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                                                                              Episode 1

1........

L’obésité, la cécité, si je mens ! Quand je l’ai rencontrée une nuit de pleine lune, dans un quartier arabe de Paris, je ne savais pas encore que je m’enchaînerais à cette grande bêtasse mal fringuée. Les pieds sales dans des souliers dépareillés, sans ceinture, sans culotte, elle collectionnait dans le fond de ses poches des mégots ramassés sur les trottoirs . Depuis, savon, douche, shampoing, pince à épiler ont effacé un laisser-aller de six mois au moins. Mon ami Antoine au « Peigne d’ Or » a ravivé dans sa tignasse un blond vénitien naturel, vaporeusement nuancé de roux. A la Samaritaine pendant l’essayage dans des dessous de dentelles, quel spectacle !

Là, immédiatement subjugué, abasourdi, bousculé dans mes incertitudes, j’ai illico aimé cette garce du diable qui avait dû oublier en enfer d’être laide.

Déboulonné, déboutonné, je la suis partout, le soir, la nuit jusqu’au petit matin. Rita adore le théâtre, les variétés, Médrano, le cinoche et le jardin des plantes. Je ne sais pas encore avec elle, si c’est bien ça l’amour, mais quand elle va au lit ça dure la nuit entière et même un peu plus. Quelle secousse ! Quelle aventure ! Je vais vous raconter cette galère sans mentir  : ……….

...Ce soir l’orage menace et sous un ciel de charbon, nous sortons du Very-Corse-Saloon, où j’ai éclusé quatre triples wiskys mexicains et cloppé plusieurs joints surdosés. Je me sens bien et Rita est en joie . …..Un clodo passe tout près de nous. À moins de cent pas de là, l’homme hagard, titubant, s’écroule comme une molle cagouille sur le pavé. Rita se cramponne à mon bras. Prise d’ un soudain frisson, gazelle effarouchée elle bondit …... Agenouillée, elle répète « mon biquet, mon Lulu, secoue-toi ».

Ce sont des mots qui blessent les machos,les jalous méchants. La moutarde de Dijon, me grimpe aux narines, me picote, m’asticote m’emberlificote, et puis merde ! Lulu c'est qui ? J’hallucine. Soudain Rita se pend à mon cou, pleurniche, se blottit, ça j’adore ! Mouillée de larmes chaudes, maman, pipi culotte, elle me crie désespérée :

- Ils m’ont tué mon petit frère chéri, le plus beau, le plus aimable, le plus ….

2........

Elle tremblote, éructe, se met en boule, s’arc-boute et avant de tomber dans les pommes, elle s’agrippe à ma perruque découvrant ainsi ce qui reste d’une authentique chevelure, une mignonne mèche  décolorée, collée sur mon noble crane. Je relève la tête, ramasse à l’arraché une Rita râpée à la moulinette, molasse, disloquée, choquée, froide comme grenouille, et je la dépose délicatement, dans mon coupé grand large garé bien en vue de tous, à dix pas de là.     

Quelques minutes après, je me gare dans l’impasse Chaptal; Dans la pénombre, dansent les fantômes de l’ ancien Grand-Guignol . Je m’annonce chez mon collègue et ami de toujours, Polo Diani, le grand, le médiatique, l’incomparable, le surdimensionné commissaire du quai d’Arcy. Sa maman poule est là. La porte se grand’ouvre sans façon, et je pousse Rita rassurée dans le corridor. Echanges de bises affectueuses, de méli-mélodramatiques phrases traditionnelles, de bienvenues généreuses, de chaleureuses embrassades. La dernière fois, il y a maintenant trois mois, j’étais allé pour lui demander pardon de ne pas être venu plus souvent. Je méaculpe une fois de plus.Un sourire malicieux fige mes politesses désolées. Polo vit chez sa mère. Lui, je le rencontre très souvent au quai. Il a été marié, dans les premières années de sa fulgurante carrière, à une pétasse du seizième qui a tout fait pour faire capoter l’accouplement, faute à l’argent, faute à qui, faute à quoi ?

C’est ainsi ! Tout le monde s’efforce de suivre la mode du divorce obligatoire, après trois ans maxi de distorsions conjugales. Dans nos sociétés conformistes, il nous faut jouer le jeu du divorce familial, où l’enfant roi, devient le roi des cons, se trimbalant, cartable au cul, de la crèche à papa, au château de sa mère, en passant par l’ école de la République.

Ca y est ! Polo rentre enfin, harassé, fourbu. Pantoufles, wisky-coca, grattouillage de crâne; je commence à douter. A-t-il vraiment l’intention de me renseigner sur ce meurtre récent ? Rita le supplie du regard, puis éclate en sanglots. Du fauteuil à la carpette, il s’accroupit devant la pauvre chérie en pleurs, lui prend délicatement les deux mains et lui parle doucement.

    - Rita , il vous faudra beaucoup de courage demain à la morgue et nous vous consolerons, Doumè et moi.

3........

Car Doumè, c’est mézig. Les présentations faites, à quoi bon parler de mes généreuses qualités, de mes fantasmes, ou de mes espérances. Un détective privé, ça pagaie dans le yaourt, ça rame dans la pagaille, la mouscaille, le négatif de la vie, dans l’argent sale, la drogue, l’adultère, et la mort. Et petit à petit, sans te méfier tu vires pantin, transformé drague-queen, enfant de pute, ou malaxeur de caca dans le caleçon d’une société pourrie, mortifuge, salement hypocrite.

Minuit passé, nous nous retrouvons seuls .

    - Méthode originale pour refroidir un promeneur. Il est mort d’une piqûre de curare dans la joue. Sarbacane probablement.

    - Ca me rappelle l’affaire sans suite de la gare St Lazare. Rétamé, au milieu de la foule, sans bruit, sans peur et sans accroche. Le crime parfait. Oui, mais cette fois-ci, la victime a une sœur, et ça change la donne. Nous verrons demain. Rita peut rester chez moi en attendant . ….Ciao !  

Je pars seul, je virevolte dans le boulevard, pour revenir, c’est classique sur le lieu du crime. Insomniaque à souhait, je somnole dans ma tire, capote baissée, en tirant sur un mégot éteint. Je vais finir par le mâchouiller tout cru, et le cracher pour me détendre sur le premier somnambule en vadrouille. Soyons sérieux ! Une intuition malsaine me cloue dans ma planque, sans raison valable.

Trois heures du matin ! Rien. Soudain une ombre accroupie, inquiétante se glisse, s’estompe, puis se manifeste encore, vaporeuse, changeante. Serais-je donc envoûté, incapable de distinguer, de recoller les morceaux de pellicules d’un film en noir et gris, qui se tourne en silence, tout près de moi. La scène prend fin. J’écarquille les mirettes, mais la vision disparaît dans les mystères de Paris. Merde ! C’est râpé. Demain il fera beau !

Le petit jour se pointe . Je me dégourdis les baguettes en tirant quelques pas sur le trottoir humide. Une brise glacée suit le cours de la Seine qui turbulèche les quais. Posée sur le banc public, une cassette vidéo réveille fort mon ardeur policière. Je tiens là un tuyau que j’ai mérité et qui prouve que je suis dans le vent d’une affaire embrouillée ou sordide.

4........

                                           * Doumè Nico Détective privé. Investigations *

Je pousse la porte entre-baillée de mes luxueux bureaux. Jacotte est déjà là, café, croissants, sourires et enthousiasme. Voilà présentée, ma Jaja, secrétaire, coco chérie à l’occasion, mal payée, mais pas revendicative pour trois sous, non syndiquée, non conforme,  nonchalante et plutôt portée sur la quéquette joyeuse.

    - Jaja je n’ai pas dormi de la nuit. Si on se jouait un petit film ?

Je lui balance la vidéo dans les jupes et je m’écroule dans l’unique fauteuil à bascule qui me tend les bras. Là souvent, je médite, tel Sherlock Holmes sans pipe mais plein d’ idées insolites sous la casquette, tandis que Jaja se recroqueville sur une chaise haute, signe d’une intense réflexion. La cassette se déroule et va parler.

Sur l’écran les images se bousculent; ça défile. Des mannequins de très haute couture, tels des porte-manteaux à rallonge, s’efforcent de ne pas marcher comme tout le monde, affublés de lambeaux, de drapés, de chaînettes et de trames transparentes, laissant aux vues de tous, de maigres fesses oblongues et des seins de petites filles tarées. Elles arborent des tronches fardées, repeintes à la balayette. La scène prend fin. Le styliste, génial, entouré de ses créatures de rêve, vient au devant expliquer la portée profonde de sa folle création.

    - Jaja , tu es perplexe, ça se voit .

    - Je n’ai rien remarqué de vraiment remarquable. Où as-tu acheté ce chef d’ œuvre ?

Je lui raconte ma folle nuit. Elle s’esclaffe, s’époumone, risque de s’éclater le jabot, en se moquant bruyamment de ma pomme. Rebelote. Ralenti. Fin. Rien n’évoque, rien ne choque, c’est nique mon cul sans équivoque.

    - Range ça, on comprendra plus tard .

5........

Jacotte range mais enrage . Elle me regarde, perdue dans une contemplation mystique, me voyant sans doute déguisé en Croisé de St Louis, ou en grand cadi de Tombouctou. Elle pense, réfléchit, secoue sa calebasse; son chignon se dénoue, elle accouche enfin.

    - Vois-tu, celui qui tue est là, il tient la caméra, il est là au milieu de la foule, mais on ne peut le voir.

    - Où a eu lieu cette mascarade ? Essaye de savoir.

Elle se précipite sur son ordinateur, ça la console. Elle surfe et clique, sur la toile des spectacles. La collection Von-Mastricht a été présentée, hier soir au salon du prêt-à-porter. Je récupère au fond de ma poche mon minuscule portable; il m’a été offert un jour de générosité promotionnelle par France- Télécom. J’appelle Polo.

    - Allô pantin , quelque chose a dû se passer au salon du prêt-à-porter Von-Mastricht .

Je le connais. Il ne se dérange pas avant. Je passe d’abord, j’investigue, je flaire, je dépiste et je trouve. C’est alors que Polo s’annonce gesticulant et futé. Il s’attribue tout le mérite de ma débusque, parle comme un nouveau député aux journalistes, se vante de ci, de ça. Un jour pour briller plus fort il s’accusera du crime. Pauvre con ! Je ne lui dirai pas tout.

En effet , je me glisse dans les ateliers, où règne une fébrile ambiance " papa pique et maman coud ". C’est l’usine. Les tissus foisonnent, et ça coupe, découpe, effiloche, épincette et dénoue. Les hommes ont des gestes raffinés délicieux de poupées femelles.

Je demande Von machin. Dans une robe de chambre à galons d’ argent, il me reçoit en sautillant galamment, dans ses mignonnes babouches. Oh ! que tout cela est délicieux. Ca y est , je vire ma cuti . D’une voix en mue chantante, je lui avoue le but et le pourquoi de ma visite. Je  mens.

    - Je bosse pour mon amie Rita de Clairevoie, la fille du grand magnat des tissus déminéralisés.

Von Machose se délecte, croisille ses petits doigts fins de fée, fait des moues et ça dure …enfin …

    - Mon cher monsieur, de quoi-t-est-ce ?

6......

J’explique à ce génial taré, que je suppute une embrouille publicitaire pas possible, pour la renommée de son fin négoce de fripes. La panique l’empare, le désempare, et j’en rajoute en prétendant que le caméraman d’hier soir n’était pas le bon. Donc pas de télé au " vingt heures" et nib sur la pub. Il faudra tout refaire, tout recoudre et rebichonner.

    - Oh !La !la !…

Il s’évapore, s’évanouit devant moi. Je le retiens dans mes bras vigoureux pour qu’il ne tombe. Le petit cochon en profite pour me bisouiller l’oreille. Oh ! le dégueulasse ! Je sors rougi par l’ épreuve. Tout l’atelier me reluque. J’ai l’air d’une tantinette prise en flagrant délit.

J’enfile alors l’escalier et descend je ne sais pourquoi au sous sol et là …révélation ! Dans une profusion de tissus entreposés, ci-git bien morte la très parisienne, la trop connue Véronique de Boivereux, la filmeuse attitrée du tout Paris. Sa caméra grand sport est là au creux de son épaule . Merde alors ! C’est une perte.

Polo s’annonce une demi heure plus tard, car je l’ai mis au courant. Tout son état major le suit. Les journalistes piaffent à la sortie. La routine quoi ! J’attends les observations ragoûtantes du médecin légiste.

    - Piqûre mortelle au spasmo-curare, sur le cou, au niveau de la carotide.

Saut dans l’éternité, instantané, foudroyant. Je m’en doutais. Jaja m’a mis sur la bonne piste. L’assassin est une femme. Elle a opéré en lieu et place de la Véronique de mes deux et a tourné le plus beau film de sa brève carrière. Je garde pour moi et pour ma Jaja chérie cette déduction hautement superlative. Quand on pense nous deux, c’est délirant .

La sarbacane ? Pourquoi pas le pistolet à air comprimé, c’est plus pratique.

Mais alors pourquoi la vidéo nocturne déposée à mon intention  sur un cale cul public à quatre heures du mat' par une ombre chinoise ?

Je récupère Rita dans l’après midi chez mon pote.

7.......

    - Parle moi de ton frangin.

    -  Lulu c’était l’intello de la tribu. Il avait arraché une agrégation de philosophie. Docteur es truc, versé dans les sciences occultes, diplômé en vrac de ceci, de cela, et décoré de la grosse médaille du mérite socialiste. Avec tout ça il faisait la manche dans la quartier et souvent à la porte du salon Von Machose. Voilà où la drogue l’avait traîné.

Ainsi vient-elle de me révéler la cause de sa mort : Il avait vu et bien vu  rentrer la guêpe tueuse. Croyez moi, être témoin n’est pas un métier d’avenir.

Je me pointe, accompagné, au bureau. Jaja nous accueille, l’œil maussade, la mine en berne, vexée de me voir encoucouné avec une Rita canon qui semble lui faire de l’ombre.

    - Monsieur s’enfle, se pavanne, pendant que je trime dans la paperasse policière et pour une part de misère.

Elle a dit ça en se marrant. Rita fait face.

    - Ne joue pas « Aïda jalouse ». Ton mec est bandant mais j’aime ailleurs.

Je préfère ça. Momentanément elles semblent faites pour s’entendre. Rita ment comme elle aspire. Il va falloir jouer serré-serré.

Présentement , je sais :

L’assassin est une femme de tête ....Elle joue le défi et me nargue ....Elle veut à tout prix que je sache.

Elle est une tueuse en série qui débute. Ca, c’est nouveau, car d’habitude l’enquête révèle à coup sûr un coupable masculo-psychopathe.

Polo pataugera un certain temps. Mais magnanime, je lui refilerai le paquet bien ficelé pour qu’il puisse affirmer son image de marque. La police nationale tient là, un fonctionnaire d’élite, un véridique justicier, un futur divisionnaire, une sommité mondiale en criminologie sérielle.

8........

Ce qui m’ennuie à présent, c’est que Lulu soit mort pour rien et ne passe dans mon récit que le temps d’un requiem. Je promets quand même à Rita de traquer sans débander la fille de pute qui l’a buté.

L’équipe à Polo se défonce à la tache. Le juge d’instruction, une délurée, commande les hommes avec une rare autorité. Pourtant c’est un boudin de fort calibre avec en plus une tronche à faire pâlir un albinos. L’équipe quitte les lieux, emporte la dépouille de la victime, vaccinée ad eternam contre la grippe. La caméra finira de parler au labo. Sa mémoire peut renfermer quelques bribes du mystère.

Le lendemain Polo me révèle un fait troublant. Lulu était membre actif d’une secte mystérieuse et barbare dont la tradition remonte au moyen âge et qui tend sa toile sur l’Europe entière. Elle siège à Sienne, Via San Pietro, près de l’église. Polo sait ce qu’il fait. Il espère ainsi m’envoyer courir pour lui.

En effet j’offre, en cachette de Jaja, un voyage de noce en Italie à ma délicieuse Rita. Mes deux passions morbides, la traque et le sexe, m’ouvriront un paradis. Nous partirons en catimini, cette nuit, dans ma Masérati survitaminée, turbo impulsive, et gonflée à tout rompre. C’est une bouffeuse de kilomètres qui a véhiculé Lady Baltrapp dans les années soixante. Elle a quarante ans, l’âge des femmes les plus sexy.

La route nocturne défile. Rita dort du sommeil des bébés repus. Elle soubresaute par moment. La journée a été rude pour elle. Ce matin, elle a du reconnaître son frère à la morgue centrale. Elle a pleuré des bidons; et comme tu peux le penser, j’ai consolé ma cocotte chérie à grand renfort d’étreintes.

Mais si Lulu évoluait dans une secte, il reprend de l’importance dans mon enquête. Sa philosophie et l’intégrisme ne font pas bon ménage, mais la drogue et l’univers des gourous vont main dans la main. Lui, au moins ne pourra plus participer à un suicide collectif ou à un sacrifice rituel. Il a pour une éternité avalé son extrait d’existence. Mais quel rôle jouait-il parmi ces mages des temps modernes ?

Au point du jour nous passons San Remo. Rita au réveil s’étire, exige un câlin et un casse-croûte. Elle cligne des yeux aux premiers rayons du soleil comme une taupe échappée de son trou. A Gènes nous descendons dans une hôtel style garibaldien, situé dans une ruelle surpeuplée et bruyante. J’ai besoin de dormir.

A midi nous repartons. La Spezia, Livorno, Sienna enfin. Rita me suis comme un caniche de luxe, quand nous nous présentons au portail armorié d’un palais de noble apparence. Le garde guichet perd son self-control bavafouille dans la langue de Dante, et nous prie d’attendre «  una stonda ». Il démarre enfin, portant dans un plateau ma ridicule carte de visite. La maîtresse de maison, Carla di Montefrolo, ne connaît les hommes que par leur prénom. Elle dévale l’escalier, froufroutante, s’accroche, m’embrasse, m’embarrasse,  me bisouille fougueusement. Je me tourne enfin vers ma Rita, rabougrie, péteuse, et je la rassure en la présentant à la comtesse Carla qui l’accueille en toute amitié.

9........

    - Pardonnez, Rita, mais Doumè fut beaucoup pour moi. Ce que je vous dis là, ne doit pas parvenir aux oreilles de mon mari le comte, vieux certes, mais jaloux et hargneux comme un chimpanzé.

Nous grimpons un escalier Renaissance, monumental forcément, qui débouche dans un vaste salon lambrissé jusqu’au plafond, grand comme un hall de gare, décoré par le peintre Sidorro l’ancien. Un plat-relief en marbre fut sculpté et offert jadis à l’archevêque Montefrolo, par Nicola Pisano lui même. Le portrait de Carla, un magnifique Modigliani, illumine le coin intime du boudoir. Rita panique.

Je présente mes respects au comte qui me prenant par l’épaule me glisse à l’oreille, en chevrotant ses mots, qu’il éprouve une douce chaleur en reluquant Rita. Ce qu’il faut endurer pour conserver ses amis ! Le noble décati nous offre l’hospitalité, à l’italienne. Le gîte, le couvert, Barilla et Panzani hors taxe ! Tout quoi ! Nous voilà installés dans la suite réservée aux hôtes de marque.

    - Doumè, je n’ai pas de robe de soirée; Avec ma mini jupe froissée, j’ai plutôt l’air d’une sardine au ketchup.

    - Ne t’inquiète, Carla est un ange. Elle va t’offrir sa garde robe, dans un instant.

Les voilà toutes deux complices. Je les quitte sur le fait. Je rejoins le vieux grigou au bar du salon. Mes aventures policières le tétanisent.

    -  Mon cher Doumè , ce poison violent qui tue de si charmantes personnes ne me dit rien qui vaille. Je vais vous recommander à mon ami le professeur Ceccaldi, à l’université de Florence, spécialiste des alcaloïdes tropicaux.

Suivront le dîner aux candélabres, les alcools, les cigares cubains, offerts au comte par le Leader Maximo en personne. Puis la nuit referme son manteau, il se fait tard les lits sont prêts .

Dans ce décor de rêve, ma douce Rita transforme notre nuit de joie en batifoleuse féerie. Déchaînée, balbutiante, médusée, insatiable, elle me prend tour à tour pour Ali Baba, Don Juan, Le Cid, Mayerling-boy. C’est chaud ! Pendant la nuit entière entrecoupée de roupillons diffus, elle me reprend dare-dare en croupe et se goinfre d’amour. Oh, la garce !

Je me réveille pantelant, névrosé, je titube parmi les œuvres d’art accumulées.

10.......

Une douche, un litre de café Lavazza, me requinque le carcasson et je pars pour Florence. Le professeur Ceccaldi me reçoit poliment après son dernier cours.

Il enseigne , mais à ses heures confuses, il étudie dans un labo secret, caché dans les sous-sols de sa villa, les effets pervers des alcaloïdes, sur les musaraignes, les rats, les margouillats africains ou les taupes-grillons. Il inocule, il tue sans remord. Drôle de paroissien !

Je lui parle du spasmo-curare. Il m’explique que ce poison foudroyant est extrait d’une plante rare, minuscule, par une peuplade un peu attardée, de l’Amazonie tropicale. Il fait l’objet d’un trafic très juteux, car à dose homéopathique, et monté en neige avec d’autres psychotropes il ouvrirait grandes les portes du paradis chinois.Un village Villaberde detient le secret et le monopole de sa fabrication.

A mon retour, je loue une chambre à l’hôtel San Pietro pour surveiller l’entrée de la secte du sentier bitumeux. Pour donner le change, nous y abritons soit disant nos amours coupables. Le réceptionnistes nous a classé dans la catégorie des amants à problèmes. On se cache mais il faut que ça se sache. Approcher une secte s’avère un sport dangereux .

Trois jours se passent. Rita et moi nous maigrissons à vue d’œil , mais je possède une impressionnante collection de photos à développer en secret à Paris. Les uns à l’entrée, les autres à la sortie, ils n’ont pas forcément des mines patibulaires mais tous regardent derrière eux.

    - Ma petite chérie on se tire ! Finie la galante aventure !

Nous prenons congé de Carla. Le comte bafouille et se confond en baise-main, c’est une vrai manie .

- Partout où tu vas, tu laisses des regrets. Carla ne cachait pas son trouble en te quittant. Moi aussi plus tard je dirai «  pardon, Doumè fut beaucoup pour moi » . Je préfère ne pas y penser. Je t’aime tant et ne voudrais jamais te quitter.

J’esquive l’allusion et je démarre en bombe. La vitesse est une drogue, qui te transforme en compteur kilométrique. Tu deviens le cerveau automate d’une machine bouffe bitume.

De retour à Paris, Rita rejoint son village en Bretagne, qu’elle avait quitté, adolescente, par esprit d’aventure. Elle y accompagnera son frère adoré au champ des âmes tristes .

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