l’occasion de le berner une fois de plus.

    - Monseigneur , je crois avoir perçu quelques bruits suspects dans les sous-sols. Je crains une brusque remontée des eaux par les catacombes, un engorgement des égouts dans les parties basses de nos installations. Me permettrez vous d’y jeter un coup d’œil.

    - Mon cher Doumè , vous avez carte blanche. Je vous réserve toute ma confiance pour le nécessaire et le superflu.

Je ne sais pas si notre chouchounette en chef réalise la difficulté, de rester maître du jeu dans ce monde impitoyable, de se faire obéir par des jeunes truands qui ont des dents de loup et un mépris maladif de l’autorité. Il ne se méfie pas non plus du gros malin que je suis et que vous commencez à bien connaître.

Comme vous vous y attendiez , j’enfile l’escalier de la cave, à la recherche de Nadia qui doit être recluse derrière des portes blindées et de solides cadenas . Mon passe partout fonctionne à l’huile de serrure et aucune porte ne reste close. Mon entrée soudaine dans la prison de Nadia la prend au dépourvu et je mets à profit son hésitation pour lui balancer un message de conciliation en anglais? Je ne vous cacherai pas que l’angliche est ma septième langue, car j’eus dans mon enfance heureuse, sept nurses, une par an, qui me récitaient à longueur de journées les tragicoteries d’ un certain Shakespeare. J’ai sans y penser fait tilt. Nadia me balance une insulte d’outre manche qui me va droit au cœur car ce qu’elle affirme me contrarie. Je lui répond sec pour lui affirmer que je ne suis pas une tantinette jolie, que ma présence dans sa boite à sardine, est amicale et que je viens pour la sortir du pétrin. Je redoute pour elle un sacrifice rituel au cours de la prochaine messe, que ces fous de Satan auraient programmé . Je lui propose d’accepter demain d’emboîter le pas à Garcia sans l’ombre d’une réticence. Je lui révèle donc la raison de ma présence dans cette souricière. Je lui fais remarquer que je ne suis pas insensible au charme de son accent américain. Elle hésite un moment, et me balance l’ultime confidence, de celles qui scellent les vraies amitiés . Elle est un agent de la CIA qui mène seule une enquête sur la secte de Sienne.

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    - Nadia , vous sortez de ce cloaque , demain avec ce salligaud de Garcia. Le chauffeur, devant la porte sera au parfum et fermera les yeux sur ce qui peut lui arriver chemin faisant. Je vous fais confiance pour lui faire avaler son extrait de naissance . Le véhicule sera abandonné dans l’impasse inhabitée au bout de la rue Champignon Le Cep. Il n’appartient à personne et sort tout droit d’une casse de vieux taxis réformés. Bonne chance!

Je bigophone chez le marchand de filles , en lui affirmant que Nadia acceptera de le suivre tantôt. Je devine qu’il ne laissera nullement PVS gâcher de la si bonne marchandise . Vers trois heures de l’après midi, tandis que les deux acolytes , falzars baissés , se branlicotent le bitounet en duo, dans le bureau directorial, je descends récupérer la Nadia consentante qui ne cache pas son dégoût pour ce genre de sport.

    - Doumè , j’accompagne la caravane depuis Istambul, et croyez moi ces pauvres filles n’ont rien compris, se sont laissées berner et sans le savoir transportent des kilos d’héroine dans leurs maigres bagages. C’est à Sienne dans la grande ferme de Don Pardini, parrain du canton et de la secte mondiale, que la drogue est entreposée avant d'être distribuée dans les grandes villes d'Europe.

Leur empapaoutage terminé , les voici tous deux guillerets , minaudant devant les miroirs de l’atelier de couture. Ils attendent la venue de Nadia que je suis allé chercher dans son oubliette. Repentante, elle présente ses excuses en Macédonien , baise la main potelée du gourou qui n’en revient pas et mouille ses grands yeux bleus de quelques larmes. Attendri, Garcia , qui malgré tout aime aussi les belles femmes, se perd en simagrées, croyant amadouer définitivement la rebelle. Le couple s’engouffre un instant après, dans le taxi bidon qui attend devant la porte. Avant son départ je lui ai remis une fine aiguille chargée de curaro-cinabre qui inoculé entre deux lombaires, paralyse sans retour les deux jambes et le bassin . Finies les enfilades perverses! Nadia, après une manchette américaine dont il se souviendra longtemps a soulevé la chemise et a piqué au bon endroit.

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Un entrefilet dans le journal du lendemain relate l’incident . La sécurité sociale et le secours catholique lui offriront une chaise trouée à roulettes et les macs de Barbès ne sauront plus à quel saint se vouer. Polo une fois de plus pédale dans la moutarde et ne trouve pas d’explication . Nadia évidemment a disparu au coin de la rue sans laisser d’ adresse .J’ ai oublié de vous dire que le chauffeur du taxi, ressemblait en y regardant de plus près à ma fidèle Jacotte . Et nous sommes persuadés que la victime sera aussi muette qu’une carpe. Voilà une exécution bien menée , sans violence excessive , dans le plus grand respect des droits de l’homme et du délinquant récidiviste , sans effusion de sang , avec un seringue aseptisée. Seront ainsi évitées les paperasses policières, les commissions rogatoires , les comparutions, les procédures et les convocations chez le juge. Mille dossiers de moins sur les bureaux encombrés de la justice.

 

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